Des terres hautes en couleurs

Le Guatemala est sans doute le pays d’Amérique centrale qui compte le plus de descendants des civilisations précolombiennes : les Mayas. Ces habitants ont su conserver leurs langues et garder vivant leur folklore, leurs traditions indiennes et leurs costumes particulièrement riches en couleur. Au cœur des hautes montagnes de l’altiplano, près de la frontière du Mexique, les vallons se dessinent, les dialectes indiens sont autant parlés que l’espagnol, le froid s’intensifie, et les marchés sont quotidiens dans les petits villages perdus. Les routes sont longues et sinueuses, entre lacets, trous et topes, mais nous plongeons en plein cœur de l’authentique Guatemala. Sur les bas-cotés, les habits traditionnels se multiplient, les femmes vendent quelques denrées ou font la cuisine, tandis que les hommes portent sur leur dos des fardeaux de bois tout juste coupés. Parfois, de grandes bâches accueillent, à même le sol, la récolte des grains de maïs ou de café à faire sécher. Et si couleurs et tons des costumes ne sont pas toujours très vifs, le sourire et la gentillesse des guatémaltèques égayent à eux seuls les visages burinés. Partons en immersion au cœur de cette culture indienne que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

 

ENTRE MARCHÉS ET ÉGLISES

Le marché de Chichicastenango, immense marché artisanal connu dans tout le pays, ne nous aura pas laissé un souvenir impérissable. Serait-ce dû aux nuages gris de cette fin d’après-midi dominicale, à l’insistance des vendeurs de souvenirs, à l’éloge surfaite d’autres voyageurs, à la mauvaise lumière, à son côté trop bien huilé, ou à une simple lassitude ? Toujours est-il que nous n’avons pas trop traînés. Pendant une heure, nous avons arpenté les allées où se vendent en vrac des tissus locaux très colorés, des masques de bois traditionnels, des bougies à la pelle, et autres produits dérivés [les housses pour ipad, tee-shirts à tête de mort, ou peluche en forme d’éléphant (!) ne nous ont pas semblé très authentiques]. Derrière les bâches, au fond du marché, surgit soudain la blanche église de la ville, où s’entassent, sur les marches irrégulières, les villageoises et leurs bouquets de fleurs. Plus loin, le marché couvert aux allées très étroites révélera bien plus la véritable culture locale : marché alimentaire et vrai capharnaüm, ici les locaux s’interpellent d’une voix tonitruante, négocient avec véhémence et rigolent avec une sincérité retrouvée.

C’est à Chajul, minuscule village ceint de hautes montagnes, que l’on retrouve le charme des petits coins du Pérou ou de Bolivie que nous aimions tant. La route qui y mène, bien que difficile, est magnifique, et les vues sur la cordillère vaut bien ces kilomètres de détours. Le marché du mardi confirmera la bonne idée de s’être rendus jusqu’ici : la lumière du petit matin révèle un magnifique spectacle. Les indiennes quichés marchandent la nourriture, élégamment vêtues de leurs habits traditionnels particulièrement élaborés. Les jupes rouge grenat s’enroulent autour de la taille, un huipil indigo, mauve ou jaune, superbement brodé couvre les épaules, une couronne s’entremêle dans les nattes et des boucles d’oreilles coordonnées viennent parfaire la tenue. Les bâches rouges tendues au dessus des têtes créent une ambiance chaleureuse et festive. Seuls gringos sur les lieux, nous serons vite repérés, parfois même dévisagés, mais toujours avec bienveillance. Nous sommes tellement différents mais seule la rencontre compte, aussi bien pour eux que pour nous. Ici, encore plus qu’ailleurs, les tâches sont clairement réparties : femmes et enfants font le marché, aussi bien pour vendre que pour acheter, tandis que les hommes attendent entre eux sur la place de l’église, en profitant pour se faire cirer les pompes par des gamins hauts comme trois pommes… Le temps est à la récolte du maïs que l’on laisse sécher à même le trottoir, et la lessive se fait directement dans la rivière. Nous sommes dans un autre monde, un monde pas si facile, mais un monde si simple, un monde si beau, un monde si attachant.

