Au fil du Colorado

À travers les rochers de l’Arizona, coule l’eau du Colorado, qui sculpte avec les années de véritables pépites naturelles. C’est au bord du lac Powell, dans la petite ville de Page, que nous nous arrêterons quelques temps pour découvrir quelques-unes des plus incroyables merveilles du monde, plus ou moins bien cachées. À première vue, pas de quoi s’emballer : sur le bord de la route, de grandes usines à charbon aux cheminées fumantes, des rues larges et sans charme, un temps maussade. Une ville assez banale en somme ! Alors, on prend notre mal en patience, on laisse passer le mauvais temps et on se renseigne sur les véritables attractions de la ville. Car en effet, tous les chemins mènent à Page. Si tous les grands parcs nationaux de l’Ouest Américain sont à moins de deux heures de route : Grand Canyon [À l’assaut d’une faille sans fin], Monument Valley [En territoire Navajo], Bryce Canyon ou Zion, la ville a aussi ses propres intérêts naturels à proximité directe -et pas des moindres-. Le sublime Lake Powell et le gigantesque barrage de Glen Canyon, les failles profondes d’Antelope Canyon, et les ondulations du Colorado au Horseshoe Bend, occuperons pendant de longues heures yeux ébahis et bouches bées. Nous sommes vraiment si petits devant de si grandes choses !

D’un côté, le lac Powell au bleu intense, de l’autre un mince filet d’eau au fond d’un canyon rouge, le barrage de Glen Canyon est impressionnant ! Un ouvrage de béton et d’acier titanesque qui franchit sur près de 500 mètres de long la faille profonde de 215 mètres. De là haut, ça donne le vertige ! Depuis 1957, la construction de se barrage a transformé complètement le paysage de la région, passant d’un immense désert à un gigantesque lac artificiel, et permettant aujourd’hui de produire l’électricité de tout l’état de l’Arizona. Si à première vue, la vocation industrielle des lieux s’est développée, le lac Powell jouit maintenant d’un attrait touristique à l’échelle de tout un pays. En effet, le paysage qui s’y est sculpté lorsque le Colorado est sorti de son lit pour noyer les vallées alentours est tout simplement magnifique. S’étendant sur environ 300 kilomètres, les rivages déchiquetés, les arches naturelles sculptées et les grottes cachées en font une destination très prisée des Américains. Les températures encore un peu frisquettes pour la saison, mais aussi -et surtout- les prix exorbitants, ne permettant pas vraiment d’admirer le paysage depuis les eaux limpides ou de se perdre dans les bras labyrinthiques du lac, nous nous contenterons de jolis bivouacs sur les plages désertes à observer la lumière décliner sur cette immense étendue bleue. Les montagnes et rochers solitaires dessinent des méandres sinueux laissant penser aux fjords patagons et le soleil qui s’échappe à l’horizon pare les roches de belles couleurs chaudes. Des points de vues sublimes, qui n’égaleront tout de même pas celui du vertigineux Horseshoe Bend.

Au bord du vide, pas d’avertissement, pas de clôture, la falaise est abrupte et le précipice est vraiment… impressionnant ! Valentin adore, Lætitia beaucoup moins, et après les émotions du [Grand Canyon], le vertige est crispant. Alors c’est d’une distance raisonnable -4 ou 5 mètres, on ne sait jamais si la roche s’écroule- que l’on observe le sombre Colorado se courber. En contre-bas, la rivière d’un vert émeraude forme un virage parfait au beau milieu de hautes falaises orangées. Une formation géologique naturelle qui a littéralement donné son nom de « fer à cheval » au site. Du haut de notre haut plateau érodé -la falaise surplombe le fleuve de 300 mètres-, le point de vue est spectaculaire, à rester pantois, une nouvelle fois. Après avoir parcouru les rives de long en large pour pouvoir trouver le meilleur angle pour les photos, on s’assoit pour observer cette merveille de la nature. L’énorme piton rocheux qui s’avance au milieu de l’eau semble à la fois loin mais tout proche, les couleurs sont incroyables, entre les teintes vermillon de la roche et les dégradés verdâtre de la végétation. Et si le matin l’eau est sombre, au coucher du soleil, les reflets des environs se font de plus en plus marqués. Alors on prend le temps, et on fait travailler l’objectif, ce serait bête de repartir d’ici sans souvenirs…

Nous sommes au cœur du Far West, au beau milieu de cette terre rouge si mythique des Amériques. Nous pensions avoir tout vu : une nature spectaculaire et bluffante, des sites uniques et vertigineux, des paysages grandioses, mais le plus beau reste à venir. Décidément, cette région d’Arizona n’en fini pas d’étonner.

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