De vignes en villes

L’arrivée vers deux des plus grandes villes chiliennes est proche, la pression monte. L’effervescence de la capitale Santiago (6 millions d’habitants) et la classée -à l’Unesco- Valparaiso (300 000 habitants) nous attendent. Les vacances estivales des chiliens s’achèvent, la rentrée se prépare et la température atteind des Celsius oubliés depuis longtemps : 30°, il fait de plus en plus chaud en remontant vers le Nord. Cette chaleur -intenable- nous fera prendre une sortie un peu plus tôt que prévue : il faut aller se désaltérer avec quelques verres de vin. La région des vignobles de la vallée de Colchagua, dont les cépages sont réputés dans tout le pays, est en effet, une étape obligatoire pour tout amateur qui se respecte ! Les paysages traversés, vallonnés et baignés de soleil, sont somptueux. Les domaines viticoles couvrent plusieurs centaines d’hectares de vallons ; immenses, ces propriétés ne ressemblent en rien avec nos petites exploitations françaises. Le choix pour la visite d’une bodega se portera sur le domaine Viu Manent, principalement producteur de malbec, cabernets sauvignon et carménère. Après la découverte des vignes et des caves, ponctuée d’explications intéressantes, place à la dégustation. 5 verres et pas une seule goutte recrachée dans le seau, nous mettons un point d’honneur à terminer ces délicieux breuvages.

Il est temps à présent de continuer notre route afin de rejoindre Santiago. Enfin, … comme dirait l’adage « boire ou conduire, il faut choisir », nous passerons donc une nuit supplémentaire dans ce cadre des vignobles afin de pouvoir reprendre le volant à jeun ! Les Andes, aux sommets enneigés défilent à travers la vitre au fur et à mesure des kilomètres. La progression sur l’autoroute de la Panaméricaine, est ponctuée de scènes improbables de ventes de fromages et de fruits sur la voie d’urgence, ou de vendeurs d’eau et de glaces aux péages. L’agitation se ressent et les paysages s’urbanisent.

 

SANTIAGO I UNE OASIS CULTURELLE

L’autoroute qui entre dans la ville mènera directement jusqu’au pied du Cerro San Critobal, où nous laisserons Jean-Michel quelques jours afin d’aller parcourir les quartiers centraux à pied. L’intense circulation, quelque peu stressante, laisse place au calme absolu de ce parc en plein cœur de ville. Cette tranquillité est presque déroutante pour une capitale, mais nous n’allons pas nous en plaindre ! Flanquée sur son coté Est par la cordillère des Andes avec ses neiges éternelles, et à seulement quelques kilomètres de l’océan, on se dit que la capitale chilienne possède une situation géographique incroyable. En prenant de la hauteur, un panorama à 360° offre une vue d’ensemble sur cette métropole de 6 millions d’habitants et sur la cordillère qui semble former une barrière à l’expansion de la ville. La chaleur écrasante et la pollution qui s’accumule viennent troubler l’horizon. Contrairement aux rives du fleuve qui traverse la ville : sales, bruyantes et inexploitées ; les grands parcs urbains qui ponctuent Santiago forment des poumons verts agréables pour se promener loin du trafic infernal. Le quartier de Bellavista, un peu bohème avec ces rues de maisons colorées, ou encore le quartier Brasil, aux graffitis charmeurs, semblent paisibles et sympathiques. Le mercado central, est à l’inverse, un concentré d’animations aux heures de midi, où les étals de poissons se mélangent à l’ambiance dynamique des nombreux rabatteurs des restaurants de fruits de mer qui les entourent.

La capitale permettra aussi de combler notre besoin culturel avec la visite de quelques musées : le centre culturel Palacio La Moneda, très moderne et le musée des Droits de l’Homme, qui retrace ces terribles années de dictature, seront nos visites les plus intéressantes pour comprendre l’histoire du Chili. En sortant de la visite de la Chascona, résidence principale du poète chilien Pablo Neruda, notre soif architecturale est rassasiée. La maison est composée de trois entités accrochées à la colline, qui entourent un magnifique patio à la végétation exubérante. De la salle à manger, à la bibliothèque, en passant par l’immense séjour ou le bar extérieur, nous sommes comblés par tant d’ingéniosité et de beauté face à cette architecture et aux détails. Les photos intérieures ne sont pas autorisées, mais nous garderons toujours à l’esprit ce merveilleux souvenir.

