Entre deux hémisphères

Deuxième plus petit pays d’Amérique du Sud, l’Équateur n’en a pas moins tout d’un grand. A cheval sur deux hémisphères, le pays possède une diversité culturelle et naturelle immense. Les villes équatoriennes sont envoûtantes, les grandes Quito et Cuenca, respectivement villes de l’hémisphère Nord et de l’hémisphère Sud, sont de magnifiques cités coloniales aux rues pavées ponctuées d’étals ambulants. Les petits villages hauts perchés de Guamote, au Sud, et Otovalo, au Nord, hébergent des peuples autochtones à la culture préservée, qui participent à l’âme équatorienne dans ce qu’elle a de plus complexe. Chaque semaine, s’y tient de grands marchés colorés où les habitants, vêtus de leurs habits traditionnels, spécifiques à chaque communauté, se pressent par milliers. L’Équateur, un pays de contrastes et de traditions, à la rencontre de deux hémisphères.

 
RENDEZ-VOUS AU MILIEU DU MONDE

Lieu symbolique et d’importance historique, la Mitad del Mundo (aca le « milieu du monde » pour les non bilingues) est l’endroit officiel où passe la ligne de l’Équateur, divisant la Terre en deux hémisphères. Ici, le GPS affiche latitude et longitude 0°00’00 ». Après être partis, il y a quelques mois, de l’extrême Sud du continent américain, là où la Panaméricaine commence, nous sommes maintenant à mi-chemin entre les deux pôles. Encore la moitié à parcourir pour accomplir notre rêve et relier l’extrême Nord ! A cheval sur la ligne imaginaire, d’un côté c’est l’été et de l’autre l’hiver. De cette visite, quelques expériences sympathiques résultent, comme celle de faire tenir un œuf sur un clou -demande quand même beaucoup de patience-, d’observer le sens du tourbillon d’un lavabo, ou d’avancer « droit » les yeux fermés sur la ligne équatorienne -impossible-. La compensation des forces créée ici des choses étonnantes !

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DES PAVES ET DES MUSÉES

Perchées dans les Andes, les villes de Cuenca et Quito jouissent toutes les deux d’un cadre exceptionnel. Dynamiques, effervescentes, coloniales et culturelles, au cours des déambulations, c’est une succession de ruelles pavées, de marchés animés, de vénérables églises, ou de beaux points de vues qui s’offre à nous.

A Cuenca, nous apprécierons le charme des maisons de maître aux balcons ouvragés, les parcs ombragés le long de la promenade au bord de l’eau, les majestueuses et innombrables églises réparties dans plusieurs quartiers, et les marchés colorés où nous goûterons à la spécialité locale : le cochon entier grillé -gras mais délicieux-. Nous profiterons des arômes parfumés du marché aux fleurs en nous perdant dans les rues, et nous contemplerons les fenêtres sur la nature environnante au milieu d’une animation jamais oppressante. Nous découvrirons l’artisanat de la région : la fabrication de chapeaux ; nous sommes en effet au pays du Panama. Ces beaux chapeaux de paille naturelle sont, depuis des siècles, confectionnés en Équateur, mais lors de la construction du canal de Panamá, les ouvriers utilisèrent ces sombreros pour se protéger du soleil. Ils ont ainsi été baptisés à tort Panamas depuis cette époque. Un processus long et minutieux de confection en fait un art reconnu au Patrimoine Mondial Culturel Immatériel de l’Humanité par l’Unesco : séparer les fibres d’une feuille de palme, blanchir ces fibres, tresser le chapeau à la main -de la finesse du tressage dépendra la qualité du chapeau-, et mouler la forme souhaitée. Large bord, couleur ivoire et bandeau noir, le Panama est aujourd’hui devenu universel.

