Voyage au centre de la Terre

Au fur et à mesure de notre aventure, nous allons de découvertes en découvertes, toutes sont différentes mais toutes sont merveilleuses. Que de beauté, que de paysages stupéfiants qu’offre cette région des Etats-Unis. Entre les vastes étendues de sable jaune orangée, les montagnes de grès et les canyons étroits, de toutes les belles choses que nous ayons pu voir, cette parenthèse enchantée en territoire Navajo fera à coup sûr partie des plus beaux moments. Nous vous contons ici une histoire où les photos parlent bien plus que les mots.

 

LOWER ANTELOPE CANYON I SE SENTIR ENVELOPPÉ PAR LA ROCHE ET LE TEMPS

Se retrouver dans un endroit aussi étroit avec un nombre incalculable de touristes est généralement le moyen de nous faire détester un lieu. De plus, étant situé en territoire Navajo, ce canyon mondialement connu des photographes ne peut se visiter qu’accompagné d’un guide local, pour des prix tous à fait… exorbitants ! S’il y a bien une chose que les indiens ont compris, c’est le business économique que leurs lieux sacrés peuvent générer ! Mais il aurait été impensable pour nous de passer dans cette partie de l’Arizona sans visiter Antelope Canyon, un lieu unique et spectaculaire, dont les photos nous faisaient tant saliver. Et malgré cette organisation chronométrée, et ce flot de touristes continue légèrement oppressant – deux facteurs qui limitent l’appréciation des lieux- il faut tout de même reconnaître que la visite fut inoubliable.

C’est avec une réservation indiquant l’heure précise de rendez-vous que nous nous dirigeons vers l’entrée du Lower Antelope Canyon, qui signifie littéralement « l’endroit où l’eau court à travers la roche ». Plus confidentiel que son voisin le Upper Antelope Canyon -mais il y a tout de même énormément de monde hein- il faut descendre, chacun son tour, par une échelle étroite pour atteindre la faille de 400 mètres de longueur sculptée par l’eau et le vent. En bas, l’enchantement est immédiat : les parois du canyon ondulent sous nos yeux, absorbant les rayons du soleil. Chaque forme et chaque couleur est incroyable, comme imaginée par le pinceau d’un peintre. Une nouvelle fois, après l’émerveillement du Grand Canyon [À l’assaut d’une faille sans fin], nous restons abasourdis devant cet exploit [sur]naturel. Le canyon est étroit [à peine deux mètres de large par endroits], et la progression s’effectue lentement car à chaque pas, l’on découvre une merveille toujours plus photogénique que la précédente. Les murs, inondés de lumière qui se réfléchit, se parent d’orange flamboyant, de violet, et de rose chatoyant, que les parties plus à l’ombre mettent en exergue. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans le canyon, la lumière se fait plus rare et la roche prend des teintes plus violacées. On se faufile entre les parois, on grimpe encore d’étroites échelles, le parcours au cœur de ce grès coloré est aussi ludique que magnifique. Mais pas question de lambiner trop longtemps la tête en l’air, le guide Navajo nous demande de rester bien groupés pour laisser les autres visiteurs avancer.

Malgré les groupes qui pressent à l’arrière, on tente de prendre le temps de saisir chaque détail, on s’imagine dans une bulle et on se sent comme privilégiés de se retrouver dans cet espace creusé par les années, privilégiés de pouvoir toucher ces parois de grès toutes douces, privilégiés de se sentir enveloppé par ces hauts murs étroits. Le guide s’amuse à désigner quelques endroits à photographier, plus qu’à expliquer l’histoire du canyon. Ici se dessine un chandelier, là on devine un œil qui pleure -même si certaines ressemblances nous échappent, on fait mine de tout voir comme lui. Par endroits, les roches sont si hautes que l’on distingue à peine le ciel, et soudain, tel un halo divin, un rai de lumière vient inonder la paroi pour nous montrer le chemin. Le jeu photographique est de tous les instants : trouver des cadrages avec de belles courbes qui mettent en avant les multiples dégradés et textures de la roche. En contre-plongée, en perspective, en zoomant sur des détails, le déclencheur de l’appareil est largement sollicité ! Après un parcours de près d’une heure -pour réaliser 400 mètres, c’est dire l’intérêt du lieu, nous sortons de ce site exceptionnel et mystérieux. Bien que captivés par l’endroit, ce dernier nous laisse tout de même un sentiment de frustration quand à la fréquentation des lieux, et c’est à peine rassasiés que nous partons, à quelques kilomètres de là, vers d’autres canyons à fentes, bien plus confidentiels ceux là.

 

HOLE IN A ROCK I ENTRE CREUX ET BOSSES

Sur une route de sable et de graviers, aux ondulations qui rappellent fâcheusement l’Argentine, se trouvent des sites hors du temps. Sculptés par les éléments, des formations rocheuses se dressent ou se creusent au milieu d’un désert, rappelant à tous qu’ici il y avait de l’eau il n’y a pas si longtemps. C’est avec plus d’assurance qu’en Amérique du Sud que nous avalons les kilomètres de piste pour gagner deux canyons étroits, dont la fréquentation n’a rien à voir avec celle d’Antelope Canyon. Sur un parking désert -en même temps vouloir y aller relève d’un vrai défi tellement la dernière partie de la piste est un enfer, nous rejoignons les voisins Spooky et Peekaboo Canyons pour une matinée une nouvelle fois inoubliable, où nous serons presque seuls.

