En territoire Navajo

La terre des Navajos est un vaste désert aride, planté de hauts pitons rocheux aux couleurs chaudes et vives, qui s’étend sur trois états des Amériques : l’Arizona, le Nouveau-Mexique et l’Utah. Parmi les 20.000 km² de réserve indienne, la fameuse Monument Valley compose ce décor, rendue célèbre par les westerns hollywoodiens de John Ford. Brûlés l’été par un soleil impitoyable, et gelés l’hiver par la neige glaciale, ces territoires hostiles sont néanmoins toujours habités aujourd’hui par plus de 130.000 indiens. Monument Valley, est un lieu vraiment mythique et un endroit qui draine beaucoup d’imaginaire : des tours de grès rouge derrière lesquelles se cachent des indiens guettant l’arrivée de cowboys, des chevauchées fantastiques à travers des déserts sans fin, chacun de nous à son image en tête du symbole de l’Ouest sauvage Américain.

En cette fin d’après-midi, l’entrée sur ces territoires indiens a été nette : au milieu d’immenses terrains plats, des pics rocheux émergent çà et là au bord de la route. Formés par l’érosion de ces derniers millénaires, ces monolithes géo-morphologiques acquièrent leurs couleurs si caractéristiques par l’oxyde de fer et de manganèse, en quantité importante dans les sédiments. Depuis le centre des visiteurs, l’on se retrouve rapidement face aux trois plus célèbres monolithes de l’histoire du cinéma. Les trois sœurs détachent majestueusement leur silhouette de grès rouge au milieu d’un désert magnifique et nous régalent d’un somptueux coucher de soleil. Malgré le froid engourdissant, la beauté des couleurs qui varient du orange au violet dès que le soleil redescend à l’horizon, et le mouvement des ombres qui ondulent sur ces monuments de pierre laissent pantois. Mais dès les premières lueurs du jour, le spectacle est tout aussi époustouflant. Réveil réglé aux aurores, nous sautons dans nos vêtements les plus chauds pour aller capter les premiers rayons pointant derrière les rochers. Et oui, il n’est pas de tout repos de proposer de jolies photos ! Mais les images qui restent nous rappellent la chance d’avoir pu passer la nuit au cœur de cette vallée de rêve. Et les formes géantes si singulières deviennent mystiques dans cette belle lumière matinale.

En contrebas, se dessine une piste, à emprunter par des véhicules équipés. Notre bon vieux Jean-Michel, fera tout a fait l’affaire et nous emmènera à travers une vingtaine de kilomètres dans le décor des plus grands westerns. Sillonnant entre les différentes formations rocheuses, il est toutefois interdit de s’écarter de la boucle balisée, le reste étant un territoire sacré des indiens Navajos. Ici, on peut deviner un chameau, là-bas un totem indien, et plus loin, prendre place sur le rocher où John Ford aimait tant à placer un cow-boy sur son cheval [tant et si bien qu’il porte aujourd’hui son nom]. Malgré l’épaisse couche de nuages et l’air frais, la lumière était belle, faisant ressortir la couleur des roches. Après plusieurs minutes presque seuls au monde à explorer des points de vues tous plus enchanteurs les uns des autres, nous croisons enfin quelques indiens. Des Navajos, des vrais, des authentiques : des hommes et des femmes comme l’on peut voir dans nos films préférés, à la peau asséchée par le soleil et aux longs cheveux de jais tressés. Ils sont éleveurs ou artisans, et habitent pour la plupart des huttes traditionnelles faites de bois, et recouvertes de terre : les hogans [#17 I USA 17.03]. Des personnages hors du temps.

Il est impossible de visiter cet endroit sans ressentir d’émotions. Face à la nature, tout d’abord, qui accomplit, une fois de plus, des exploits d’une incroyable beauté. Face à l’histoire ensuite, qui rappellent aux mémoires les luttes indiennes pour une reconnaissance encore peu affirmée. Ici, le cinéma n’a pas eu à user beaucoup de sa magie pour rendre ce lieu inoubliable : le décor est naturellement renversant et les habitants attachants. Nous repartons alors la tête pleine de beaux moments et prenons la route vers d’autres territoires indiens qui nous excitent tout autant.