Plus au Nord, à Quito dont le cœur historique est classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco, nous déambulerons au gré des églises, palais, places, parcs et musées qui ponctuent la ville. Quito présente deux facette, d’un côté cette jolie vieille ville aux bâtiments bien conservés depuis la reconstruction espagnole, de l’autre la ville nouvelle aux tours modernes plus démesurées les unes que les autres. L’animation quotidienne de la ville n’a rien à envier aux grandes métropoles Sud-Américaines ; chaque rue grouille de marchands ambulants, d’artistes de rues, de skateurs ou de peintres. Les façades des maisons s’harmonisent entre elles, entre teintes pastels et balcons ouvragés. Riche de monuments religieux et de belles bâtisses coloniales, Quito nous dévoile une place principale majestueuse, encadrée par des bâtiments à arcades d’un blanc immaculé où s’activent à l’abri plusieurs dizaines de cireurs de chaussures. Le palais du gouvernement, la Casa de Sucre, ou encore la Casa Alabado, sont autant d’exemples de cette architecture coloniale où se multiplient arches et patios. La plupart des ces bâtisses sont reconverties en musées, dont l’intéressant musée d’Art Précolombien présentant sculptures et poteries des civilisations équatoriennes depuis plusieurs décennies. A quelques rues, et au prix d’un bel effort -monter les rues à plus de 3.000 mètres d’altitude laisse toujours le souffle court, la jolie Basilique del Voto National, de style gothique (avec gargouilles inspirées des animaux d’Équateur), nous entraîne dans ses tours qui culminent à 117 mètres de hauteur. D’ici, la vue sur la ville est vertigineuse, mais imprenable : Quito moderne au Nord, Quito colonial au Sud, et l’urbanisation qui s’étale sur les flancs des volcans. Mais un des coups de cœur de notre visite de la capitale restera dans la découverte de l’artiste national Oswaldo Guayasamín, où toute son œuvre est présentée au sein de son ancienne demeure. La maison, devenue musée, est magnifique et possède un incroyable point de vue sur la ville. De l’atelier de peinture à la chambre à coucher, en passant par la salle à manger ou le salon -ou j’aurai l’immense privilège de jouer sur le piano du Maestro– toutes les pièces dégagent une âme créative qui laissent rêveur.

 

DES MARCHÉS TRADITIONNELS

Les marchés d’Équateur sont sans aucune mesure avec ceux rencontrés jusqu’alors, généralement animés par de petits agriculteurs et artisans indiens. Situés dans des petits villages à flanc de montagnes tout au long de l’« Avenue des Volcans », ils offrent des spectacles parmi les plus colorés d’Amérique du Sud. Chaque semaine, ces hameaux paisibles se couvrent de couleurs, de nourriture et d’étoffes, s’animent et trépident d’une atmosphère de sympathique bousculade. Ici, s’étend le marché aux fruits et aux légumes, plus loin celui de la quincaillerie, là celui des textiles où des couturiers s’alignent derrière leurs machines pour proposer leurs services, et peu après le marché artisanal vient celui des fleurs. Mais le plus impressionnant reste cependant le marché aux bestiaux où la foule se presse de bon matin pour négocier fermement cochons noirs, vaches à lait, poulets par dizaine, ou cochons d’inde à même les sacs de nylon, que l’on charge ensuite -non sans difficulté- sur le toit des bus ou à l’arrière des pick-up. Déambuler parmi les stands divers et variés au cœur de ces rues encombrées offre un spectacle de toute beauté. Entre les scènes de vie cocasses -où nous rions d’un cochon promené en laisse refusant d’avancer, de couturiers endormis sur une machine à coudre ou de vendeurs très persuasifs-, et les beaux costumes traditionnels qui caractérisent ces communauté, chaque minute apporte son lot d’originalité. Ici, hommes et femmes sont d’une élégance peu commune. Tandis que les unes portent de longues jupes noires et chemisiers blancs, sertis de larges colliers de perles à plusieurs rangs, les autres adoptent des pantacourts noirs et chemises claires. Le poncho vient compléter, chez les hommes comme chez les femmes, cet ensemble. Et la tresse est portée par chacun, enroulée dans de beaux rubans colorés, qu’ils recouvrent d’un châle ou d’un élégant chapeau de feutre : une plongée quelques années en arrière, au cœur de véritables traditions ancestrales.

Authentique, coloré, chaud et chaleureux, l’Équateur semble vivre à son rythme et dans le respect des traditions. Les costumes se portent encore massivement et avec classe, les marchés sont achalandés par les paysans locaux descendant hebdomadairement de leurs terres, parfois perchées à plus de 4.000 mètres d’altitude, le savoir-faire artisanal (chapeaux, tissages muraux, instruments de musique, ponchos ou hamacs) sont transmis à chaque génération. Les grandes villes présentent cette communion si singulière entre traditions des centres historiques et modernité des nouveaux quartiers ; l’effervescence y est communicative. Mais l’Équateur est également un territoire où la nature est reine : entre volcans où les cimes enneigées se dissimulent souvent sous d’épaisses couches nébuleuses, forêts humides plantées à flanc de montagnes, jungles épaisses et intrigantes de l’Amazonie, plages de sable blanc ombragées par les palmiers et cocotiers, lagunes d’altitudes aux couleurs toujours plus intenses, ou nuages blancs, gris ou noirs qui habillent les photos, les espaces sauvages constituent un voyage en soi. Un monde diversifié, calme et paisible, où ces deux hémisphères offrent beaucoup de liberté.

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