Un sanctuaire urbain

« C’est une maison bleue adossée à la colline, on y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là, ont jeté la clé ». Avec une enfance baignée d’images et de chansons sur San Francisco, avec des commentaires toujours plus émerveillés sur cette ville made in California, c’est avec beaucoup d’impatience que nous allons traîner nos chaussures au cœur des quartiers cosmopolites, ravir nos pupilles devant des architectures délicates ou des fresques de rues insolites, et entraîner nos mollets à travers les nombreuses collines. Alors ici on n’échappe pas aux incontournables, et on se retrouve au pied du Golden Gate Bridge, des maisons victoriennes, du cable car, tout cela, ensemble, « après des années de route » …

 

SAN FRANCISCO, OÙ ÊTES VOUS ?

Il est tôt ce samedi matin lorsque nous traversons en voiture les rues encore endormies de la ville. Nous prenons nos quartiers sur le grand parking de la marina, face à la somptueuse baie de San Francisco, entre deux icônes touristiques, le Golden Gate Bridge et la mythique prison d’Alcatraz. Mais, nappés dans le brouillard, ces emblèmes sont pour le moment, complètement invisibles, à tel point que l’on se demande si nous ne nous sommes pas trompés de destination ! Le fameux fog de San Francisco qui enveloppe la ville d’une brume quasi constante, ne tiendra pourtant que quelques instants : petit à petit les nuages se lèvent et le rouge flamboyant du pont le plus connu d’Amérique se détache sur l’océan Pacifique. Une découverte aussi excitante que séduisante qui sera notre fil « rouge » pendant le séjour. Traqué sous toutes ses coutures, à toutes heures de la journée -et de la nuit-, le Golden Gate n’a maintenant plus de secrets pour nous. Ce pont mythique qui sépare le Pacifique et la baie de San Francisco, est séduisant, autant par sa réalisation que par l’environnement qu’il surplombe. Achevé en 1937, il a été longtemps le plus long pont du monde, son tablier suspendu culminant à plus de 200 mètres au dessus de l’eau. Du pied de chacune de ses piles, nous avons pu observer la finesse de la structure métallique, semblable à de la dentelle ; du haut des collines, nous attendions que le soleil se couche pour voir le pont s’embraser ; au détour d’une rue dans la ville, nous nous délections avec surprise de voir surgir cet homme de fer ; depuis la promenade piétonne, nous nous sommes avancés sur le pont au milieu de la baie -pas fière Lætitia- pour profiter de la vue sur la ville, de la valse des bateaux et de l’île d’Alcatraz. Un émerveillement de chaque instant.

 

SAN FRANCISCO SE LÈVE

Chaque jour, nous partirons à pied explorer les innombrables collines qui transforment la ville en véritables montagnes russes. Chacune abrite un quartier bien identifié, avec sa propre identité : le vieux port, le quartier chinois, japonais, russe, italien, ou gay, etc. San Francisco est la ville de toutes les communautés qui coexistent comme un grand pêle-mêle bien organisé. Une vision cosmopolite assez incroyable, où chaque quartier apporte vraiment sa pâte, sa culture, ses couleurs. Arpentant la ville de long en large et même en travers, nous n’avons donc pas fini d’apprécier nos balades !

Une jolie promenade au bord de la baie permet de se rendre au quartier très touristique du vieux port de la ville, le Fischerman’s Wharf, où de nombreux restaurants et petites boutiques investissent d’anciens hangars à bateaux. Une joyeuse ambiance animée et colorée, qui laissent parfois à penser aux allées de Disneyland tout de même. Au quai 39, l’attraction est ici d’ordre faunesque car des centaines d’otaries investissent les lieux pour se prélasser en pleine ville sous le soleil californien. Sympathique, mais çà pue un peu et çà fait beaucoup de bruit ! Un peu plus loin, nous tombons nez à nez avec les cable cars, les fameux tramways de San Francisco qui permettent aux touristes de partir à l’assaut des pentes à toutes vitesses, cheveux aux vents. Mais pour 6$ la grimpette, nous avons préféré entraîner nos mollets ! Alors on marche, longtemps, très longtemps et on monte durement, très durement… Sur le bords des voies à l’incroyable dénivelé, des dizaines de voitures stationnées font confiance à leur frein parking : en épi, en créneaux, face ou en travers de la pente, les américains n’ont peur de rien ! Là haut, sur Russian Hill, se trouve une autre institution de San Francisco : la Lombard street, la rue la plus tortueuse du monde. Ce sont huit virages continus où les voitures font la queue du matin au soir pour descendre ces épingles à cheveux comme un manège. Des escaliers sont aménagés sur les côtés au milieu de somptueux jardins partagés afin que les nombreux piétons puissent profiter du spectacle de bas en haut ; tandis que les riverais des splendides maisons victoriennes adjacentes jouissent des magnifiques vues sur la ville au cœur d’hortensias et de perroquets.

Chinatown est le plus grand quartier chinois du monde -en dehors de l’Asie bien sûr. Ici, on est rapidement transporté de l’autre côté du Pacifique. Et si parfois l’endroit semble un peu pastiche, l’ensemble aux façades colorées, aux ruelles étroites et aux senteurs inconnues est très ludique. Au fond d’une petite rue aux balcons décorés, un vieillard chinois t’offre quelques gâteaux aux doux mots de sagesse : les fortunes cookies ; dans un parc, à l’ombre des cerisiers centenaires, des hommes jouent au ma-jong tandis que les femmes tiennent de petites échoppes remplies d’objets et denrées improbables. Ça parle une langue que l’on ne comprends pas, et l’on s’imagine voyager encore plus loin qu’où nous pensions être… On partira finalement par la grande porte surplombée de deux dragons pour sortir de ce quartier plus vrai que nature !

Entre montées et descentes, les jambes s’alourdissent vite et c’est en voiture que nous déciderons finalement d’aller explorer les quartiers plus excentrés. Malgré son poids encombrant, Jean-Michel gravi les cotes avec souplesse -merci la boîte auto, et les freins travaillent en descente, mais nous testons toutes ses capacités avec brio. C’est donc dans le quartier de Haight Hashbury que nous remonterons les origines du mouvement hippie : flâner au travers des boutiques vintages, des façades taguées et colorées des étonnantes victoriennes, sentir la marie-jeanne à chaque coin de rue, etc… la vie devait être cool dans les années 60’. C’est à Alamo Square que nous avons photographié les Painted Ladies, un ensemble de maisons de style victorien construites à la fin du XIXème siècle qui constituent une carte postale atypique au dessus du downtown. Nous avons aussi vu beaucoup de maisons bleues, accrochées aux collines, mais pas celle de Maxime, alors tant pis, on reviendra ! C’est à Japantown que nous avons été baigné dans l’ambiance douce et ecclésiastique de la jolie cathédrale de béton aux voûtes majestueuses. C’est dans l’immense parc urbain que nous avons ensuite été à l’assaut de jolis musées tout en profitant d’un bol d’air frais pour se détendre et pique-niquer. Puis c’est dans le quartier gay de Castro que nous avons déambulé au travers de magasins délurés, de murs bariolés de fresques, où drapeaux et passages piétons sont aux couleurs de cette communauté particulièrement engagée. C’est ensuite dans le quartier latin que nous avons terminé notre visite. Tout aussi déjanté que son voisin Castro, Mission District rassemble les codes de l’Amérique centrale que nous avons quitté quelques semaines plus tôt. Les stands de rues, les odeurs d’épices et les couleurs latines se mélangent aux bruits incessants de klaxons ; ici ça parle espagnol, ici on les comprend, ici on se sent bien !

 

SAN FRANCISCO S’ALLUME

Une vie de bohème s’écoule paisiblement de l’autre côté du Golden Gate Bridge, dans la banlieue Nord de la ville. Unique en son genre dans la baie de San Francisco, Sausalito est -en partie- un village flottant composé de multiples house boats : des maisons-bateaux multicolores, rafistolées ou sophistiquées. Si l’endroit fut autrefois un chantier naval pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est rapidement devenu le haut lieu de la contre-culture hippie des années 60’-70’. Aujourd’hui, Sausalito est le quartier préféré des « bobos » ayant fait fortune dans la Silicon Valley, et se côtoient alors sur les pontons de bois la bourgeoisie, les baba-cool et les amoureux de la navigation de plaisance, résidant dans plus de quatre cent péniches amarrées. Un joyeux capharnaüm flottant aux superstructures plus excentriques les unes des autres. Quelques panneaux « propriété privé » découragent les visiteurs non invités, mais les résidents souriants permettent finalement bien volontiers une petite visite à de curieux architectes de notre acabit, non sans une certaine fierté ! Reste à nous à respecter la tranquillité des lieux. Tous ces corridors flottants sertis de pots de fleurs donnent un air d’Amsterdam ou de Venise, les baraques flottantes sont toutes aussi diverses qu’insolites, majoritairement en bois, et très colorées. Des petites, des plus grandes, sur un ou plusieurs niveaux, il y en a pour tous les goûts et chacun y va de sa touche personnelle. Les jardins et terrasses privatives s’étendent sur les pontons communs, ici l’appropriation est à tous et les potagers flottants sont partagés. Le quartier est calme, la vue sur la ville est splendide, Sausalito est un endroit beau et attachant, ses habitants le savent bien, et de notre côté, on s’y verrait pas mal !

A San Francisco nous apprécions cette terre de tous les contrastes. Nous aimons l’architecture audacieuse de la ville, ses quartiers résidentiels à la fois paisibles et colorés, sa nature omniprésente et généreuse. Nous adorons ces quartiers aux ambiances bien différentes les unes des autres. Nous aimons les populations métissées, le mélange entre les businessmen, les baba-cool et les sportifs névrosés. Nous aimons cette ville vallonnée où la baie dévoile un cadre de vie enchanteur. Nous apprécions ce photogénique pont rouge qui se dévoile avec pudeur. Et si pendant le séjour, le temps fut clair, permettant de s’émerveiller chaque jour un peu plus de la beauté de cette ville qui hantait notre imaginaire californien, ce sera lors de notre dernier réveil -un superbe bivouac au pied du Golden Gate– que nous aurons le plaisir de découvrir un gros nuage brumeux envahir progressivement la côte ainsi que les piles du pont, lui donnant un air des plus mystérieux ! Il est alors temps pour nous de partir, le cœur serré, vers d’autres cieux, mais nous savons que nous reviendrons, parce que San Francisco, nous avons adoré !

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