Entre deux mers

L’une des plus longues péninsules du monde, la Basse Californie déroule sa silhouette effilée, sur plus de 1.200 kilomètres, à travers un paysage irréel, grandiose et indompté. Du sud au nord de la « Baja », un long ruban asphalté flirte tour à tour avec la mer de Cortés et l’océan Pacifique, traverse des déserts et des vallées, et offre des vues splendides à chaque tournant. Connue comme l’un des véritables joyaux que compte le Mexique, ici, tout est magnifique : les déserts immaculés, les sierras majestueuses, les plages scintillantes, les sanctuaires marins, ou encore les habitants accueillants. Et si la Baja s’explore en deux temps : une Basse Californie Sud où ne poussent pas d’autres plantes que des cactus cardón, ocotillo ou cholla au milieu d’un désert aride et de baies abritées, et une Basse Californie Nord, qui révèle des reliefs verdoyants aux vastes cultures et des plages sauvages, cette péninsule enchante toujours. La Baja, c’est ainsi des allures de vraies vacances, on roule un peu, on se pose beaucoup sur des plages. tantôt côté Pacifique, tantôt côté Cortés. Et là on profite, on regarde les baleines, les dauphins et les raies volantes faire leur show.

 

DU SUD AU NORD, D’UNE CÔTE À L’AUTRE

Tout juste débarqués du ferry après une longue traversée depuis le continent mexicain [16 heures], l’appel des plages et des eaux turquoises est grand. Les cotes de la Basse Californie seront alors des points de chute idéaux pour les trois semaines de farniente qui s’imposent avant le marathon des USA. Ici nous ressentons la possibilité de prendre notre temps, et partout, nous nous régalons de poser nos roues dans le sable – peut être un peu trop profond parfois… contents d’avoir un 4X4– pour profiter de la nature exceptionnelle qui s’offre à nos yeux. Coté golfe de Californie, l’eau est limpide, transparente, et les plages sont abritées des vents. De la grande plage d’El Tecolote, face aux magnifiques îles aux falaises roses, aux petites baies limpides de Cabo Pulmo, en passant par la reculée mais tranquille Punta San Basilio où jettent l’ancre quelques bateaux de plaisance, par la belle baie bleue des anges [Bahia Los Angeles], parsemée d’îlots, où viennent plonger des collines désertiques, ou encore de petits coins de paradis le long de la Bahia Concepciõn, nous profitons pleinement de ces endroits, à la fois sublimes et reposants. Accrocher le hamac, siroter une boisson fraîche, prendre des bains frais et salés, se balader les orteils dans le sable blanc, récolter coquillages et crustacés, ou observer les pélicans plonger, occuperons nos douces journées. Et le soir venu, un feu de camp viendra griller notre dîner sous un beau ciel étoilé. Quelques petites étapes citadines raviront autant notre avidité culturelle que nos papilles. Si Santa Rosalia est une ville minière assez particulière avec ses maisons en bardeaux de couleurs vives mais quelques peu décrépies, elle propose toutefois des tacos de poissons à tomber : à la crevette, au poulpe ou au merlu, on choisi sa garniture et on se régale de bon cœur. La nature a été généreuse avec Loreto, encerclée à la fois par le désert, les montagnes et la mer de Cortés. Cette petite ville a su garder son charme avec l’ancienne mission qui domine sa place centrale, et son allée couverte de lauriers protégeant du soleil les petites échoppes de souvenirs.

Sur la côte Pacifique, le temps se fait plus maussade, le vent se lève, les vagues se forment, et le ciel grise. Si Guerrero Negro, triste et pluvieuse, vivant de l’exploitation du sel, nous aura déprimé, la Bahia San Quitin, bien que très venteuse, est magnifique et sauvage. Des sentiers côtiers emplis de fleurs des champs multicolores mènent à la cime des falaises, au pied desquelles viennent s’échouer avec fracas les vagues venues du large. Des airs de Bretagne… Un phare abandonné nous tiendra compagnie pour la nuit, et alors que nous dégustons de bonnes langoustes grillées, nous assistons, au loin, aux sauts des baleines à bosse qui se lancent dans une valse synchronisée.

 

DES OASIS PERDUES

Mais entre les plages du Pacifique à l’Ouest, et les baies de la mer de Cortés à l’Est, la péninsule dévoile un tout autre visage, plus aride, plus sauvage. Tantôt un grand désert, tantôt une immense forêt de cactus, mais toujours de magnifiques paysages à admirer. Ces routes secondaires qui traversent la péninsule dans sa largeur, mènent à de petits villages isolés où d’anciennes missions tiennent lieu de place principale. Les pistes parfois cahoteuses, grimpent doucement en serpentant sur les versants des montagnes, pour conduire à de véritables oasis rafraîchissantes au milieu du désert. Les Jésuites y ont dompté l’eau, il y a plus de 300 ans déjà, pour planter orangers, palmiers dattiers, oliviers, irriguer les champs de maïs ou les vignes, et construire des lieux d’évangile. Ces superbes édifices, aujourd’hui perdus au milieu de nulle part, sont superbement conservés. Les placettes ombragées de lauriers, les murs en lave entourés de bougainvilliers, et les agrumes qui embaument le quartier : chacun de ces villages donne l’agréable impression de remonter le temps.