Autre village, autre marché, autre ambiance. À San Francisco del Alto, le marché fourmille, les allées se croisent et se recroisent, emplies d’une véritable marée humaine colorée. Réputé comme l’un des plus beaux marchés du pays, à la fois par ses couleurs et par son authenticité, il est aussi l’un des plus grands. Tous les indiens quichés des environs descendent de leurs montagnes pour venir vendre -ou acheter- leurs produits. Il faut se faufiler en file indienne [l’expression n’a jamais aussi bien portée son nom !], se sentir happé par le flux humain, se retrouver pressé contre les stands, pour comprendre l’effervescence qui règne ce vendredi matin. Cela grouille de partout, bâches, étals, petits vendeurs à la sauvette, et porteurs envahissent la chaussée. Si les mieux nantis présentent leur marchandise sur des étals, quelques indiennes déambulent au gré des allées, ballot en équilibre sur la tête, pour proposer à prix dérisoire, un artisanat d’une rare qualité. Et au milieu de l’agitation, s’arrêter relève du défi, mais permet cependant d’apprécier les images qui nous entourent. Une véritable débauche d’ouvrages textiles aux vives couleurs se déverse de part et d‛autre à perte de vue, des étals remplis à outrance de fruits et de légumes se côtoient sur des kilomètres, des tonnes de piments et autres graines s’amoncellent dans de grands sac en plastique, à droite des chapeaux, à gauche des ceintures, en face des chaussures. Plus haut dans le village, c’est la grande foire aux bestiaux, ça braille, ça couine, ça hurle, ça mange, et ça pue aussi… On ne sait plus où donner de la tête, qui pourtant dépasse allégrement de la foule [nous avons déjà dits que les guatémaltèques étaient petits] !

À San Andrès de Xecul, point de marché mais tout autant de couleurs. Au milieu du village de parpaings grisonnant se dresse une église jaune citron. Façade la plus célèbre du Guatemala avec ses anges multicolores et ses couleurs flashy, elle ressemble de loin à un huipil brodé, égayant la ville par sa luminosité. De près, c’est assez… chargé ! Les toits des maisons du village y vont aussi de leurs couleurs : des milliers de fils de coton carmin, noir, jaune, indigo ou blanc, sèchent sur des mats de bois, au même titre que les différentes espèces de maïs.

 

CERF-VOLANT ET TORTILLAS

La soirée passée auprès de Cesar, Reina et leurs enfants restera inoubliable. Valentin s’entraînera au maniement du cerf-volant. Véritable institution au Guatemala, ces oiseaux de papiers sont fabriqués pour aller voler un jour dans l’année. Une armature en bois, quelques carrés de soie, une longue traîne, un peu de pratique et beaucoup d’imagination, César nous assure que ce n’est pas très long. La technique de vol, en revanche, c’est une toute autre affaire, force et minutie sont nécessaire pour le voir s’élever dans les airs. Là-haut, l’octogone coloré danse avec majesté dans le ciel qui s’assombrit, une vrai poésie.

Laëtitia s’initiera à la fabrication des tortillas. Nourriture de base du pays, elles se mangent par dizaines, et chaque cuisinière qui se respecte, se doit de savoir préparer des tortillas. À les entendre marteler la pâte entre leurs mains pour que la boule forme une belle galette, cela n’a pas l’air si compliqué ! FAUX. La boule de masa (pâte de maïs) reste collée au doigts ; trop d’eau : ça colle, pas assez : ça colle aussi, un mouvement trop rapide : ça colle, pas assez : ça colle aussi ! Et bien que Reina nous certifia que c’est juste un peu d’entraînement, l’expérience se solde par un échec ! Mais ce n’est pas trop grave, nous n’aimons pas vraiment ça. Bref, une belle soirée chez Cesar et Reina.

Si les villages de l’altiplano s’enveloppent d’un froid glacial, ils ne manquent en revanche pas de couleurs pour réchauffer les cœurs.

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