On a marché sur le Machu Picchu

Citadelle « perdue » des Incas, le célèbre Machu Picchu, perché sur un pic isolé, est doté d’une situation aussi mythique que spectaculaire. Cette cité constitue le site archéologique le plus célèbre du continent, et il va sans dire que visiter le Pérou sans aller au Machu Picchu c’est comme venir en France sans goûter à ses fromages -quoi ça nous manque tant que cela ? Mais le développement touristique très rodé et les prix prohibitifs pour s’y rendre nous ont fait longuement hésiter. Car se rendre au Machu Picchu n’est pas si simple : plusieurs manières d’y aller, plus ou moins longues et plus ou moins coûteuses. Avec un peu de temps devant nous, nous avons choisi une solution économique mais tellement plus authentique ! Et nous aurions eu tord de nous en priver ! Alors prenez votre pose déjeuner -voire un jour de congé- asseyez-vous confortablement, et découvrez comment nous avons posé un pied sur le Machu Picchu. Expérience saisissante !

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20 KILOMÈTRES A PIEDS ÇA USE LES SOULIERS

A Ollantaytambo [Cuzco et sa sacrée vallée], Jean-Michel prendra une pose salvatrice. Trois jours de off sans rouler, les jambes prendront la relève. C’est ainsi que l’aventure commence ! Après avoir sauté dans un bus au chauffeur pressé, nous nous dirigeons vers le petit village d’Hydroelectrica. Les kilomètres défilent à grande vitesse, les cols montagneux s’enchaînent avant de redescendre à travers le brouillard vers une vallée tropicale. L’asphalte laisse place à la terre, le chemin se rétrécit, et notre chauffeur fou, toujours à vive allure, négocie les virages à flanc de montagnes sur une piste de plus en plus étroite. D’un côté la roche abrupte taillée dans la falaise, de l’autre un précipice vertigineux, nous incantons une petite prière pour que rien ne se mette en travers du chemin ! Cinq heures de routes plus tard, à Hydroelectrica, un peu de marche s’impose pour nous remettre de ces dernières montées d’adrénaline. Au milieu d’une végétation luxuriante, une voie ferrée indique le chemin. 11 km de balade permettent alors de relier le village de Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu. Un pont métallique brinquebalant, des traversées de cours d’eau, une chaleur moite qui colle à la peau, après quelques heures de marche sur les rails, nous levons les yeux vers les montagnes qui nous entourent. Plus haut, bien cachée, se trouve LA cité sacrée. Demain nous serons perchés sur ces montagnes ! Un train s’annonce à grand coups de klaxon, juste le temps de se plaquer le long de la falaise et il passe à quelques centimètres de nous. A bord, des visiteurs peu courageux -et surtout plus riches- qui arriveront avant nous à destination. Le souffle happant nous ramène ainsi à la réalité, il faut continuer avant que la nuit tombe.

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Bourgade également aussi appelée « Machu Picchu Pueblo » du fait de sa proximité avec la citadelle, Aguas Calientes est située au fond d’une profonde vallée, encerclée par une forêt de nuages. Véritable village étape, tout est organisé autour des touristes de passage : une succession d’hôtels, de restaurants, de boutiques à souvenirs, tous plus laids les uns des autres, n’invite vraiment pas à flâner dans les rues… Première image peu reluisante, mais nous sommes « obligé » d’y passer la nuit pour pouvoir être aux premières heures sur le site du Machu Picchu. Une soirée vite expédiée, un sommeil difficile à trouver, une très courte nuitée, et un réveil anticipé. Comme deux enfants pour un premier jour d’école, nous sommes tout excités ! A 5h00, à la lumière de la frontale, et accompagnés de quelques vaillants, c’est un chemin de plus de 2.000 marches qu’il faut escalader pour atteindre le sommet de la montagne où se dressent les ruines incas. Le souffle se met en route, les muscles se chauffent, les hautes marches irrégulières s’enchaînent, une préparation bénéfique avant la journée marathon qui nous attends. Après une petite heure d’efforts, nous arrivons -enfin-, trempés de sueur, à l’heure où les premières lueurs du jour commencent à percer. Le site du Machu Picchu ouvre ses portes et nous sommes parmi les premiers à y pénétrer. Et oui, la Cité mystérieuse se mérite !

