Les nuits étoilées du désert

Le désert de la Tatacoa est un lieu perdu derrière l’ultime cordillère. De nombreuses heures passées sur les routes pour passer « de l’autre côté » de la montagne, des petits villages paisibles, où les soirées se passent sous les manguiers autour d’un jeu de cartes ou de dominos, cette région colombienne semble coupée du monde. Un désert perdu, mais beau ! Un sol rouge sombre ou gris clair, des canyons ravinés par les rares précipitations, des températures qui peuvent atteindre les 50°, un contraste saisissant avec le reste du pays. Mais un désert, qui n’en est pas vraiment un ! Il s’agit plus en vérité d’une forêt tropicale asséchée peuplée de cactus que l’érosion a modelé : une étrangeté climatique désertique au beau milieu de montagnes pourtant verdoyantes. Des airs de far west américain sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.

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DES CHÈVRES ET DES CACTUS

Pas vraiment de panneaux pour indiquer le chemin – mais c’est un peu normal nous sommes en plein désert – alors un itinéraire s’improvise. Au petit matin, à l’heure où le soleil colore le ciel et les teintes se font perçantes, nous amorçons la descente dans le canyon. Un labyrinthe de roches rouges sculptées par la pluie forme un dédale où ni vent ni son n’ose s’engouffrer. La lumière dore les parois, nimbant tous les contours d’une aura angélique, et le relief se dessine sous nos pieds. Seuls quelques rares oiseaux et chèvres sauvages viennent troubler la quiétude des lieux. Serpentant dans ces failles minérales, entre bouquets de cactus et acacias, déambulant au cœur de ces vastes étendues arides et monticules craquelés de terre brune, nos pas matinaux nous mènent toujours plus loin à travers El cusco. Seuls au milieu de ce désert rouge, le silence est beau, la lumière magnifique… Bientôt, la chaleur deviendra accablante, les zones d’ombres se révéleront salvatrices pour une petite sieste, et le jus de canne à sucre rafraîchissant à souhait.

 

UNE PISCINE DANS LE DÉSERT

Mais il n’y a pas seulement un désert rouge, à côté un autre est gris, caillouteux et vallonné. Les lignes d’horizon y laissent même observer – avec beaucoup d’imagination tout de même- tortue, crocodile ou chameau… Pas vus ! Au creux des vallons, plusieurs dizaines de cactus égayent de leur plus beau vert ce panorama monochrome. Seules quelques chèvres, qui fuient à notre approche, peuvent arpenter sans danger la cime de ces monolithes rocheux. Quelques cahutes de fortune abritent des familles d’éleveurs, sans eau courante ni électricité, leur seul luxe est cet horizon sans limites. Ce désert n’en finit pas d’être beau ! Arpenter ces canyons infinis de Los Hoyos nous mènera plus tard auprès d’une piscine (naturelle?), fraîcheur bienvenue après plusieurs heures de marche sans ombre.

 

DES ÉTOILES DANS LA NUIT

Soudain, le soleil décline et les rayons rougeoient à l’horizon, parant les parois rocheuses de sublimes couleurs chaudes. Lentement s’éteint, chaque seconde un peu plus, ce paysage serein et infini sous une belle voûte polychrome. Plus tard, l’absence de toute pollution lumineuse nous permettra d’observer les constellations des deux hémisphères, et une voie lactée sans pareils. Venus, Jupiter, ou Orion n’ont plus de secrets pour nous ! Ici, il y a un peu des parcs de l’Ouest Américain (ceux que nous imaginons) ou à Talampaya en Argentine [voir l’article]. Mais en version du Sud, sans les chemins balisés ; en version du Sud, sans le prix à payer. La Colombie n’en finit pas d’étonner !

 

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