Cuzco et sa sacrée vallée

Si du Pérou, l’on connaît le Machu Picchu, les lamas cracheurs, ou encore les habitants aux traits typiques et tenues chatoyantes, Cuzco et sa vallée sacrée, permettent de découvrir tout cela à la fois. Une véritable plongée au cœur d’un Pérou authentique, où des terrasses agricoles sont aménagées sur des montagnes verdoyantes depuis plusieurs générations, où l’eau s’écoule par des systèmes d’irrigation complexes, où des ruines incas bien cachées dominent des paysages grandioses, et où le sourire des descendants Incas illuminent les visages. Nul part ailleurs au Pérou il n’est ainsi possible de passer aussi rapidement des vertigineux pics andins à la forêt de nuage, puis à la végétation luxuriante de la jungle amazonienne. C’est l’ultime étape avant d’affronter le -très attendu- Machu Picchu. Alors immédiatement, le charme opère.

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CUZCO I UN HERITAGE INNIMAGINABLE

Perchée à 3.400 mètres d’altitude, au milieu des montagnes andines, la ville de Cuzco présente plusieurs visages. Jadis cité la plus importante de l’empire Inca, elle est aujourd’hui la capitale archéologique de l’Amérique. « Nombril du monde » comme le définit la langue Quechua, cette cité est incontestablement le plus bel héritage de l’empire Inca encore habité aujourd’hui. Bien que devenue très touristique du fait de sa proximité -à vol d’oiseau car la réalité est toute autre (à découvrir dans le prochain article)- avec le célèbre Machu Picchu, la ville n’en garde pas moins les traces de son fort passé historique. En effet, au gré des pérégrinations dans les ruelles, force est de constater que la ville coloniale du XVIème siècle s’est édifiée sur les impressionnantes ruines Incas, ravagées par la conquête espagnole. Ces fondations aux pierres colossales parfaitement taillées et ajustées entre elles, constituent ainsi les soubassements des constructions coloniales (églises, couvents, maisons coloniales) d’un blanc immaculé. Les toits de tuiles soulignent gracieusement les belles demeurent à arcades, venant subtilement rappeler la couleur de la somptueuse cathédrale aux briques rougeâtres qui se dresse sur la place principale. D’élégants balcons de bois sculptés et peints habillent les façades à l’étage et marquent les angles des rues. Derrières de belles portes ouvragées se cachent aussi d’agréables patios, tous plus végétalisés les uns des autres. La surprise et l’émerveillement sont à leur comble à chaque fois que l’on passe un seuil.

Le marché principal regorge d’artisanat coloré, de nourriture alléchante -les ceviches (poisson cuits dans un jus de citron) sont succulents, de tenues traditionnelles ou de boutiques hight tech, ici tout se mélange harmonieusement. Les femmes arborent, encore une fois, leurs tenues traditionnelles dans leur vie quotidienne. Les épaisses jupes colorées et délicatement brodées, les chapeaux façon « napperon sur une table basse », ou les larges tissus bariolés noués dans le dos ne sont pas que du folklore. Accroché à la colline, le quartier San Blas dégage une atmosphère paisible avec ses ruelles piétonnes, ses rues pentues, ses escaliers et ses maisons bleues. Maxime le Forestier a certainement dû s’en inspirer. Les nombreuses ruelles, étroites, pentues et pavées mènent à de petites places où il fait bon s’arrêter quelques instants pour voir et écouter battre le cœur de la ville. Les soubassements Incas sont en parfait état de conservation, chaque pierre étant découpées à la perfection pour épouser sa voisine, atteignant même parfois une douzaine de faces. Tout s’assemble sans mortier, un vrai jeu de Tétris, et une grande leçon d’architecture !

 

UNE VALLEE SACREE-MENT BELLE

La superbe vallée de l’Urubamba, plus couramment appeléee Valle Sagrado s’étend à quelques kilomètres seulement de Cuzco. De nombreuses ruines incas, des marchés indiens colorés et de charmants villages andins composent le décor, avec pour sites archéologiques majeurs, les vastes citadelles de Pisac et Ollantaytambo -à vos souhaits. Une immersion de deux jours pour s’imprégner de cette riche culture inca à travers cinq sites, avant d’aller découvrir l’ultime joyau conçu par ces bâtisseurs de génie.

 

– PISAC –

Point de départ à la visite de cette sacrée vallée, ce village dynamique est constitué en deux parties : en bas, le village colonial borde le fleuve et accueille des ateliers d’artisans et un grand marché haut en couleur. La flânerie dans ces étroites ruelles pavées est agréable. Les maisons basses d’adobe s’ouvrent sur la rue, et devant chacune d’elle s’étale avec élégance, artisanat et savoir-faire. Tissus, peintures, tapis, châles, poteries, instruments de musique, etc. l’occasion est trop belle de succomber et repartir avec quelques spécialités locales. En levant les yeux, sur un haut piton rocheux, est stratégiquement perchée la forteresse inca, qui domine village et vallée. Après quelques lacets serrés et 700 mètres de dénivelé positif, la vue qui embrasse toute la vallée depuis ce haut plateau triangulaire est époustouflante. Vaste citadelle composée d’un ensemble d’habitations, d’entrepôts alimentaires, de temples, de bâtiments militaires, et d’un cimetière creusé dans la falaise, elle impressionne surtout par ses superbes terrasses agricoles construites sur des pentes vertigineuses. Plus de 65 hectares de cultures en terrasses forment de grandes courbes gracieuses sur les flancs montagneux. Pas d’escaliers mais de longues pierres, disposées en diagonale, permettent de relier entre eux les différents étages, dont les murs de soutènement sont parfois hauts de plus de trois mètres. Crapahuter à travers les ruines permet de vérifier la finesse des bâtisseurs incas. Une nouvelle fois chaque pierre s’assemble au millimètre. Les cheminements labyrinthiques, plus ou moins bien indiqués, dessinent un parcours à respecter. Mais un excès de zèle pour sortir de ces sentiers battus et l’on se retrouve vite avec quelques épines de cactus dans le mollet (#çafaitsupermalquandmême). Et suite aux risques d’éboulement, les chemins reliant la partie urbaine à la partie cérémonielle sont malheureusement fermés. C’est ainsi que, sur une petite note de frustration de n’avoir pu tout explorer, nous quittons Pisac à l’heure où arrivent bus bondés et marchands agités.

