Pied à terre – Terre de feu – Feu follet

Au bout de la Patagonie, il y a la Terre de Feu …

DE MAGELLAN A BEAGLE I ARGENTINE – CHILI – ARGENTINE

La Tierra del Fuego, terre promise, apparait enfin. En effet, après 5 000 kms sur l’interminable et monotone Ruta 3, et un passage de frontière au Chili, le Détroit de Magellan nous tend son bras. Une rapide traversée de 20 minutes, nous touchons presque au but. Presque …

Car Ushuaïa se mérite. Accueillis sur cette île, pour nous permettre de prendre le temps et profiter de ces nouveaux paysages qui défilent – au pas – devant nos yeux … De longues routes poussiéreuses et caillouteuses serpentent ainsi au pied de collines verdoyantes. Quelques jolies estancias aux toits colorés sont éparpillées ça et là avec des troupeaux devaches, de moutons et de guanacos dans les vallées. Si certaines paraissent à l’abandon, d’autres constituent de vrais petits villages avec plusieurs corps de ferme, habitations, voire même un garage mécanique. D’immenses alignements de clôtures viennent délimiter les dizaines d’hectares de terres, créant des lignes géométriques dans le paysage. L’espoir de visiter l’une d’elle en pleine effervescence sera vain pour cette fois, l’activité estivale de la tonte des moutons n’étant pas encore commencée, un peu de patience. Nous entrons dans l’authenticité rurale de la Patagonie, qui nous plaît tant à découvrir.

Encore un nouveau tampon sur le passeport : nous repassons en Argentine. 24 heures et 4 tampons chacun, le compte est bon, le passage au Chili aura été court mais intense en émotions, les amortisseurs s’en souviendront.

En s’approchant d’Ushuaïa, les paysages changent et la nature révèle toute sa splendeur : la route se faufile entre lacs, forêts et montagnes aux sommets enneigés. Nous sommes au bout du monde, tel que nous l’avions imaginé. Un arrêt inattendu à Tolhuin à la découverte du  Parque Truber (#01-AR15.12), nous fera profiter d’un bivouac paradisiaque face au lac Fagnano, d’où, bercés par le bruit des vagues – oui des vagues !, on vous rappelle que le vent souffle – nous observerons un superbe coucher de soleil derrière les montagnes enneigées de la cordillère des Andes.

La route continuera encore pendant une centaine de kilomètres avant Ushuaïa, apportant son lot de paysages, plus beaux les uns les autres. Une vraie palette de couleur à l’état sauvage : les sommets enneigés d’un blanc immaculé, les forêts de lengas où le vert des feuilles et le gris des troncs se reflètent dans les eaux bleues des lacs enclavés, les tourbières d’un rouge feu. La Terre de Feu est belle.

… Au bout de la Terre de Feu, il y a Ushuaïa

USHUAIA I LE BOUT DU MONDE

En cette période de COP21, notre pensée va à Nicolas Hulot, sans qui la médiatisation de la ville ne nous aurai pas permis d’imaginer ce projet. La position géographique d’Ushuaïa fascine, par son statut de “ville du bout du monde” certes, – FAUX, ce n’est pas tout à fait Ushuaïa mais bien Puerto Williams, au Chili, la ville la plus australe du monde, mais celle-ci s’est fait volé la vedette faute de moyens économiques – mais également par le cadre naturel dans lequel elle s’inscrit. Ushuaïa est une ville perchée sur un escarpement étroit entre les pics enneigés de la chaine du Martial et le canal de Beagle et possède un port de commerce très actif. Aux portes de la ville, le premier parc littoral argentin : Parque National Tierra del Fuego, s’étend sur plus de 60 hectares et permet de profiter de belles randonnées offrant de superbes paysages. L’urbanisation actuelle, essentiellement touristique et peu méthodique, suit la topographie chaotique des lieux. Petit à petit, les nouvelles constructions, sur pilotis pour compenser cette topographie, grignotent du terrain sur les pentes arborées des montagnes alentours. De petites maisons traditionnelles en bois et acier, généralement colorées, côtoient des immeubles flambants neufs de plusieurs étages dans des rues où le dénivelé rappelle parfois celles de San Francisco. Les pentes sont telles que tous les trottoirs se transforment rapidement en marches et les rues hautes constituent naturellement des belvédères urbains sur la ville basse et son port.

La météo est de notre côté : du soleil, pas trop de vent, une belle semaine de découvertes s’annonce. L’ascension du glacier Martial, qui domine la ville, promet de marcher dans la neige éternelle en plein été. Après une bataille de boules de neige – ne pas perdre son âme d’enfant –, place à la contemplation de la vue panoramique sur la ville. De là, nous pouvons même apercevoir la côte Chilienne, située de l’autre côté du canal de Beagle.

