La traversée du désert

Ayant plusieurs fois évoqué notre attirance pour les déserts et grands espaces, nous ne pouvions manquer celui de la Death Valley. Au nom évocateur, la réputation de cette vallée n’est plus à faire, nous savions à quoi nous attendre : aridité et chaleur ; cailloux, sable et vent ; déshydratation et pénurie d’essence ; etc… un désert de l’extrême quoi ! Commence alors une épopée pour se rendre au creux de la Vallée de la Mort. Les stocks d’eau rangés à l’arrière de la voiture, les jerricans remplis à ras bord pour contrer la panne sèche, la climatisation éteinte pour éviter une surchauffe, nous roulerons les fenêtres grandes ouvertes, les tongs vissées au pieds et les lèvres collées au goulot de la gourde ! On suit alors une longue route droite nichée entre deux longues chaînes de montagnes, interminable et ennuyeuse ; on passe un col pour entrer dans une première vallée désertique, mais peu de choses à voir, hormis des amas de pierre rouge à perte de vue ; le vent soulève des monticules de végétation séchée par le soleil qui roulent sur la longue bande d’asphalte s’étirant dans le désert à l’infinie. En ce début d’après-midi, la chaleur est écrasante, le ciel bleu malgré quelques fins nuages qui traînent à l’horizon. Le relief étant loin d’être plat, les freins et le moteur chauffent, alors on fait des pauses, bénéfiques pour tout le monde. On redescend sur une pente dont le pourcentage serait digne d’une piste noire -heureusement que la neige ne tombe pas souvent par ici- pour remonter un nouveau col un peu plus loin. Enfin nous y sommes, après une dernière descente vertigineuse, nous entrons au cœur de cette vallée mythique et la beauté de ces lieux désertiques nous transporte tout de suite dans une atmosphère intimidante. De la mort, en vallée, nous n’avons pas été déçus, et même un petit peu surpris.

 

LE DÉSERT DES SUPERLATIFS

Le désert de la Death Valley est le point le plus chaud et le plus aride de tout les États-Unis. Il peut y faire tellement chaud qu’on pourrait même se faire cuire un œuf directement sur le bitume ! Mais c’est aussi le point le plus bas du pays sous le niveau de la mer, et même le plus grand parc national des États-Unis avec ses 13.000 km². Effectivement il y fait chaud, très chaud même : entre les flancs resserrés de la vallée, le soleil est dément : un désert impitoyable où la température au mois d’avril s’élève tout de même à 35°C à l’ombre -mais comme il n’y a pas d’ombres…- imaginez en plein été ! Effectivement c’est grand, gigantesque même : un désert aux distances interminables où la longue route toute droite qui traverse le parc semble ne jamais s’arrêter. Effectivement c’est aride, il semblerait même qu’en 24 ans, aucune goutte de pluie ne soit tombée ! Mais le paysage, à la fois grandiose et lunaire, offre le spectacle d’une incroyable diversité pour cette région poussiéreuse et brûlée par le soleil. Mer de sel, cimetières de rochers métamorphiques géants aux multiples couleurs, dunes de sables, canyons saillants polis par l’eau il y a des millions d’années, cratères et autres enchantements géologiques, se sont posés au pied de la Sierra Nevada qui se détache à l’horizon. Un décor parfait pour les grosses productions hollywoodiennes, de Star Wars à Spartacus, en passant par Zabriskie Point…, la minéralité des lieux inspire et les curiosités naturelles nombreuses à découvrir !

Profitant des fraîcheurs matinales ou nocturnes, nous explorons alors les canyons, l’air est sec mais la chaleur est finalement supportable. Les points de vues permettent de prendre de la hauteur et la brise qui décoiffe alors les cheveux est salvatrice. On s’imprègne de l’immensité des lieux pour faire des photos et on découvre les sublimes couleurs des couchers de soleils enchanteurs. Après quelques jours caniculaires, la pluie sera même de la partie, un comble pour un désert ! Mais pour quelques minutes seulement, histoire d’entretenir cette petite végétation de printemps qui envahit le bord des routes. Finalement, il y a peut-être une vie dans la Vallée de la Mort… ?