 

UN PEU PLUS PRES DES ÉTOILES

Le soleil sort progressivement de derrière les montagnes, les premiers rayons éclairent d’or les ruines encore endormies. Pas un seul nuage à l’horizon, du haut d’un promontoire, l’imposant Machu Picchu se découvre sous son plus beau profil et entouré de ses fidèles et majestueuses montagnes. Intense, magique et très émouvante cette première rencontre, les larmes montent aux yeux ! Le cité est superbe, le cadre somptueux, l’architecture impressionnante. Si le paysage laisse littéralement sans voix, les techniques constructives laissent, quant à elles, perplexes : des centaines de terrasses sont érigées à flanc de falaises, un système d’irrigation ingénieux est encore exploité aujourd’hui, des pierres de plusieurs tonnes ont été transportées à cette altitude. Un témoignage majeur du savoir-faire inca qui impose le respect !

Construite à partir de 1450 sous la direction de l’Inca Pachacútec pour agrandir l’empire, avant d’être abandonnée quelques années plus tard, cette cité hissée à 2.430 mètres d’altitude était composée de temples, de palais, de lieux d’adoration du soleil, de places, de rues, de plus de 200 maisons, mais aussi de terrasses agricoles. Entouré par deux montagnes, le Wayna Picchu (« jeune sommet ») et la montagne Machu Picchu (« vieux sommet ») qui forment un protection naturelle, ce site occupe une position centrale qui domine toute la vallée, sans jamais être visible d’en bas. Afin de jouir au maximum de la splendeur qu’offre cette cité sacrée, il faut prendre un peu de hauteur et escalader l’une des montagnes. Nous choisirons la plus haute -et par conséquent l’ascension la plus difficile, une fois n’est pas coutume. A sept heure, à peine, c’est donc reparti pour 1h30 d’éprouvante montée pour atteindre le sommet de la montagne ! Pas moins de 2.500 p***** de MARCHES INCAS – la précision est importante car les standards de l’époque ne devaient pas être les même que les nôtres aujourd’hui… : irrégulières, raides et pas très larges, le tout pas très loin du précipice- certains passages sont un vrai calvaire ! Mais 500 mètres plus haut les efforts sont récompensés, le panorama sur le Machu Picchu à 360° est sublime. D’ici, l’on domine vraiment toute la vallée à plusieurs kilomètres à la ronde, le site et la rivière Urumbamba en contrebas. Sans se lasser, et histoire de se reposer, nous profitons quelques instants de cette vue à couper le souffle, digne des plus belles cartes postales. Le silence, la solitude, la vue panoramique : le rêve absolu. Les mots sont insuffisants pour décrire les sentiments ressentis et la beauté de ce site merveilleux. Peu à peu, quelques nuages viennent encercler la cité, sans pour autant la masquer. Une aura mystique se dégage, nous incitant à redescendre de ce promontoire enchanteur pour aller explorer les dédales de ruines qui, de là-haut, intriguent.

 

DES RUINES ET DES DIEUX

Le Machu Picchu est composé de 70% des constructions d’origine, qui ont résisté au temps et aux intempéries, 25% du site à été rénové et seulement 5% reconstruit. Découverte en 1911, près de 4 siècles après son abandon, par l’explorateur américain Hiram Bingham, la cité sacrée était encore en parfait état de conservation. Pendant un siècle, les incas ont extrait les roches des montagnes environnantes pour ériger les constructions, ils ont canaliser l’eau pluviale abondante pour irriguer les cultures, ils ont fertiliser la terre, … Un travail de titan accompli en très peu de temps ! Séparé en deux secteurs, l’agricole et l’urbain, la ville du Machu Picchu disposait ainsi de toutes les ressources nécessaire pour y imposer son empire.