Au cœur de ces couloirs de grès ocre, notre âme d’enfant ressurgit et c’est avec amusement que l’on se faufile dans ce parcours du combattant un brin ludique. Dès le début, l’embouchure est très étroite, et c’est de profil qu’il faut se glisser entre les parois [personne n’est gros !], çà ondule, çà grimpe, çà escalade même. On est même à deux doigts de renoncer et faire demi-tour par moments tellement les passages s’avèrent délicats. Cela aurait été une grossière erreur ! Alors ici, on prend le temps des photos, on s’amuse avec les jeux d’ombres, avec les formes, avec la texture des parois aux petits nodules ferreux, bien moins lisses que le canyon précédent. Ici encore, la lumière qui s’infiltre dans l’étroit canyon assure des ambiances étonnantes. Le temps semble être suspendu entre ces courbes si pures. Plus loin, nous redescendrons par un autre canyon où de nombreuses arches ont été creusées par l’eau. Celui-ci est plus large mais surtout plus… techniquement puant ! En effet, s’il faut désescalader plusieurs niveaux, ce sont des vasques pleines de boue stagnante qui attendent notre réception en contre-bas. Et ce n’est pas celui que vous croyez qui s’est dévoué pour patauger les pieds dans les mares afin d’aider l’autre à franchir les vasques sans encombres [à charge de revanche…]. Mimi cracra l’eau elle aime çà ! Bref, nous je ressort pleine de boue -qui pue vraiment beaucoup- de ces canyons, le sourire aux lèvres de cette expérience magnifique et l’appareil photo encore rempli de belles images.

C’est à quelques miles de là que nous nous arrêterons pour la fin de l’après-midi sur un site différent, mais tout aussi étonnant. Le jardin du diable accueille des formations curieuses qui s’érigent çà et là au milieu de cactus. Des arches, des dômes bicolores, des cheminées, etc… des roches que le diable lui même semble avoir sculpté, et où il fait bon déambuler, grimper, glisser. Comme des enfants, nous profitons de ces instants dans un endroit à la tranquillité exceptionnelle.

 

BUCK SKIN GULCH I SURFER SUR LA VAGUE DE PIERRE

The Wave est une formation rocheuse spectaculaire située sur les pentes des Coyote Buttes, c’est LE joyau, encore méconnu, des montagnes rouges de l’Ouest Américain. Après une longue piste de terre, nous arrivons à un camping sauvage enchanteur où nous prenons rapidement nos quartiers. Un endroit de quiétude en plein cœur du bush américain et un isolement salvateur pour une immersion au cœur de la nature. Nous sommes à quelques miles de l’une des formations naturelles les plus harmonieuses et les plus belles de cette contrée de l’Amérique, dont le spectacle est réservé à seulement une poignée de chanceux. Afin de protéger les merveilles géologiques et limiter les dégâts que pourraient causer un afflux trop important de visiteurs, seulement 20 personnes par jour peuvent venir l’admirer. Mais çà, nous l’avons su après ! C’est donc en aventurier que nous partons explorer cette région pour découvrir le trésor mondialement connu qu’elle abrite. Comme de valeureux gaillards, nous choisissons une randonnée uniquement indiquée sur le GPS, point balisée, point tracée -hormis les traces d’animaux sauvages-, point précise donc. Et c’est après plusieurs sueurs froides, et en s’orientant à la boussole, que nous approchons de la vague. La randonnée a toutefois le mérite d’être somptueuse, permettant de découvrir de merveilleux paysages et des formations rocheuses aux aspects divers. C’est un coin de désert magique, comme un superbe avant-goût de ce qui nous attend tout au bout du chemin…

The Wave est un endroit comme seule la nature peut en créer, où l’harmonie entre formes et couleurs laisse sans voix, où la beauté des ondulations sculptées par l’eau et le vent sont d’une incroyable pureté. Alors on s’engouffre dans la vague et face à nous, de gigantesques creux en forme de U se dessinent par strates multicolores. La magie opère immédiatement ! C’est … « Wouah ! ». Nous sommes absolument seuls dans le creux de la vague -qui est loin d’être un mal pour une fois- et contemplons le spectacle avec délectation. À l’instar d’Antelope Canyon, l’appareil photo se déclenche à tout va pour capter ces innombrables nuances de grès, ces couleurs extraordinaires lorsque le soleil couchant embrase la roche, ou ces différentes textures. Quelques chèvres des montagnes viennent nous tenir compagnie, curieuses de connaître les intrus qui marchent sur leur territoire de jeu. Après deux heures sur place à profiter au maximum du spectacle, il est difficile de quitter ces lieux qui resteront un des souvenirs les plus fort du voyage. Nous empruntons pour le retour le sentier plus balisé -et beaucoup plus facile- en se remémorant les belles images capturées. La fin d’une jolie parenthèse dans une partie du pays aux joyaux incroyables.

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