Les pieds dans l’eau et les jambes dans le vide

Premier parc national créé dans l’état de l’Utah aux États-Unis, le Zion National Park est le paradis des randonneurs en pleine nature. C’est au beau milieu des paysages façonnés par la Virgin River et ses affluents que de nombreux sentiers sont tracés, pour le plus grand bonheur des visiteurs qui s’y pressent par milliers. Ici, il y en a pour tous les goûts, des petites promenades de santé, aux inédites marches « pieds dans l’eau glacée », en passant par par l’une des randonnées « les plus spectaculaires et dangereuses du monde », le Angels Landing Trail. C’est parti pour quelques kilomètres entre émerveillement et frissons.

Après le passage dans un tunnel très étroit, une route toute en lacets traverse le parc d’Est en Ouest, tortillant entre de hautes falaises, une rivière impétueuse et une végétation luxuriante. Une nouvelle fois, beaucoup de couleurs aux dégradés éblouissants, des formations géologiques très variées, et une jolie lumière intense qui éclaire le tout. Une fois de plus, ce décor naturel est de toute beauté ! Le Zion National Park est comme une oasis en plein désert, un canyon touffu et verdoyant, qui tranche radicalement avec les autres parcs arides de l’Utah. Et alors qu’ailleurs on découvre les canyons d’en haut avant de descendre dans les entrailles [A l’assaut d’une faille sans fin], ici on commence par l’admirer d’en bas avant de -pour les plus courageux- grimper vers les hauteurs. S’il dévoile des paysages majestueux, c’est surtout pour ses randonnées spectaculaires que ce parc jouis d’une réputation de stature internationale. En cette saison touristique, et malgré l’immensité du parc, il est même difficile de trouver une place pour stationner. Nous sommes obligées d’atteindre le départ des randonnées avec des navettes mises à disposition par les services du parc.

De petites marches assez faciles amènent à de jolis points de vue sur le canyon, d’autres à des piscines naturelles nichées dans des cavités humides des rochers, tandis qu’une longue balade rafraichissante longe le cours de la rivière. À cette époque de l’année, le cours d’eau est déchainé, et au bout de deux kilomètres le sentier s’arrête net. Par temps sec, il est possible de continuer en s’engouffrant dans le passage des Narrows, les pieds genoux dans l’eau. L’une des randonnées les plus prisées de Zion National Park. À l’extrémité nord du parc, le défilé des Narrows commence en effet là où la route s’arrête. Le canyon se resserre pour devenir parfois tellement étroit, qu’il faut alors marcher DANS la rivière, à l’eau glaciale et au parcours périlleux, à la limite du canyoning. À cet endroit plus qu’ailleurs, l’on se sent oppressé par la hauteur, une ambiance particulière où le soleil peine à se glisser à travers les rochers. Enfin, c’est ce que l’on nous a raconté, puisque les dernières crues nous empêchent à cette saison de progresser plus loin ; les rangers du parc qui assurent la sécurité veillent au grain ! C’est un peu frustrés, mais conscients du danger, que nous rebroussons chemin en croisant quelques écureuils et daims. Le soir venu, on se consolera en regardant rougir toutes les falaises autour. Le soleil couchant apporte à chaque fois cette ambiance incroyable à l’ensemble du paysage !

Frustrés, mais pas démoralisés, nous décidons alors de prendre un peu de hauteur pour profiter du parc par le haut. On s’attaque à l’ascension du célèbre Angel’s Landing Trail. L’une des randonnées les plus populaires du parc, car l’une des plus spectaculaires. Si cette randonnée est célèbre c’est pour sa dangerosité, c’est LE sentier à faire pour tous les amoureux de sensations fortes, ceux qui aiment les frissons, en d’autres termes, les inconscients ! Ici, on flirte souvent avec le vide. Mais pas le petit trou de rien du tout, non, c’est le précipice de 300 mètres à pic, où tu as plutôt intérêt à regarder où tu mets les pieds ! Bref, une bonne partie de vertige en perspective.

C’est de bon matin, au pied du gigantesque pic rouge d’Angel’s Landing, que nous partons d’un bon rythme à l’assaut des cinq kilomètres qui nous séparent de la crête de ce rocher. La randonnée grimpe sec, les lacets s’enchaînent, mais cette première partie se déroule sans encombre. Un premier plateau offre une vue imprenable sur la vallée et la Virgin River qui serpente en contrebas. Face à nous se dresse l’arrête ocre et tranchante du Angel’s Landing qui s’avance dans le vide. Beaucoup -trop- de monde semble se contenter de ce panorama, car si le chemin continue vers le haut du rocher, peu d’entre eux l’empreinte. Car c’est vraiment pendant ce dernier kilomètre que tout se complique, et ma nonchalance du début se dissipe rapidement lorsque la « marche » se transforme en « escalade ». C’est à la queue leu leu, les mains agrippées à une chaîne de fortune, à flanc de ravin, que l’on progresse. Vide à gauche, vide à droite, 300 mètres en bas. Question sécurité, on est au maximum : les chaînes permettent de s’assurer que l’on ne tombera pas en bas… Vous pensez que j’exagère ? Si seulement …

Mais cela ne semble pas en inquiéter certain, et Valentin continuera la dernière partie seul. Trop paralysée par le vertige qui commence à m’envahir, j’ai attendu qu’il revienne -sans bouger d’un iota- sur mon bout de rocher avec le vide à un mètre de moi de chaque côté. Heureusement pour mon honneur, je n’étais pas la seule à jeter l’éponge, devant cette dernière partie technique ! C’est donc en suivant quelques aventuriers, en prenant des risques inconsidérés, en longeant les chemins escarpés, en grimpant sur des rochers peu stables, en s’accrochant à des chaînes encore moins stables, que Valentin gravira courageusement cette arrête du Angel’s Landing -vous sentez la fierté de la copine là- afin de ramener quelques clichés. Alors après avoir embrassé l’immensité de la vallée, après avoir capturé les plus belles images, il s’est assis quelques instants, les pieds dans le vide, mais les mains bien accrochées à ces p* de chaînes. Et de tout là haut, il m’a dit que c’était beau !

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