La démesure du vide et la grandeur des paysages

Les États-Unis déroutent, les États-Unis étonnent, les États-Unis questionnent. Comment un seul pays, aussi grand soit-il, peut-il offrir tant de choses à voir, tant de paysages différents ? Quelque part, en plein cœur de l’Utah, existe un parc national, dont on ne connaissait ni le nom, ni même les paysages. Situé là où deux immenses fleuves se rencontrent [le Colorado et la Green River], le Canyonlands National Park offre pourtant, sur une étendue considérable, un condensé des plus grandioses paysages de l’Ouest. Depuis des immensités rouge feu comme à Monument Valley [En territoire Navajo], aux canyons profonds dignes du Grand Canyon [À l’assaut d’une faille sans fin], on retrouve aussi des ponts de pierre naturels semblables au parc Arches ou des cheminées de fée comme à Bryce Canyon [Des demoiselles coiffées de cheminées de fée]. Ici, on se rend compte de l’incroyable singularité géologique de l’Utah. Des paysages fascinants, désertiques, inhabités, mais extrêmement dispersés.

S’il présente de grandes similitudes avec le Grand Canyon, puisqu’il a été façonné par l’érosion provoquée par le Colorado, le Canyonlands National Park est quant à lui, beaucoup moins fréquenté. Là encore, un spectacle grandiose fait face à nos yeux ébahis, là encore on se sent tout petits, là encore l’impression de vertige nous envahit. Mais ici, tout est plus grand, plus démesuré, plus contrasté. Car ce gigantesque théâtre à ciel ouvert est en fait divisé en trois parties : Island in The Sky, The Needles et The Maze [uniquement accessible en 4×4 et avec beaucoup de temps, ce qui ne sera malheureusement pas notre cas]. Ces trois zones étant séparées par de nombreuses dizaines de kilomètres, forcement on se retrouve vite seuls face à une immensité sauvage. La route qui traverse la première zone conduit à de nombreux arrêts pour contempler, en toute tranquillité, un paysage où les déserts rocheux s’étendent à perte de vue, où les méandres aqueux dessinent de profonds sillons, où arches, buttes et flèches émergent du fond. Chaque arrêt, chaque randonnée, présente une nouvelle facette de la grandeur de ce canyon aux couleurs intenses. De loin, on aperçoit parfois quelques routes qui s’échappent vers l’infini dans des endroits que même les cartes ne renseignent pas. Alors depuis notre « île dans le ciel », on s’imagine pousser des ailes en observant le canyon vu d’en haut. Le regard se perd vers la plaine creusée de canyons, sans se soucier d’un quelconque horizon. C’est silencieux, immense, superbe. Assis au bord de la falaise, il ne faut toutefois pas regarder en bas car le vide est terrifiant ! Certaines roches semblent friables, alors pour plus de prudence, on recule de trois dix pas.

À quelques kilomètres de là, le promontoire de Dead Horse Point mérite aussi son histoire. La légende voudrait qu’au XIXème siècle, des cowboys auraient oublié leurs chevaux en haut du promontoire. Sans aucun échappatoire, ils seraient ainsi tous morts de soif [d’où le nom du lieu]. À 1.730 mètres d’altitude [dont 600 au dessus du vide], on embrasse une vue plongeante et vertigineuse sur l’une des boucles du Colorado et sa magnifique vallée pleine de canyons. La vue est incroyable, offrant un panorama exceptionnel qui s’étend à perte de vue. Le paysage rouge feu de la terre contraste avec le bleu électrique des salines, tandis que l‘eau marron du Colorado irrigue la dense végétation bien verte. Grandiose !

Autre parc, même ambiance : à Muley Point Overlook, le point de vue est tout aussi incroyable. Le lit d’une rivière asséchée dessine des sillons entre les rochers rouges plusieurs mètres en contrebas. Là encore les falaises sont vertigineuses, là aussi les panoramas sont à couper le souffle, là aussi on contemple une vue d’avion immense et sauvage, là encore règne silence et chaleur. Mais à l’horizon, les sculptures de Monument Valley (lien) confirment que partout aux États-Unis, les grands espaces sont maîtres, que les fleuves et le temps ont fait leur travail pour dessiner des paysages grandioses. Alors après cette nouvelle claque visuelle, nous décidons d’installer notre bivouac pour la nuit ici, seuls, face à l’immensité de notre belle planète.

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