Une ribambelle de San sur le lac Atitlán

Large d’une centaine de km² et entouré de volcans, tous plus majestueux les uns des autres, le lac Atitlán est une véritable merveille de la nature. Considéré comme le plus beau lac du monde par tous les grands voyageurs, nous ne pouvons que confirmer dès le premier coup d’œil. Depuis les hauteurs, le point de vue nous révèle une beauté rarement égalée : niché au cœur d’un ancien cratère à 1.550 mètres d’altitude, les eaux calmes et d’un bleu intense reflètent l’écrin de verdure qui l’entoure. En bas, quelques bateaux viennent fendre le miroir d’eau, de petits hameaux s’accrochent aux flancs des coteaux, et des routes aussi tortueuses que vertigineuses invitent les plus téméraires à descendre au plus près des rives. Autour du lac, de nombreux petits villages cakchiquels et tzutuhils qui ont gardé leur mode de vie traditionnel s’éparpillent. On ne sait lequel choisir avec leurs noms de saints évocateurs : San Pedro, San Marcos, San Pablo, Santa Clara, San Antonio, Santiago, San Juan… Et chaque village possède son propre costume, aussi, le tour du lac relève d’un véritable défilé de mode, où les couleurs des huipiles [tunique des femmes] annoncent l’appartenance à la communauté ! Si la plupart des villages ont su garder charmes et traditions, certains sont malheureusement aujourd’hui dénaturés par le tourisme, mais il suffit de chercher un peu pour découvrir la vraie vie d’une population attachante dans un cadre sublime. Nous vous emmenons à la rencontre de quatre de ces villages, aux ambiances si différentes malgré la proximité qui les lie.

 

SE PASSER DE PANAJACHEL

En première, à dix à l’heure, nous entamons alors la descente vers le lac par une route taillée dans la paroi. Les lacets se succèdent mais la voie est facile, impeccablement bitumée, ce qui permet d’apprécier le très beau panorama de cet immense puits bleu tout en bas ! La première étape sera le village le plus important du lac, l’exception qui confirme la règle en échappant aux doux patronymes religieux : Panajachel. Village encore tranquille il y a quelques années, Panajachel est devenu une station balnéaire à la population cosmopolite sans vraiment beaucoup de charme. Le moindre mètre carré de rives a vu s’installer des restaurants pour touristes affamés, et des couloirs de vendeurs ambulants aux produits artisanaux d’un goût douteux. Bienvenue à « Gringotenango » ! Nous n’apprécions guère cette concentration de tourisme massif, où les contrefaçons made in China envahissent les étals, où les fast-food et pub irlandais sont plus nombreux que les gargotes locales… Mais bien que le tourisme a clairement dénaturé l’endroit, il reste cependant ici la magie des couleurs d’un soleil émergeant derrière les trois volcans, l’ambiance du va-et-viens des bateaux qui s’amarrent aux pontons de fortune, et la grâce des indiennes pour les gestes des tâches quotidiennes. Rien que pour cela, nous sommes contents! Charmés par les lieux mais pas rassasiés pour autant, nous en redemandons. Aussi nous décidons d’aller voir un peu plus loin. Sitôt la côte remontée, en première à dix à l’heure (soit près d’une heure), sitôt redescendue par un autre chemin, en première à … cinq à l’heure.

 

SE RELAXER À SAN MARCOS

La route est parsemées d’ornières, les virages se transforment en épingles à cheveux, les « topes » : dos d’ânes, sont innombrables, la descente n’est pas de tout repos et nous mettrons près de trois heures à atteindre notre ultime but. On se dit qu’on ne pourra jamais remonter la pente infernale mais nous croisons les fameux chicken bus qui, à fond de cale, arrivent tant bien que mal au sommet ! Au village, de sympathiques petites ruelles piétonnes jalonnent les bords du lac où les hôtels et restaurants se fondent dans la généreuse végétation. Ambiance zen et new age, yoga et cuisine végétarienne côtoient les traditions des indiens guatémaltèques. Ici, les femmes sont encore habillées de façon traditionnelle, arborant un huipil rouge grenat et la culture du café se déploie sur toutes les pentes des volcans. Au bout du village, un petit coin de paradis : chez Pierre, français expatrié depuis une vingtaine d’années, nous posons notre monture pour quelques jours dans un oasis de verdure. Nous profitons de vraies journées de détente au milieu d’un site à la vue imprenable sur le lac. La lumière est merveilleuse, changeant à chaque instant de la journée : tôt le matin, le soleil entame son ascension dans un ciel dégagé et illumine les volcans ; l’après-midi, de légers nuages voilent les sommets ; le soir, le soleil couchant embrase tout le lac de belles teintes dorées. Le ponton privatif au bord du lac permet de réaliser quelques plongeons dans une eau fraîche mais bienfaisante, les hamacs invitent à une sieste réparatrice à l’ombre des toits de chaume des pallapas, et les rencontres s’éternisent autour d’un verre. Au large, on observe les pêcheurs jetant leur filets sur le lac miroir avant de rentrer à la force des bras, l’air est d’une incroyable pureté, on profite de l’instant présent, le temps est à la détente dans ce petit cocon paradisiaque.

