Road trip sur la route australe

La Route Australe, l’une des plus extrêmes du monde, est une route majoritairement gravillonnée et poussiéreuse qui longe sur 1 240 km, rivières turquoises, forêts primaires, falaises surplombant la mer, fjords, glaciers et fermes de pionniers. Cela va contraster avec la route 40 argentine, particulièrement monotone et sans intérêts, que nous remontons depuis quelques jours. Construite à partir de 1976 sous la dictature de Pinochet afin de repeupler et de relier l’une des régions les plus isolées du Chili au reste du pays, la Carretera Australe est, encore aujourd’hui, très sauvage, avec un peuplement tout à fait relatif. Car cette liaison est précaire : nids de poules, ornières, ripio, graviers, cailloux, terre, sable, … tout y passe, mais cela participe à en faire une route mythique, incontournable du voyage dans le Sud du Chili. Si la vie dans les villages isolés de cet arrière-pays andin y est encore rude, les paysages offerts sont spectaculaires, entre forêts luxuriantes, steppes et pics inviolés qui s’étendent à perte de vue. Sur la route Australe, on ne compte pas en kilomètres mais en temps. La piste est tellement tortueuse et accidentée, que plusieurs heures sont nécessaires pour parcourir de très courtes distances. Les villages sont si éloignés les uns des autres qu’il est impératif de partir avec des provisions, de l’eau, ainsi que quelques bidons d’essence avant de s’engager sur cette route.

PANORAMA-Lago-General-Carrera

Même si nous ne parcourrons pas la Route Australe dans son intégralité, nous en sillonnerons une bonne partie, de Caleta Tortel à Chaiten, afin d’apprécier l’impressionnante diversité des paysages qui la borde. Nous allons finir la découverte de la Patagonie en beauté. Aussi, il est particulièrement difficile de condenser en quelques lignes les 20 derniers jours passés sur cette route mythique. Mais aujourd’hui, nous pouvons le dire, la Carretera Australe : Veni, Vidi, Vici, YOUPI !

 

LA ROUTE AUSTRALE ET SES PAYSAGES

Premier constat depuis le passage de la Cordillère pour rentrer au Chili : les paysages sont bien plus verdoyants que les arides steppes argentines quittées il y a quelques jours. Arrosée fréquemment par des pluies venant du Pacifique, la végétation est aussi variée que luxuriante. Les premiers kilomètres constituent ainsi une piste acrobatique, aussi belle qu’effrayante : épingles à cheveux et précipices vertigineux au-dessus d’un lac azur, graviers et pierres jonchant la route. Mais plus celle-ci serpente dans les montagnes, plus le paysage est beau, un enchantement pour les yeux après chaque virage et à chaque kilomètre. La cordillère des Andes se dessine progressivement, les cimes enneigées découpant le bleu du ciel. Le relief accidenté, nous emmène des sommets aux vallées, en passant par des parc nationaux où la végétation présente est étonnement différente dans chacun d’eux. Tantôt une steppe ondulante accueille plus de flamands rose et guanacos que de véhicules ; tantôt une rivière serpente au fond d’une large vallée teintée de rouge, alors que d’autres sillonnent dans des forêts humides, épaisses et impénétrables à flanc de montagne, où la pluie et le soleil ne semble jamais toucher le sol ; tantôt des fjords, où des pans de glace se détachent des glaciers suspendus pour s’écraser avec fracas dans des eaux laiteuses ; tantôt des cascades par dizaines dévalent le long de roches granitiques ; ou encore des grottes et arches de marbre grisonnant (Capillas de Marmol) dressent au milieu des eaux limpides d’un lac turquoise.

