Omelette norvégienne XXL

GLACIAR PERITO MORENO

De l’orage, un feu d’artifice, tonton Roger qui ronfle, un coup de fusil : c’est l’ouverture de la chasse ? Rien de tout cela, nous sommes au pied du Perito Moreno.

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08H30 I Après une route sinueuse mais splendide, nous sommes seuls face à cet immense champs de glace mobile qui se dresse à 60 mètres de hauteur au dessus du Lago Argentino, et dont la superficie équivaut à une ville comme Buenos Aires (257 km²). Le front glaciaire qui nous fait face s’étire sur 5 km de large et plus de 30 km de long. Le froid de la glace est saisissant, tout autant que la chaleur du soleil qui nous tape dans le dos. Le contraste thermique est déroutant : froid coté pile, chaud côté face, il est rare de ressentir à la fois ces deux sensations. Le réseau de plusieurs kilomètres de passerelles et d’escaliers métalliques s’offre à nous. Menant à des belvédères et des terrasses d’où les vues sont imprenables, nous nous baladons sur les différents circuits pour admirer le géant qui se livre petit à petit dans la belle lumière matinale. Le Perito Moreno est un des rares glaciers à ne pas être en régression, c’est même l’un des plus mobile de la planète, qui avance d’environ 2 mètres par jour en son centre. La glace se forme en haut des montagne à plus de 2000 m d’altitude et descend lentement en poussant les reliefs des versants, ce qui lui vaut une crête formée de pics acérés et cassés.

Pouvoir passer la journée entière à l’observer longuement est une expérience aussi visuelle qu’auditive. Classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1981, cette impressionnante langue de glace est bien vivante. La masse grince … , gronde comme le tonnerre, craque d’un coup de fusil, et résonne à l’infini. Le moindre bloc qui s’en détache s’effondre avec fracas dans le lac à plusieurs dizaines de mètres au dessous.

11H00 I Les passerelles serpentent dans la forêt dense jouant à cache cache avec le géant de glace. Nous descendons progressivement jusqu’à son pied, la hauteur de 60 mètres du glacier devient frappante, et l’on prend pleine conscience de son échelle à quelques mètres de lui (300 mètres tout de même, question de sécurité). De ce côté-là, le Perito semble plus calme et rien ne tombe dans l’eau. De toute façon, la masse de glace a atteint la masse rocheuse de la péninsule de Magellan et nous pouvons maintenant presque le toucher… Coupant le lac en deux, il empêche ainsi les eaux de s’écouler vers la mer. D’ici quelques mois, le phénomène de rupture va s’opérer, brisant avec grand fracas cette digue naturelle créée : la façade s’éloignera alors de plusieurs centaines de mètres et un nouveau cycle de progression, d’environ 4 ans, pourra ainsi recommencer. Par de grands tracés et jeux de perspectives, les escaliers métalliques remontent ensuite dans la forêt en imitant la géométrie du glacier, permettant ainsi de s’approcher au plus près de la face Nord. Celle-ci dévoile toutes les irrégularités : observer pendant des heures les aspérités, les crevasses, imaginer des visages et des silhouettes taillés dans chacun des blocs de glace comme on le fait avec les nuages, est une activité fascinante. La gamme de couleurs est infinie, variant du blanc au bleu marine. En effet, compactée depuis des millénaires, seuls les rayons courts (bleus) peuvent filtrer, ce qui donne à la glace des teintes si différents et si spectaculaires.

16H30 I Après de longues minutes d’attente où nous guettions un bloc menaçant de s’effondrer, le pan de mur, haut d’environ 30 mètres (un immeuble 10 étages) se détache pour s’écraser avec force dans les eaux profondes. L’action est impressionnante, le bruit assourdissant se répercute contre les montagnes avoisinantes, et l’énorme vague provoquée déferle sur les rives alentours. Quelques instants plus tard, le bloc tombé réapparaît à la surface créant un iceberg d’un bleu étincelant. Celui-ci finira sa route en dérivant, comme des centaines d’autres, sur les eaux turquoises du lac Argentino. En fondant, ils alimentent ainsi en eau ce lac, le plus grand du pays, qui scintille en milliers de paillettes sous le soleil de fin d’après-midi.

19H00 I L’heure tourne et le site va bientôt fermer. Passer des heures entières à observer ce spectacle naturel, observer avec intérêt les changements de couleurs du glacier en fonction des lumières et de la position du soleil, écouter méthodiquement les grondements annonçant la chute, attendre avec patience (çà dépend pour qui…) qu’un bloc tombe avec fracas pour capter la meilleure photo, et contempler avec délectation le nouveau paysage qui s’offre à nous, le cycle est inlassablement sans fin. Comme un signe d’au revoir, un dernier morceau de glace s’effondre, il est maintenant temps de partir.

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Ciao Perito…

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