 

OBSERVER LA VIE LOCALE À SANTA CLARA

Rare village à ne pas avoir d’accès direct par le lac, Santa Clara se trouve dans les plaines hautes des volcans d’Atitlan. Samedi, jour de marché, nous partons en bus collectif sur les conseils de Pierre, pour explorer ce village authentique qui a su garder son mode de vie traditionnel. Les habitants des petits hameaux environnants se retrouvent à cet événement hebdomadaire dans une cacophonie organisée. De nombreuses rues sont bloquées, des bâches sont tendues et des tapis posés au sol pour présenter les victuailles. Les étoffes somptueuses aux coloris d’une infinie diversité et aux motifs d’une étonnante richesse s’entremêlent, les femmes arborent leur plus beau huipil brodé, les hommes portent de larges pantalons un peu court, un grand chapeau, et parfois même un lainage noué comme une jupe autour de la taille. Ici l’on retrouve le tzut que nous pouvions voir en Bolivie, au Pérou ou en Équateur : ce grand carré d’étoffe qui sert à porter l’enfant sur son dos, emballer les vivres ou se protéger du soleil. Nous évoluons à travers les allées, courbant l’échine entre les bâches de couleurs qui couvrent les étals (nous ne mesurons définitivement pas la même taille que les Guatémaltèques…). Les poissons séchés remplissent de grandes bassines, les légumes s’entassent devant les marchandes, les petits crabes du lac sont ligotés par cinq, les contenants s’emboîtent les uns dans les autres, … mille et une couleurs éblouissent le regard, mille et une senteurs embaument les narines, mille et une saveurs émerveillent les papilles. On pèse à la louche, mesure au doigt, marchande à l’envie, une vie locale qui nous plaît.

 

FLANER À SAN JUAN

Comme la plupart des villages autour du lac, San Juan est peu accessible par la route. Aussi, le meilleur moyen d’y parvenir est la lancha (petite barque à moteur), mais c’est finalement tellement plus agréable ! Encore à l’écart des touristes, perdu au milieu des montagnes, San Juan n’est pourtant qu’à une dizaine de minutes de bateau de San Marcos. Fraîchement débarqués, nous découvrons un lieu de vie paisible, où de petits ateliers d’artisanat bordent les chemins, et des galeries de peintre naïfs exposent sur le trottoir. Grignoté par les eaux depuis le cyclone de 2010, les maisons colorées ne cessent de reculer, se réfugiant sur les hauteurs pour se protéger. Nous entamons la petite ascension pour rejoindre le cœur du village, ici, les locaux travaillent avec authenticité et l’on remet l’usage des teintures textiles naturelles d’autrefois au goût du jour. Quelques visites chez des artisans tisserands et nous comprendrons les techniques, de l’obtention de ces innombrables couleurs naturelles par les plantes locales aux méthodes de tissage, … un vrai boulot de création ! Et les tissus sont tous splendides, il est dur de faire son choix. À chaque coin de rue, règne aussi la nonchalance et la douceur de vivre, la simplicité et la gentillesse des habitants tzutuhiles est communicative et les vues sur le lac sont bluffantes… Tout pour ne plus vouloir repartir !

 

Que ce soit dans des expériences artistiques, dans des plongées au cœur d’une vie locale, dans des instants de partage, dans des baignades à s’amuser comme des gamins, ou face à des paysages volcaniques à couper le souffle, nous étions bien ! Des instants finalement très simples, mais ce sont ceux que l’on préfère. Nous pensions y rester deux jours, nous y avons passé une semaine !

2 réflexions sur “Une ribambelle de San sur le lac Atitlán

    1. Merci Seb ! En effet, le lac Atitlan est un vraiment un endroit magnifique… Nous le conseillons à tous les voyageurs ;).

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