Le secteur agricole est constitué de plusieurs centaines de terrasses de soutènements, aux dimensions et formes variables, permettant d’optimiser les cultures. Un ingénieux système de drainage parcourait l’ensemble des terrasses, permettant une irrigation constante et évitant les inondations en cas de fortes pluies. Toujours réalisées sur le même modèle, chaque terrassement est composé de couches successives : gros blocs de roches au fond, graviers, sable, et terre fertile à la surface. Assurant par ailleurs une fonction thermique, ces terrasses absorbaient la chaleur du soleil la journée, protégeant les récoltes du froid pendant la nuit. Moins photogéniques que les terrasses de Moray ou celles de Pisac [Cuzco et sa sacrée vallée], elles sont toutefois impressionnantes par leur position à flanc de montagne. S’asseoir sur l’une d’elles pour contempler la citadelle posée au pied du Wayna Picchu est un privilège dont on ne se prive pas. La soleil illumine les ruines qui se parent d’or. Un cadre enchanteur pour une des plus belles poses déjeuner ! Des lamas -apprivoisés- vont et viennent entre les badauds, plus gourmands que cracheurs, ils tenteront de dérober quelques sandwichs.

Plus bas, le secteur urbain est quant à lui, fortifié et accessible par une unique porte. Habitations, palais, temples sacrés, stockages, cellules, … toutes les constructions en pierre sont ajustées au millimètre. Il est remarquable d’observer la précision du travail accompli. Aucun mortier, aucun ciment, aucun joint pour faire tenir ces gigantesques bâtiments -exceptés pour quelques maisons, travaillées plus grossièrement- chaque pierre s’assemblant parfaitement avec ses voisines. Légèrement inclinés, les murs possèdent ainsi naturellement des propriétés antisismiques ; de même chaque ouverture observent une forme trapézoïdale (et non pas rectangulaire) afin d’éviter les déformations en cas de tremblements de terre. Et cela marche, puisque après toutes ces années et plusieurs dizaines de séismes, ces bâtiments incas sont toujours debout, et intacts ! Des trous taillés à même la pierre permettait de maintenir les lourdes portes en bois, des pierres dépassant des pignons servaient à accrocher la charpente avec des lanières de cuir, des ouvertures toujours orientées vers le soleil levant, révèlent une grande finesse pour les détails. Une belle leçon d’humilité face à des constructeurs de génie. Sans guide, nous avons donc marché, au gré de nos envies, dans ces maisons de pierres, erré dans ce labyrinthe de murs perchés sur la crête, rencontré au détour d’un couloir lamas et viscaches se prélassant dans l’herbe.

Peu à peu, les nuages s’épaississent, les touristes colorés déguerpissent et le Machu Picchu devient un monde bi-chromatique, en vert et gris. Nous restons de longues minutes à gorger nos pupilles de toute la beauté de cette mystérieuse cité d’or qui se retrouve peu à peu, plongée dans une étrange brume. Presque seuls face à l’immensité de ces ruines encerclés de montagnes, nous comprenons enfin pourquoi ce lieu est si magique ! Une pluie fine commence à mouiller les pierres, les lamas s’abritent, les parapluies s’ouvrent, c’est l’heure pour nous de quitter les lieux. Un dernier regard en arrière, quelques larmes d’émotions coulent à nouveau sur les joues des plus émotifs. Avec le cœur serré mais la tête remplie des plus beaux panoramas, le long chemin du retour a une toute autre saveur. Il faut recommencer tous les efforts, redescendre les 2.500 marches, retraverser des cours d’eau, remarcher sur les rails, relever les yeux vers les montagnes avec nostalgie. Nous étions sur le Machu Picchu, nous avons posé les pieds sur l’une des sept nouvelles merveilles du monde. Un rêve devenu réalité.

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Site phare du Pérou, le Machu Picchu est victime de son succès. Alors que près de 3 milliers de visiteurs s’extasient chaque jour devant sa beauté, en apparence éternelle, sa popularité fait peser sur le site de sérieuses menaces environnementales. Si l’afflux touristique, n’entame toutefois en rien la splendeur, l’atmosphère et le mystère du Machu Picchu, il faut aujourd’hui prendre conscience qu’il se dégrade. Des projets de préservation sont à l’étude, mais l’activité touristique, tellement rentable pour le pays, fait reculer les prises de décision chaque année. Le visiter de manière responsable est ainsi plus que nécessaire pour préserver ce joyaux brut laissé par les incas. Le Machu Picchu, nous avons hésité, nous sommes montés, nous avons visité, nous avons admiré, nous nous sommes extasiés, nous avons pleuré, mais nous ne l’avons pas regretté, nous avons ADORÉ !

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