 

VALPARAISO I LA BOHEME

Deuxième ville, deuxième ambiance, et une expérience totalement différente. A une centaine de kilomètres au Nord de la capitale, une baie à l’eau aussi bleue que son ciel est bordée d’un amphithéâtre de 45 collines abruptes, appelées cerros, entièrement recouvertes de maisons de couleurs, de ruelles pentues, de petits parcs et de beaucoup de monde ! Bruyante, enfumée, délabré, fraîche, et colorée, … un « joyeux bazar » en somme, Valparaiso est une ville étonnante, fascinante et bohème, que l’on ne cesse de découvrir. Valparaiso, ou « Valpo » pour les intimes, est classée au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO depuis 2003. Dans ces ruelles labyrinthiques, près de 300 000 personnes regardent vers le même horizon : le Pacifique. Les plus beaux points de vues permettent tantôt de surplomber les typiques maisons colorées, tantôt d’embrasser les toits rouillés en contrebas, ou encore d’observer paisiblement l’effervescence des grues et conteneurs du port, avec dans tous les cas, l’océan en toile de fond.

Le tissu urbain des cerros, adapté aux nombreuses collines, se révèle en contraste avec le dessin géométrique employé dans la ville basse. Cœur historique et économique de la ville, où bâtiments coloniaux officiels, musées et immeubles fatigués se déploient le long de grandes artères, la ville basse est bruyante, poussiéreuse, et polluée. Ces rues sont un véritable théâtre où fleuristes, cireurs de chaussures, vendeurs de journaux, ou marchands de poissons crient et racolent dans un flux incessant.

Mais le vrai charme de Valparaiso tient en ces vieux funiculaires bringuebalants à l’assaut des cerros colorés où l’ambiance est toute autre. Donnant à la ville un petit air lisboète, une quinzaine d’ascenseurs -dont seulement une poignée sont encore en service- plus ou moins long, plus ou moins vieux, plus ou moins pentus, et plus ou moins chers aussi, transportent les jambes fatiguées et pressées quelques ruelles plus haut (ou plus bas car on peut également le prendre dans le sens de la descente- mais çà c’est pour les gros faignants). Construits entre 1883 et 1916, monter à bord de ses engins provoque une poussée d’adrénaline : on se demande comment ils parviennent à gravir en quelques secondes ces collines si abruptes. Sur les hauteurs, les nombreuses maisonnettes colorées dessinent de véritables arc-en-ciel dans un labyrinthe de ruelles en pente, de passages ou d’escaliers. Ces quartiers se découvrent essentiellement à pied, en déambulant dans le dédale des rues tortueuses des cerros qui portent tous un nom bien identifié. On s’y perd avec plaisir, on découvre des ruelles cachées, on grimpe de raides escaliers, on s’arrête devant de belles façades en tôle, on descend par des sentiers sinueux, on fait demi-tour dans une impasse pavée, on monte avec un ascenseur, on se repose sur un banc, on pénètre dans un passage couvert de peintures murales, on admire des grappes de maisons folles du XIXè siècle dont l’ensemble forme un patchwork de couleurs vives. Chacune de ces maisons multicolores arborent des fresques plus jolies les unes des autres, qui recouvrent par endroit, des pans de murs entiers. Drôles ou mélancoliques, ces fascinants graffitis sont partout, et l’ancien se marie harmonieusement au contemporain dans un savant jeu de Tétris géant, transformant cette ville en un lieu unique. Les sacs de nœuds de tous les câbles électriques ajoutent à ces quartiers un sentiment d’anarchie labyrinthique organisée.

Source d’inspiration inépuisable pour les artistes, Valparaiso la bohème, présente même un musée à ciel ouvert, où rues escarpées, escaliers tortueux, trottoirs accidentés, lampadaires, bancs et même combi WW forment le support d’une vingtaine de fresques réalisées par quelques peintres chiliens de renoms. Aujourd’hui, la transformation de l’ancienne prison accueille des résidences d’artistes afin que ces derniers expriment tout leur savoir faire au cœur de cette ville inspirante. Devenus un véritable parc urbain au cœur de Valparaiso, les bâtiments carcéraux, ouverts au public et à la création, ont toutefois gardé les traces de leur passé : façades, portes et coursives anciennes se retrouvent ainsi dans l’organisation spatiale des nouveaux locaux. La Sebastiana, seconde maison de Pablo Neruda, est une ode à cette poésie urbaine. Partout dans la maison se manifeste la passion du poète pour Valparaiso et l’océan qu’il chérissait tant. Le séjour jouit d’une vue imprenable sur le port et les cerros alentours, d’où il contemplait les feux d’artifice avec ses amis. Et plus on monte à travers les 5 étages, plus la vue est somptueuse. Ne pouvant, une nouvelle fois, photographier l’intérieur, nous sortons de la visite, conquis par cette architecture moderne en plein cœur d’une ville enchanteresse.

La plénitude des vignobles et l’effervescence des villes nous ont littéralement conquis. Les cépages aux saveurs boisés peuvent concurrencer les plus grands vins français ; Santiago est une capitale à la fois dynamique et paisible où il fait bon vivre ; ville mythique, pimentée et enivrante, Valparaiso est envoûtante, tel un mirage auquel on ne s’attend pas.

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