 

LA ROUTE AUSTRALE ET SES VILLAGES ISOLES

Les ramifications de la Carretera Australe ne sont pas en reste et permettent de circuler sur des pistes encore plus étroites mais tout aussi somptueuses, où la végétation reprend littéralement ses droits. Ces routes mènent jusqu’à de petits villages isolés en bord de mer, aux plages désertiques et fjords brumeux, ou encore à des hameaux de montagnes peu touchés par le temps. Chile Chico, oasis paisible sur la rive du lac General Carrera, aux eaux turquoises qui bénéficie d’un microclimat ensoleillé ; Puerto Guadal, modeste village de maisons à bardeaux patinés par le temps ; Caleta Tortel, l’intemporel village maritime, entièrement bâti sur des promenades de bois (Voir l’article) ; Raul Marin Balmaceda, hameau insulaire aux rues sablonneuses longtemps oublié, où l’on accède aujourd’hui par ferry ; ou encore Puyuhuapi, petit village aux accents germaniques niché dans une jungle de fougères géantes ; sont autant de villages qui nous ont étonnés, éblouis, émerveillés.

 

LA ROUTE AUSTRALE ET SES RENCONTRES

La Carretera est une route à part, ici la courtoisie est de rigueur : à chaque rencontre, il faut saluer. Un petit geste de la main, un signe de la tête, un bonjour par la fenêtre, un appel de phare ou encore un coup de klaxon, à chacun de trouver la forme. Toutes ces rencontres sont aussi inoubliables qu’inattendues : s’il n’est pas rare d’y croiser les classiques voitures et camions, les courageux vélos, voire même les valeureux marcheurs portant leur énorme sac sur le dos ; il est cependant improbable d’entamer une course avec vaches ou moutons. En effet, tomber nez à nez avec un troupeau de mouton bloquant la route provoque une drôle de situation. Il faudra attendre tout le savoir-faire de quatre gauchos à cheval pour dégager le chemin et permettre au « trafic » de repartir à plus vive allure (40 km/h, la piste n’est pas en bon état, quand même). Plus tard, alors que la pluie commence à s’abattre sur la route, ce sont des dizaines de vaches qui galopent pour tenter de trouver un abris au bord de la route. Une nouvelle fois, la situation est cocasse, Jean-Michel (alias le veau au regard de son poids et de sa lenteur) n’aura jamais aussi bien porté son affectueux surnom : au petit trot sur la route derrière son troupeau de vaches.

Sur la Carretera, même si la route est longue, il y a toujours un ami voyageur qui attends quelque part. Se suivre un peu, se perdre, pour mieux se retrouver. Hasard d’une rencontre ou rendez-vous programmé, c’est toujours un plaisir de partager de bons moments et d’échanger sur les dernières expériences. Parfois ces instants magiques sont même ponctués par des ballets de dauphins : bref, que de belles rencontres.

 

L’EAU SUR LA ROUTE AUSTRALE

L’eau, sous toutes ses formes, est l’âme de cette région australe. La glace qui se détache des imposants glaciers suspendus du Parc National Quelat  ; la neige qui recouvre, même en plein cœur de l’été, les hauts pics andins et le mont Valentin (en hommage au président N’homade) ; les cascades limpides qui dévalent le long des roches verdoyantes pour alimenter d’innombrables rivières ; l’incroyable multitude de couleurs des lacs : du noir au bleu turquoise du lac Bertrand, en passant par le vert émeraude ou le bleu roi du lac General Carrera (2ème plus grand lac d’Amérique du Sud), dans lesquels se reflètent les sommets enneigés ; ou encore l’océan Pacifique qui recèle une faune marine incroyable. La présence de toute cette eau suffit à approvisionner la région entière, mais c’est sans compter la pluie, qui apporte à elle seule, des réserves pour plusieurs années, entraînant parfois même d’importantes crues. Finalement la beauté de ces paysages verdoyants, et leur diversité s’expliquent : ici, il pleut… et pas qu’un peu. Si nous en avions été épargnés les 15 premiers jours, les derniers seront sous le signe des nuages gris et d’une pluie torrentielle continue.

Après plus de 20 jours sur la route, il est maintenant temps pour nous de quitter la mythique Carretera. Hâte de retrouver des chemins plus carrossable, un peu d’asphalte, de civilisation. Car malgré tous ces magnifiques paysages, ces splendides découvertes ou ces superbes rencontres, cette (mauvaise) piste reste éprouvante … mais n’en demeure pas moins une expérience inoubliable.

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