Les pierres grises du Yucatán

Après ces quelques jours de détente auprès des différentes eaux de la région [Les eaux bleues du Yucatán], il est temps de côtoyer la culture du Mexique et ses ruines précolombiennes, particulièrement nombreuses au Yucatán. Si les vestiges de Tikal, au Guatemala [Au pays des mystérieuses cités d’or], furent une belle entrée en la matière, c’est ici que l’on en prend vraiment plein les yeux, que l’on se la joue Indiana Jones et que l’on découvre une fascinante culture. Le monde maya, un monde mystérieux de cités perdues, un univers à explorer, une histoire à percer. Sans entrer dans des explications trop barbantes, une minute culturelle s’impose pour présenter une civilisation qui a régné près de sept siècles ! Commerce entre cités où vivaient plusieurs dizaines de milliers d’habitants, architecture, art, astronomie, les mayas maîtrisaient beaucoup de domaines. En connexion avec leurs Dieux et la nature, tous les bâtiments érigés à l’époque ne laissent rien au hasard : dimensions imposantes, orientation cosmique, élévation vers le ciel, nombre de marches, d’étages, de panneaux de glyphes ; tout comme la civilisation Inca [Cuzco et sa sacrée vallée], rien ne se veut seulement esthétique, mais toujours en rapport avec le culte du soleil. Puis soudainement, pourtant en pleine apogée, tout s’arrête, les constructions sont interrompues et les cités abandonnées. Bien que quelques suppositions sur les raisons de ce déclin émergent [guerres entre cités, changements climatiques, maladies], rien n’est encore aujourd’hui élucidé. Le monde maya, un monde plein de mystères… Parenthèse historique refermée, nous partons explorer quelques unes de ces majestueuses cités, toutes plus différentes les unes des autres, tantôt en bord de mer, tantôt au cœur de la jungle ou au beau milieu des plaines. Mais dans tous les cas, un seul mot d’ordre : être matinal pour profiter de la quiétude des lieux quelques instants avant l’arrivée des hordes de touristes dans cette période de vacances hivernales.

TULUM I SEA, STYLE AND SUN

Avec ses plages de sable blanc, ses eaux turquoise, sa brise légère et son soleil radieux, la côte de Tulum est l’une des plus belles du Mexique. C’est dans ce cadre spectaculaire qu’ont été retrouvés les vestiges mayas de Tulum, unique cité en bord de mer, dont la position sur la falaise domine majestueusement les Caraïbes. Préparez crème solaire, maillot fluo, serviette éponge, et tongs rétro, on vous emmène visiter un site archéologique ! Car oui, au Mexique, il est possible d’allier visite culturelle et bain de soleil ; à Tulum, tu peux descendre jusqu’à la plage et tremper ton fessier entre deux visites de temples, tu peux croiser un groupe de jeunes en pleine séance bronzette au pied des palais… Un peu déroutant pour se projeter dans l’imaginaire des ancêtres, mais passé la vision des Mayas en short, le site est envoûtant, surtout en arrivant très tôt ! S’il ne rivalise certes pas avec des constructions plus anciennes et ambitieuses -ici pas de pyramides imposantes ou de palais gigantesques, le site archéologique de Tulum à de quoi couper le souffle par l’environnement grandiose dans lequel il s’inscrit. Surplombant une côte découpée, une plage scintillante bordée de palmiers et des eaux turquoise, les vestiges sont depuis plus de huit siècles, exposés aux embruns et à la canicule. Cette forteresse, autrefois port de commerce, abrite aujourd’hui des dizaines d’iguanes, du plus petit au plus énorme, qui se prélassent sur les rocailles chaudes du site. Des palmiers poussent au milieu des colonnes, et le gris des pierres, l’azur du ciel, le vert de l’herbe, le jaune du sable et le turquoise de la mer s’assemblent avec harmonie en cette matinée ensoleillée. Une jolie balade paisible pour quelques heures au bord des Caraïbes, à déambuler entre les restes de temples d’où les Mayas ont pu apercevoir l’arrivée des espagnols au XVème siècle. Aux Conquistadors succède maintenant l’effrayante vague de touristes à paillettes ; tout comme les indiens, nous déguerpissons sans tarder, toutefois enchantés par la splendeur de ces lieux atypiques.

 

COBÁ I DANS LA JUNGLE, TERRIBLE JUNGLE

Nichées au cœur d’une forêt de broussailles, les ruines de Cobá sont, pour la plupart, encore enfouies sous l’épaisse végétation. Cité parmi les plus importante, elle recouvrait autrefois une surface de près de 70 km², nous n’en explorerons qu’une petite dizaine. Téméraires, nous partons arpenter les chemins à pied, laissant le vélo-taxi pour les plus faignants -et les moins fauchés. Flâner le long des chaussées blanches surélevées à l’ombre des arbres centenaires, escalader les tertres recouverts de vigne vierge, faire travailler son imagination devant les stèles abîmées, et même grimper à l’aide d’une corde sur l’impressionnante pyramide Nohoch Mul [haute de ses vertigineux 42 mètres], nous aura transporté un temps dans une épreuve des Aventuriers de l’arche perdue. Du sommet, nous avons déniché le trésor du site : la vue imprenable sur l’immensité de la canopée, les ruines qui, çà et là, émergent à peine des arbres, et les lacs alentour, scintillants au soleil. Une sensation agréable pour certain, mais effrayante pour d’autre…