 

– CHINCHERO –

Au cœur des montagnes andines, le village de Chinchero est construit sur les fondations de l’ancienne cité inca. Aujourd’hui subsiste un ensemble de terrasses agricoles, plus orthogonales que celles de Pisac, mais tout aussi impressionnantes. L’église coloniale qui surplombe la place principale possède un intérieur orné de fresques aux motifs floraux et religieux, peints à même les voûtes. Au détour d’une ruelle, au milieu d’un patio, une démonstration de tissage est en cours. Des femmes, en tenues traditionnelles noir et rouge apprennent à teindre la laine d’alpagas grâce à des procédés naturels. Des feuilles donneront une couleur verte, la graine de Perse le jaune, la cochenille le rouge. Une autre femme d’expérience montrera la complexité d’un tissage aux formes et couleurs variées. Grand village d’artisanat, les rues sont de véritables salles d’exposition à ciel ouvert. Hommes et femmes travaillent sur le trottoir pour mettre en avant toute l’étendue de leur talent : céramiques, tissages, tricots ou calebasses gravées à la main, chaque travail est impressionnant de précision et de patience.

 

– MORAY –

Les terrasses de Moray, étagées en un profond amphithéâtre, offrent un des spectacles les plus fascinant. En effet, différents niveaux de terrasses circulaires sont taillées dans une vaste cuvette, chaque palier semblant jouir de son propre microclimat, selon la profondeur et l’orientation. Considéré par les Incas comme un laboratoire d’expérimentation pour les cultures agricoles, ce site accueillait à l’époque plusieurs centaines de variétés de plantes pour tester leur adaptation à l’environnement. Le sentier pédestre permet d’approcher au plus près ces ensembles de terrasses, chacune d’elle atteignant près de 2 mètres de hauteur. Les pierres grises des murs de soubassements tranchent avec la couleur verte de l’herbe. Chaque arrête est parfaitement nette. Mais c’est vraiment d’en haut que ces formes concentriques sont les plus photogéniques. Les courbes régulières ondulent en épousant la forme du terrain, les ombres des terrasses se dessinent les unes sur les autres, accentuant une impression de profondeur. Les yeux sont en extase devant une telle perfection géométrique, il est bien difficile de s’en détacher. Mais les photos parlent ici plus que les mots.

 

– OLLANTAYTAMBO –

A l’instar de Pisac, le village d’Ollantaytambo est dominé par une imposante forteresse inca. Avec ses ruelles pavées pentues, et le systyème d’irrigation de l’époque qui s’écoule encore au pied des maisons en pisé, ce site constitue un parfait exemple de l’occupation urbaine Inca. Autrefois lieu de repos sur le chemin de l’Inca entre Cuzco et le Machu Picchu, il est composé d’immenses terrasses agricoles escarpées ainsi que des colcas en adobe permettant d’entreposer les récoltes, et de structures architectoniques de défense militaire qui surplombent le site. Forteresse redoutable qui a empêché les Espagnols d’atteindre le Machu Picchu, Ollantaytambo avait également, pour les Incas, une importance sur le plan religieux. Bien que jamais achevés, le temple du Soleil possède quelques murs -dont chaque bloc de pierre mesure près de 7 mètres de haut-, parfaitement ajustés, ayant survécus à de nombreux séismes. Plus bas, le temple de l’Eau, servait d’observatoire astronomique et à chaque solstice, les rayons du soleil s’alignent parfaitement à la fontaine, annonçant la saison agricole. Provenant d’une carrière située 6 km de l’autre côté de la rivière, le transport de toutes ces pierres relève de l’exploit !

 

– SALINAS DE MARAS

Dans le creux d’une vallée, au bout d’une piste terreuse, existe un site merveilleux. Une exploitation de sel qui remonte à l’époque des incas, continue depuis ce temps, à être utilisée. Près de 5.000 puits salants sont disposés sur des terrasses, créant un patchwork étonnant de nuances, du brun au blanc en passant par le gris. Alimentant ces bassins, un mince cours d’eau provient d’une source chaude du sommet de la vallée. Dévié vers les puits, ce filet d’eau très salé, permet de récolter, après évaporation, du sel. Un marais salant à étages !

Quelques sauniers s’activent à la tâche, préparent les bassins secs, rectifient l’irrigation en déviant le cours d’eau, contrôlent l’hygrométrie… L’eau évaporée laisse ensuite une fine couche de sel qui se solidifie, prête à être récoltée. D’étroits cheminements permettent d’accéder aux étages inférieurs, passer sur les crêtes de sel devient un exercice d’équilibre. Tantôt les rectangles d’eau reflètent le ciel, tantôt des concrétions salées figent la petite parcelle. Ces milliers de bassins à flanc de montagne créent un paysage spectaculairement photogénique, de près ou de loin, du bas ou du haut, chaque point de vue est somptueux.

Après ces quelques jours enchanteurs en immersion Inca, l’heure est maintenant au Machu Picchu ! A suivre…

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