 

LE PLUS GRAND AQUARIUM DU MONDE

L’un des plus grand marin du siècle passé, le feu Commandant Cousteau, aurait baptisé la mer de Cortés « l’Aquarium du Monde ». C’est en passant nos journées près de ces côtes que nous pourrons rapidement le constater. Ainsi, le snorkelling sera notre passe temps favori, bien que l’eau soit encore un peu fraîche. Nul besoin d’aller très loin pour observer des quantités de poissons de toutes les couleurs : des rayés, des tachetés, des scintillants, des petits et des – très – gros, des centaines tourbillonnent autour de nous dans l’eau. Se nourrissant dans les massifs corallien présents à l’extrémité Sud de la péninsule, nous apprécierons en même temps que les poissons, de somptueux éponges et coraux, et même quelques étoiles de mer. Une quantité et une diversité vraiment incroyable ! Les jours suivants, dans la baie de La Paz, nous partirons pour des sorties en mer mémorables vers les îles Espiritu Santo et Partida, aux criques bleues azur peu profondes et aux falaises rosées. Au programme : plongées avec des requins-baleines tachetés et des lions de mer puants. Rassurez-vous, chacune de ces espèces est totalement inoffensive. Si les premiers sont très impressionnants avec leur dix mètres de la queue à la tête, ils se nourrissent uniquement de plancton. Les observer pendant plus d’une demi-heure se mouvoir avec élégance dans l’eau, se retrouver nez à nez à presque pouvoir les toucher – mais tu n’ose pas trop quand même – et palmer comme un taré pour tenter de les suivre, fut une expérience inoubliable ! Les lions de mer, quant à eux, sont plus espiègles. Vifs sous l’eau, ils tournoient autour de toi pour jouer, mordillent ta palme pour en évaluer son goût, et remontent à la surface en un clin d’œil. Sur leur petit bout de rocher, ils sont plus patauds, s’adonnant à un concours de chants rauques. Ça pue, ça crie, mais c’est marrant !

Mais il n’est même pas utile d’enfiler masque et tuba et de mettre la tête sous l’eau pour se rendre compte que le spectacle se joue aussi bien au fond des eaux turquoises qu’au dessus. En effet, c’est dans ce décor paradisiaque, considéré comme l’un des joyaux de la région, que nous tomberons, face à un banc composé d’un millier de dauphins. Les eaux scintillent à leur passage, les ailerons dessinent leur trajectoire à la surface, et soudain, l’un d’eux montre sa tête, puis deux, puis trois, puis tout autour de nous, des centaines de dauphins entrent ensemble dans une démonstration acrobatique de plongeons. La nature est belle parfois ! Quand aux pélicans, ces oiseaux acrobates volant souvent en duo, rasent l’eau de près sur plusieurs centaines de mètres avant de prendre de la hauteur, pour mieux retomber en piqué déséquilibré, bec en avant, en tentant d’attraper leur proie. Et dans ce grand cirque marin, c’est ensuite aux raies mobula de faire leur numéro. Majestueuses, elles sortent de l’eau d’un bond venu des profondeurs, et planent sur l’azur, le temps d’un battement d’aile, avant de s’écraser à la surface de toute leur largeur. De retour sur le rivage, nous observerons au large, l’apprentissage de la grâce, version baleine à bosse : une maman et son petit s’entraînent en effet à sauter le plus haut possible.

Sur l’océan Pacifique, c’est au tour de la baleine grise de faire son entrée. À Puerto Lopez Mateo, nous partagerons une petite embarcation pour aller observer de plus près ces imposants cétacés venus des eaux froides du Nord pour mettre au monde des – petits – bébés de 700 kg au cœur des lagunes chaudes et abritées. L’étroit chenal que nous empruntons est en réalité un boulevard à baleines : tout autour, des jets d’eau jaillissent sur près de 2 mètres de haut, puis, apparaît la délicate ondulation de la baleine, d’abord le dos, puis la queue. À bord de notre bateau, nous ne savons plus où tourner la tête tellement elles sont nombreuses. Ça souffle, ça saute, ça brasse l’eau dans tous les sens. Soudain un petit s’approche, tourne autour de nous, et se frotte à la barque, sortant de temps à autre sa grosse tête visqueuse sous le regard attentif de sa mère. Cette dernière semble docile et conciliante aux caresses, restant quelques temps immobile à la surface afin que l’on puisse l’approcher… Mais c’est sans compter sur la facétie balenienne qui s’enfonce au dernier moment vers les profondeurs marines, aspergeant, par la même occasion, d’un grand jet d’eau les personnes essayant de la toucher – Laëtitia quoi. Le soir, depuis le campement, nous nous endormirons avec l’image de cette faune marine incroyable observée ces derniers jours, bercés par le doux son apaisant du souffle des baleines.

La Basse Californie est si belle à force d’austérité ; la Basse Californie est si sauvage, à l’image de ces immenses cactus qui dressent leurs moignons épineux vers un ciel toujours bleu ; la Basse Californie est si douce, quand le désert se marie avec le sable blanc qui borde les eaux transparentes de la mer de Cortés, ou quand le soleil plonge dans l’océan Pacifique ; la Basse Californie est si généreuse à l’image de la faune exceptionnelle qui se concentre dans le plus grand aquarium du monde ; la Basse Californie est si magique lorsque son ciel nocturne se constelle d’étoiles. Part entière de ce grand Mexique, nous aurons de ce pays tout aimé : de ses paysages montagneux à ses longues plages étirées, de ses villes colorées à ses anciennes ruines, de sa gastronomie à sa population, le Mexique est magnifique !

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