 

CHICHEN ITZA I AU PAYS DES MERVEILLES

Après le Machu Picchu au Pérou [On a marché sur le Machu Pichu], l’heure est venue de découvrir une autre des sept merveilles du monde moderne. Chichen Itza, bien que très fréquenté, impressionne toujours. Bien sûr, il s’agit ici de faire abstraction des vendeurs ambulants à tous les coins de pyramide qui, à grands coups de appeaux émettent des rugissements de jaguar intempestifs, ou de l’impressionnante quantité de touristes qui se déversent par flot en milieu de matinée et qui semblent plus préoccupés par le selfie réussi devant les ruines et le souvenir ringard made in china qu’ils vont bien pouvoir acheter à prix prohibitif. Au beau milieu de ce tintamarre pseudo-animalier et des poches plastiques ballottant au bras des acheteurs compulsifs, il faut tenter de plonger au cœur de cette riche culture maya-toltèque et jouer des coudes pour obtenir des photos authentiques.

Sur près de 300 hectares, les ruines, bien restaurées, sont toutefois spectaculaires. La pyramide Kukulcan, à la silhouette si représentative, domine le site et impose sa majesté dès les premiers pas. Projection en trois dimensions du calendrier maya : 91 marches sur les quatre faces plus une au sommet, rappellent le nombre de jours d’une année solaire ; neuf terrasses divisées en deux par un escalier, indiquent les 18 mois de vingt jours du calendrier maya ; et 52 panneaux sur chaque face, rappellent les années du cycle calendaire, celle que l’on nomme le Castillo était un édifice entièrement dédié au soleil. Le jeu de balle fut une institution sacrée pratiquée dans tout l’empire maya, mais un jeu… mortel. Ici, sur le plus grand terrain du continent méso-américain à l’acoustique incroyable -les guides ne cessent de taper dans les mains pour prouver que l’on entend depuis l’autre bout du terrain, se sont affrontées des équipes de sept joueurs pendant des heures. On s’envoyait une pelote de bois en utilisant uniquement les genoux, le pied droit ou la hanche dans le but de toucher l’anneau adverse situé à plusieurs mètres du sol sur le mur des tribunes. Malheur aux vainqueurs -ou aux vécus, chacun sa théorie, sacrifiés au dieux par décapitation ! Le temple aux mille colonnes présente une infinité de piliers ornés de sculptures jouant les perspectives étourdissantes. Si les mayas utilisent des représentations géométriques -c’étaient en réalité les précurseurs du jeu du morpion!- l’influence toltèque qui se superpose, apporte son lot de représentations plus réalistes avec le culte du dieu Quetzalcoatl [serpent à plume] qui se dessine sur la pyramide par un jeu d’ombre lors des équinoxes, ou aigles et jaguars, omniprésents sur les bas-reliefs. Que ce soit la pyramide principale, l’immense jeu de balle, les temples, l’observatoire en colimaçon, les bas-reliefs représentatifs ou les cenotes, la feu capitale de la civilisation Maya, est une merveille archéologique qui ne peut laisser indifférent.

 

UXMAL I TOUCHÉS EN PLEIN CŒUR

Situé dans une région de douces collines contrastant avec la plaine monotone du Yucatán, le site d’Uxmal est remarquable pour la beauté de son architecture aux proportions harmonieuses et aux frises finement sculptées au sommet de chaque édifice. Dès l’entrée, une pyramide ovale se dévoile, invitant à lever les yeux jusqu’au ciel, où plusieurs petits temples au sommet traduisent les différentes époques de construction. À l’arrière, le quadrilatère des Nonnes, composé d’édifices bas reposant sur d’imposants socles de pierre, impressionne par l’abondance des hauts-reliefs sculptés : des centaines de masques du dieu de la pluie Chac reconnaissable à son nez crochu, des motifs floraux, d’autres géométriques, ou des serpents entrelacés, présentent une grande harmonie architecturale de style puuc. La justesse des proportions et la perfection des perspectives et profondeurs de champ ajoutent à cet espace solennel, une beauté exceptionnelle. Quelques mètres plus haut, installé sur une esplanade qui domine tout le site, le palais du Gouverneur est un chef d’œuvre d’architecture Maya qui dévoile des proportions répondant au nombre d’or, où chaque forme, chaque ligne, et chaque hauteur, s’assemble dans une cohérence esthétique et spatiale. Depuis le sommet de la grande pyramide, que l’on gravit par de hautes marches inégales, on embrasse une vision d’ensemble sur l’immense territoire d’Uxmal, autrefois capitale politique, militaire et religieuse de la région. Une vraie préférence pour ce site à la beauté pure.

L’héritage des mayas est toujours très présent dans cette région mexicaine. Aussi, c’est un vrai bonheur de crapahuter sur les ruines de Cobá, de contempler les fresques d’Uxmal, de lézarder sur les pierres de Tulum ou d’être subjugué par l’ampleur de Chichen Itza. Il faut s’imaginer dans une jungle dense ou les pieds dans le sable, voir apparaître ces imposants vestiges au milieu d’un cadre enchanteur, pour plonger au plus près de la vie fascinante des mayas.

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