 

DUNES DE SABLE ET MERS DE SEL, PROFONDS CANYONS ET HAUTES MONTAGNES

En fin d’après-midi, on croirait rêver : au loin apparaît une longue bande de dunes de sable blanc, un morceau de Sahara dans l’Ouest Américain. Œuvre des vents qui se rencontrent à ce point précis, apportant grain par grain, les fragments de roche des montagnes voisines, ce mirage est pourtant bien réel. Le sable est encore chaud, et pieds nus, nous foulerons ces grains si fins et irons courir au loin, jusqu’au crépuscule. Le silence est total et les derniers rayons du soleil couvrent d’or les montagnes pour une ambiance hors du temps. Le lendemain, nous marcherons sur un ancien lac salé, un peu comme sur le Salar d’Uyuni en Bolivie [Excursion au paradis], mais en beaucoup moins bien tout de même. Badwater, point le plus bas des États-Unis, 86 mètres sous le niveau de la mer, est le désert de sel de la Californie. Ici bas, on se retrouve au cœur d’une immensité immaculée à perte de vue à la lumière est incroyable. Moins géométriquement parfait qu’à Uyuni, les plaques de cristaux de sel à la surface sont irrégulières, laissant parfois même l’impression d’un sol chaotique venant d’être labouré.

Mais ce qui nous marque lorsque l’on traverse la Death Valley, ce sont les incroyables roches bariolées. Au fond des canyon ou sur le flanc des montagnes, chacune d’elle semble surnaturelle. Dans le Golden Canyon, nous avons marché à l’intérieur d’une champignonnière caillouteuse aux formations géologiques teintées d’ocre pour atteindre la montagne rouge en toile de fond se dressant tel un orgue dans une église. Plus loin, la jolie route sinueuse d’Artist Palette Drive mène à de jolis points de vue sur les montagnes et canyons environnants où les couleurs des roches volcaniques offrent une belle palette de peintres. Les teintes vives et multiples que révèlent les gisements ferreux nous rappellent maintenant les jolies montagnes du Nord de l’Argentine [À fond la forme], mais seulement une pâle copie, une fois encore – l’exigence s’affirme au cours du voyage. L’assemblage de ces strates colorées peint des dessins magnifiques, ici, le fer produit les tons rouges, roses et jaunes, la décomposition du mica donne les verts, et là, le manganèse, colore les montagnes de pourpre et de violet. Un régal pour les yeux avec la belle lumière mordorée du soir !

En haut de Zabriskie Point, on découvre un paysage lunaire à 360°. Des montagnes sèches qui s’agglomèrent sur plusieurs plans, des formes presque organiques, un paysage de crevasses où se lit l’ancienne érosion : une série de collines plissées sans fin, aux couleurs et aux formes enchantées ! Si on nous avait promis une magie des couleurs, au lever comme au coucher du soleil, c’était sans compter sur les nuages qui ont un peu terni ce conte enchanté. Un peu plus haut, à Dante’s View, on admire le panorama le plus spectaculaire sur toute la vallée. A près de 1.500 mètres d’altitude, l’air est un peu plus frais, le vent souffle bien fort, mais la vue est superbe, embrassant le désert de sel, celui de sable, les roches de couleurs et même la Sierra enneigée. Ils sont fous ces paysages de la Death Valley !

Nous avons traversé la Vallée de la Mort, et nous ne l’avons pas trouvé si mortelle que cela finalement. Plutôt vivante même, unique, diverse, spectaculaire ! Maintenant nous devons avancer, retourner auprès de la civilisation ; alors en fin de matinée on repart, on remet la clim, et on quitte le silence pour le chaos urbain. En route pour notre prochaine destination : nous roulons jusqu’à Las Vegas ! Merci Californie, mais maintenant Nevada, nous voilà.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *