La folie des grandeurs

Le Nevada est un État particulier, un État secret, un désert aride, peu de population, des sites d’atterrissage d’ovnis, etc… Mais le Nevada, c’est surtout l’État de Las Vegas. C’est ainsi, qu’après plusieurs heures de route au milieu d’une plaine désertique, surgissent subitement des immeubles complètement fous aux néons crépitant. Après la quiétude de la Death Valley [La traversée du désert], nous voici propulsés dans la jungle urbaine où klaxons, sirènes, et hélicoptères génèrent un bruit de fond incessant. Las Vegas, c’est la ville de tous les excès et tout y est permis, de hautes architectures rocambolesques, des hôtels parmi les plus luxueux du monde, des centres commerciaux à faire pâlir les fashionnistas, mais surtout des casinos gigantesques, des millions de dollars qui passent de mains en mains, des mariages express, des spectacles éblouissants, et des dizaines de millions de visiteurs qui se pressent chaque année dans cette ville sans aucune démesure. Du show, du divertissement très bien fait, du business, bref de quoi dépenser tes dollars à chaque instant. Et la ville n’attire pas seulement les accros aux jeux : les touristes curieux déambulent ici à travers le flot d’Américains venus des 4 coins du pays pour passer quelques jours au sein de ce parc d’attraction à ciel ouvert. Tout le monde a envie de voir Las Vegas ! Un monde presque parfait quoi…

Si parfait qu’ici, on oublie même pendant quelques instants que Las Vegas est aussi un gouffre de perdition, de prostitution et de mendicité baignant au milieu de l’arrogante débauche d’argent  ; une ville au coeur du désert, qui engloutie à elle seule des milliards de m3 d’eau pour répondre aux besoins des casinos. Presque une indécence face à la sécheresse qui touche la région depuis une dizaine d’année. Alors en arrivant dans cette ville de folie, nous nous demandions ce que nous allions y faire. Nous ne sommes pas de grands joueurs, ni de grands fêtards dégénérés, n’apprécions pas forcément cette débauche luxueuse, et sommes sceptiques sur l’empreinte écologique. Mais c’est sans compter sur la magie des lieux ! Alors on oublie les préjugés et on profite de l’instant présent car vraiment, Las Vegas est une ville à voir au moins une fois dans sa vie.

 

LE TOUR DU MONDE EN 24 HEURES

À Vegas, tu te surprends à faire le tour du monde en ligne droite, à apercevoir la Tour Eiffel à un carrefour, le Colisée sur le trottoir d’en face, le Sphinx à côté du métro et les gondoles de Venise un peu plus loin. Las Vegas, c’est passer d’un univers à un autre en quelques instants, c’est un condensé des States poussé à l’extrême. Au pied des montagnes enneigées de la Sierra Nevada, le Strip dévoile ainsi sa démesure, et aligne les hôtels-casinos à thème, tous plus extravagants les uns que les autres. On se balade alors à Paris, où tous les monuments prestigieux de notre capitale sont représentés : la place de l’Etoile, l’Arc de Triomphe, l’Opéra Garnier, le Louvre et bien entendu la dame de fer, deux fois moins haute que l’originale. À l’intérieur de l’hôtel [oui on est comme ça, nous à Vegas, on visite des hôtels], on retrouve des répliques plus vraies que nature des différents quartiers parisiens et les barmaids en tenue légère s’adonnent au French cancan entre les allées du casino. On traverse un passerelle pour se rendre à Venise. Ici, la place Saint-Marc et son campanile, le palais des Doges et le pont des soupirs constituent le décor avec un impressionnant soucis du détail. De vrais gondoles permettent même une visite au doux son de l’O sole mio [avec l’accent américain quand même], kitsch mais tellement drôle ! Plus loin, New-York nous transporte parmi les plus belles tours de Manhattan. La Statue de la Liberté et le pont de Brooklyn commencent à s’éclairer et des cris stridents font lever les yeux : un wagon déboule à plus de 200km/h entre les répliques des façades de la grosse pomme au sein d’un grand huit géant. Ça décoiffe ! À quelques blocs de rues, les symboles égyptiens sont aussi bien représentés : un énorme sphinx attend les joueurs tandis qu’une pyramide en verre noire se dresse sur 100 mètres de haut, reprenant les plans grandeur nature de la célèbre pyramide de Gizeh. Le Caesars Palace est immense, impérial, comme dans la Rome antique, et la salle de spectacle qui accueille Céliiiiiiiine -comprenez Céline Dion, est inspirée des plans du Colisée lui même ! Colonnades, piscines géantes, zoos, et statues monumentales donnent un air faussement antique à cet immense casino végassien. Mais c’est au Bellagio voisin, palace de luxe qui surplombe une reconstitution du lac de Côme, que se joue, un spectacle nocturne qui attire toutes les foules dehors. L’ambitieuse chorégraphie où des centaines de jets d’eau s’agitent en musique et en lumière dans une féerie ne laisse pas indifférent, comme un instant de fraîcheur parmi les autres attractions.

 

ARGENT TROP CHER

Ce soir, nous sommes au cœur du délire lumineux, toutes les enseignes déversent leur watts et la ville s’anime au rythme des néons clignotants. Le luxe côtoie le cheap sans état d’âme. Les limousines circulent au milieu des Sdf, les familles se baladent au milieu des mecs bourrés sans se choquer. Les hommes perdent l’argent du loyer tandis que leurs femmes dépensent ce qu’elles n’ont déjà plus dans le magasin d’à côté. Lumières à gogo, robes de soirée, marques de luxe, filles dénudées, alcool qui coule à flot, attractions époustouflantes, buffets à volonté, et machines à sous alignées par milliers, nous plongeons dans un univers parallèle. Ne pas dégainer ta CB relève alors d’un défi permanent ! La capitale du jeu est enivrante, alors allons-nous nous laisser tenter ? Si par son gigantisme et par sa science du spectacle, le Strip est hallucinant, son atmosphère n’a pourtant pas vraiment grand chose à voir avec le mythe véhiculé par le cinéma hollywoodien. Ici, pas de flambeurs en costard sirotant un cocktail autour d’une table de poker version Ocean’s Eleven, mais des retraités, des shorts à fleurs, des bodybuildés, des touristes alignés sur les machines à sous. Il n’y a pas que des riches qui viennent jouer, c’est monsieur et madame tout le monde, qui ont un seul point commun : ils repartiront à peu près tous plus pauvres qu’ils ne sont arrivés. Alors nous, on ne s’y est pas trop frotté [10 $ quoi], on a préféré regarder, amusés. Car les machines à sous, elles ont bien changées… plus de sous mais une carte à insérer, plus de «glinglingling» qui faisait rager ton voisin de jeu mais un ticket qui t’annonce ton gain [0,50 cts, youpi !], plus de buckets pleins de pièces à soupeser pour estimer le temps qu’il te reste à jouer -ou avant de perdre, tout dépend comment tu te positionnes. Ah, les temps changent ma bonne dame !

Entre luxe, kitsch et mauvais goût, Las Vegas est la capitale de la démesure. E l’on se demande quand est-ce qu’ils vont s’arrêter ! À priori ce n’est pas pour tout de suite car il reste encore beaucoup de place, d’imagination ainsi que des milliards de dollars à dépenser. Après tout, à Las Vegas, il en faut pour tous les goûts !