Survivre à la Route de la Mort

Avec sa pente caillouteuse aux virages serrés, l’étroitesse d’une voie pourtant à double sens (3,20 mètres), et le risque constant de chuter au fond d’un précipice vertigineux, survivre à la « Route de la Mort » n’est pas chose aisée. De son vrai nom, la route des Yungas, ce chemin de près de 60 kms qui serpente au cœur des montagnes de la Cordillera Real à la végétation abondante et aux à pics vertigineux, a été surnommée the world’s most dangerous road : la route la plus dangereuse au monde, suite aux nombreux accidents qui ont lieu chaque année. Même si, depuis la création d’une nouvelle voie goudronnée, cette route de la Mort n’est plus aussi périlleuse qu’elle l’a été, la vigilance est de mise. Un zeste de témérité, un soupçon de folie, et une envie d’aventure, nous voilà au pied de la pente à Coroico (1.100 m), près à gravir les quelques kilomètres qui nous séparent du col de la Cumbre (3.800 m).

Ici, une règle est primordiale, il faut inverser le sens de la conduite : nous roulerons donc à gauche, mais dans le sens de la montée nous ne serons pas côté précipice (merci pour le vertige) et nous aurons la priorité. D’un côté la roche montagneuse, de l’autre la falaise à la profondeur impressionnante qui ne laisserait aucune chance en cas de chute ; en face une route étroite et chaotique où le passage à deux véhicules est parfois impossible. Un petit coup de klaxon à chaque virage pour prévenir l’arrivée, les rares camions descendants face à nous anticipent et tentent de trouver un espace plus large pour nous laisser passer. Heureusement que la circulation n’est plus aussi dense qu’auparavant ! Pour conserver une vitesse raisonnable, il suffit de jeter un coup d’œil de chaque côté de la piste où des croix rappellent les accident antérieurs. Très efficace, nous prendrons notre temps ! Bien que concentrés sur la route, guettant le moindre affaissement, le moindre éboulis, les moindres chutes d’eau érodant la piste, le moindre dérapage, le paysage qui se révèle sous nos yeux est sublime. De charmants petits villages sont nichés dans le creux de la vallée, enfouis sous la luxuriance d’une végétation tropicale. Les habitants semblent y couler une vie paisible, en communion avec cette généreuse nature bolivienne. Nous passerons en quelques temps d’une touffeur verte et humide aux cascades rafraîchissantes et fruits exotiques, à la fraîcheur de l’Altiplano et ses sommets enneigés. Nous traversons une épaisse couche de nuage pour surplomber la vallée, la vue est grandiose, le dénivelé impressionnant.

De là-haut, nous nous féliciterons, soulagés : nous avons survécu à la Route de la Mort !

 

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