Les trésors du Chiapas

Fort de ses contrastes, le Mexique le prouve encore une fois dans l’État le plus septentrional du pays, à la lisière avec le Guatemala. Il suffit de se rendre dans la jungle de Palenque ou sur les hauts plateaux de San Cristobal de Las Casas, pour se rendre compte que ce pays d’Amérique du Nord a énormément de choses à offrir ! Le Chiapas, l’une des provinces les plus énigmatiques du Mexique, est surtout la plus indienne du pays, s’apparentant plus à ses voisins d’Amérique centrale. Les routes sillonnent au cœur d’une végétation luxuriante et humide, où la température est chaudement étouffante, puis grimpent progressivement à travers les fraîches pinèdes de montagne pour mener à de petits hameaux tzotziles. Ici, la culture traditionnelle perdure, les tenues locales traduisent une remarquable qualité artistique, mais se mâtinent peu à peu de quelques touches de modernisme. Le Chiapas est le cœur de la révolution zapatiste, où les sympathisants revendiquent les droits et les terres des communautés indiennes, laissées pour compte par le gouvernement mexicain. Aussi, le passage sur ces longues et sinueuses routes peut se révéler plein d’embûches : entre les innombrables topes [ralentisseurs cassant à la fois la vitesse mais aussi les pneus, chaînes, freins et autres pièces de voiture si l’on n’est peu averti], ou les cordes tendues en travers de la route par des enfants quémandant quelques pesos, les kilomètres sont interminables ! Heureusement que les paysages sont superbes : des vallons à la végétation tropicale laissent place aux montagnes arides où cactus et agave font leur apparition. À la fois marqué par la civilisation Maya et par l’empreinte espagnole comme le témoignent les belles villes coloniales, le Chiapas est une région qui recèle plein de trésors.

 

DES RUINES I DE PALENQUE À TONINÁ

L’un des mystères de cette région du Mexique se trouve au beau milieu d’une impressionnante jungle luxuriante. Une forêt épaisse qui a littéralement envahi le site il y a plusieurs siècles, et où s’ébattent encore et en chœur les nombreux singes hurleurs. Au petit matin, sous une lumière rasante qui éblouit un peu, et une chaleur déjà torride, un chemin monte au creux de la végétation tropicale. Des bruits de la forêt, inquiétants, accompagnent la progression, alors on s’imagine, machette à la main, braver le danger pour défricher les ruines tant attendues toujours enfouies sous terre, pour trouver un univers qui reste encore à découvrir. Soudain, le terrain s’aplanit, et la végétation laisse place à une rangée de temples adossés à une colline, qui se dresse face à la jungle. De -vrais- explorateurs sont déjà passés par là et mis à jour plusieurs centaines d’édifices, … tant pis, notre gloire viendra une autre fois. Bien qu’à Palenque, pas mal de temples restent encore à découvrir sous les lianes et monceaux de terre, l’architecture maya apparente, est elle, lovée dans un écrin de verdure qui laisse sans voix. Un temple sur chacune des petites collines, la forêt vierge autour, et des nappes de brumes d’où émergent des silhouettes d’un autre temps… ce site est absolument magnifique ! Ici, nous pouvons voir, à travers des ouvertures en forme de T, l’alignement des lucarnes ; là, une tour pour observer le soleil ; plus loin, des gravures qui ont conservé leurs couleurs originelles ; sous cet angle, les crêtes faîtières des palais se détachent sur différents plans ; et là, quatre jolis patios referment un dédale de chambres et de couloirs. Des prouesses techniques impressionnantes, surtout si l’on pense que les Mayas ne connaissaient à l’époque ni la roue ni les métaux…

Toniná, pour sa part, occupe un vaste site dominant une vallée pastorale verdoyante. Ensemble de temples parmi les plus imposants du monde maya, il se présente sous la forme d’une gigantesque pyramide adossée à la colline, aménagée en plusieurs terrasses. Une vraie ville verticale de près de 80 mètres de hauteur qui s’élève en surplomb de la grande place principale. L’absence de visiteurs nous permettra de profiter des ruines pour nous seuls, de déambuler avec aisance dans le dédale labyrinthique des chambres, de s’immiscer dans d’étroits passages, de grimper la centaine de marches pour découvrir, niveau après niveau, les anciennes habitations, les bâtiments officiels, les palais ou les temples. Au sommet, après la rude escalade -une corde de rappel n’aurait pas été de trop pour aider à surmonter le vertige, un panorama à 180° sur les vallons environnants s’ouvre à nous. Un impressionnant spectacle, … qui se mérite !

 

UN VERTIGE NATUREL I LE CANYON DE SUMIDERO

Au milieu de cette jungle, un fleuve coule tranquillement dans les méandres rocheux. Et c’est depuis les hauteurs des plateaux des Chiapas qu’il se révèle le plus impressionnant. Le Canyon de Sumidero dessine en effet une faille naturelle dont les parois s’élèvent par endroits à 800 mètres au dessus du niveau de l’eau. Des vues vertigineuses sont aménagées tout au long des 25 kilomètres de route sinueuse qui surplombe les roches verticales à la végétation dense. À plusieurs mètres en contrebas, la limpidité de la rivière bleue n’est perturbée qu’à l’approche d’un bateau, fendant les flots avec sa taille de fourmi. Les échelles sont démesurées, l’écho démultiplié, et la végétation envahissante, … serait-ce un avant-goût du fameux Grand Canyon ?

 

UNE VILLE I SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS

Nichée au cœur d’une vallée tapissée de pins, la ville coloniale de San Cristobal de Las Casas, n’a pas la sophistication de ses cousines du Yucatán [Le Yucatán tout en couleur], mais elle a le mérite de conserver toute l’authenticité d’une vieille cité provinciale. Auréolée de la belle lumière des hauts plateaux, elle offre des maisons basses aux fenêtres grillagées de fer forgé, un marché pittoresque où vendent, en tenues traditionnelles, les indiennes tzotziles descendues de leur village de montagne, et de nombreuses églises colorées. Les étroites rues pavées rectilignes qui montent en pente douce sont couronnées de centaines de fanions rappelant les couleurs du Mexique, volant au vent au dessus de la tête des piétons. Au cœur d’un quartier populaire, la place centrale voit se presser les cireurs de chaussures, les marchands ambulants et les vendeurs de journaux qui tentent d’amasser quelques pesos. Il se dégage une ambiance chaleureuse de cette ville haut perchée, qui jouit d’un climat frais mais ensoleillé : entre un charme colonial et une culture où les traditions indiennes perdurent. L’artisanat y est d’une rare qualité, la nourriture à déguster les yeux fermés, et les musées à explorer. Une joyeuse harmonie qui enchante sans aucun doute le visiteur.

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