Le parc National de la Terre de Feu protège la forêt andino-patogonique dans une montagne au relief abrupt le long d’une côte marine. Nous y passerons plusieurs jours, en pleine nature afin d’en explorer les moindres recoins, en compagnie de nos amis voyageurs “les 3 chats perchés en voyages” rencontrés quelques jours plus tôt. De nombreux sentiers permettent de contempler des paysages de tourbière, des baies maritimes, des fjords aux eaux turquoises et des forêts de hêtres. Le Senda Hito XXIV, longe la rive du Lago Roca et conduit à la frontière Chilienne. Interdiction formelle de passer … même pas peur ! Le sentier Senda Castorera se faufile dans une forêt épaisse où l’on peux apercevoir des barrages de castors. Introduits volontairement dans le parc, ces animaux sont aujourd’hui mal maitrisés, et laissent des dégâts considérables pour la flore du parc. Ce sont pourtant de sacrés constructeurs vernaculaires … ils auraient peux être pu nous donner quelques conseils si nous les avions croisés !

Nos bivouacs aux somptueuses Bahia Lapataia et Bahia Ensenada, encadrées par des sommets enneigés, sont de purs moments de plaisir visuels où nous savourons avec quiétude ces instants du bout du monde. Facétieux, un zorro colorado (cousin du renard) viendra même un matin nous saluer et tentera, lors de son shooting photo, de dérober une de nos chaussures de marche!La fin de la Ruta 3 au bord du canal de Beagle (dernier tronçon de la Panaméricaine) annonce pour nous le début du projet N’HOMADE_Sur les routes de la Panaméricaine. Nous avons atteint le point mythique le plus austral, c’est l’heure de la – douce – remontée vers l’Alaska.

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Il n’était pas question de quitter Ushuaïa sans naviguer sur le mythique canal de Beagle (enfin surtout pour les marins). Celui-ci sépare la grande île de la Terre de Feu et sa capitale Ushuaïa, des petites îles situées plus au Sud qui appartiennent au Chili. A bord d’un petit voilier de 7 m “El Tano”, Christian et Valentin se sont laissé mené pendant 3 heures par le capitaine Gustavo à travers une ballade loin des croisières touristiques vendues sur le port. C’est l’occasion de découvrir le canal sous un autre angle, où l’on prend conscience que la baie d’Ushuaïa est entourée de montagne : la queue des Andes. D’ici, la ville est encore plus belle et le froid ne se fait même plus ressentir avec un bon whisky en fin de traversée. Aussi authentique qu’inoubliable…

 

TERRE DE FEU I DE VENT ET DE NEIGE AUSSI

Après 8 jours au bout du monde, l’heure est au départ. La météo prévoit de la neige – et nous rappelons que nous approchons de l’été !!! – beaucoup de choses nous attendent, nous ne voulons pas rester coincés. C’est avec le cœur serré que nous laissons dernière nous cette ville magique. Pour profiter encore quelques instants de cette Terre de Feu, un petit détour à Puerto Almanza nous fera retourner quelques années en arrière. Ce minuscule village, paisible et très isolé, est constitué d’une poignée de maisons de pêcheurs faites de bric et de broc. C’est aussi le fief de la centolla : cette énorme araignée de mer, spécialité de la région, est un vrai délice pour les papilles. Du village, une vue somptueuse sur le Chili est offerte, d’où nous pouvons apercevoir Puerto Williams à seulement quelques kilomètres. Cette Terre de feu possède encore tellement de contrées inexplorées.

Si l’explication de l’origine du nom de “Terre de Feu” à deux théories, à chacun de prendre parti :

– celle de Magellan qui, lors de son arrivée, nomma ce territoire la Terre de Fumée à cause des feux de camps indiens, qui sera rebaptisée quelques années plus tard Terre de feu car “il n’y a pas de fumée sans feu”

– celle où le nom serait tiré de la couleur rouge des montagnes de l’île,

cette terre est aussi celle du vent et de la neige. Au petit matin, les flocons tombent, comme pour nous remercier de la visite, et apportent au décor de forêt de conifères un air de féérie de Noël. Bien qu’elle ne tienne pas vraiment au sol, c’est incroyable de voir cette neige à l’approche de l’été. Territoire parfois hostile, c’est pourtant le vent qui caractérise le plus cette Terre de Feu et “chat chouffle fort” : attention aux portières qui s’arrachent, aux voitures qui tanguent comme des bateaux … et aux chats qui volent… Nous repartons comme nous sommes arrivés, sous le vent, mais avec plein d’images en tête.

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Nous étions au bout du monde : paysages de steppes immensément vides, battus par des vents violents ; côtes découpées de fjords, glaciers et sommets enneigés ; lacs aux eaux cristallines ; parcs nationaux aux forêts humides et denses ; ville mythique et envoutante et estancias perdues dans un autre temps. Tout est extrême en Terre de Feu : la situation géographique, le climat, les paysages, et les sentiments qu’elle inspire, inoubliable. Nous étions au bout – plutôt au début – de la route. On ne peux pas rêver d’un si beau commencement pour un si grand voyage sur un tel continent.

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