Chelly sous l’eau, le feu et la glace

L’immensité du Grand Canyon est indéniable, parfois même déroutante tant on en perd ses repères. Au Canyon de Chelly, on prend vraiment la mesure des beautés du lieu. Si ce site est bien moins connu que ses voisins Monument Valley [En territoire Navajo], Grand Canyon National Park [À l’assaut d’une faille sans fin] ou Mesa Verde National Park, il n’en reste pas moins spectaculaire. Ce canyon compte en effet parmi l’un des plus beaux sites de l’Arizona. Au cœur du territoire Navajo, la quasi-totalité de la surface du parc [340 km²] est privée puisque des indiens Diné vivent encore dans cette enceinte, cultivant leurs terres et élevant leurs troupeaux de moutons. On ne peut donc pas tout explorer, mais quelques jolis points de vues permettent de plonger au cœur d’une culture indienne à l’histoire riche et aux habitats troglodytes très intriguant.

C’est en fin d’après-midi que l’on arrive à Chinle, ville indienne proche du canyon. Le temps est mitigé et de gros nuages gris menacent à tout moment d’arroser les paysages pourtant désertiques. Renseignements pris sur les « To Do » du canyon, nous tentons d’aller observer le coucher de soleil sur le point de vue le plus impressionnant du site… mais les nuages en ont décidé autrement, camouflant le soleil et masquant la belle lumière de cette soirée printanière ! Pas grave, nous tenterons la visite le lendemain, nous avons un peu de temps à passer sur place. C’est une soirée sympathique qui s’annonce avec nos compagnons d’un soir, discussion, partage d’expériences, etc… La nuit sera douce. Mais au petit matin, un épais manteau blanc à recouvert les environs : la neige est tombée sans prévenir sur ce plateau à près de 2.300 mètres d’altitude, laissant un paysage magique, mais bouché ! Impossible de voir le fond du canyon situé à 300 mètres en contrebas. Une longue journée d’attente va commencer car l’on espère une éclaircie. Il faut occuper le temps, alors nous partons travailler à Chinle, mais point de bibliothèque dans ce village sinistre. Même par beau temps, les baraquements et l’enchevêtrement de fils électriques montrent un visage plutôt médiocre, alors quand il fait gris, la déprime est assurée… Ici, la neige a laissé place à la pluie et les rues se transforment en champs de boue. L’ambiance est glauque : le point de rassemblement de la ville semble être le Burger King, mais à 10h du matin, on a connu mieux. Alors on va faire la lessive dans l’unique laverie du coin où les badauds s’installent pour chercher un peu de chaleur auprès des machines qui tournent à plein régime. Prêts à jeter l’éponge et reprendre la route pour espérer une météo plus clémente vers l’Ouest, une éclaircie [qui durera finalement tout l’après-midi] nous incitera à rester pour aller voir de plus près cette impressionnante entaille qui s’étire sur plus de 30 kilomètres.

Grand bien nous a pris : ce canyon aux parois verticales de grès rougeâtre est somptueux. La rive Sud du canyon s’explore en voiture, la route étant ponctuée de magnifiques points de vues aux panoramas tous plus spectaculaires les uns des autres. Les belles couleurs rouges à l’intensité changeante selon l’heure de la journée, contrastent avec le vert des arbres. Mais si le site vaut pour la beauté du canyon, il est aussi connu pour abriter d’anciens habitats indiens accrochés aux parois rocheuses. Occupés par les indiens entre 1000 et 1300, ces petit village en ruines, sont taillés à même la roche, à plusieurs mètres de hauteur. Si la plupart sont uniquement visibles depuis le haut du plateau, il est toutefois possible de descendre à pied dans le canyon pour s’approcher de la « White House ». Après quatre kilomètres de marche tranquille sur un chemin taillé à flanc de falaise, on se retrouve au milieu des gorges du canyon. D’ici, on découvre le paysage sous un angle différent, du bas, le canyon n’est pas si vertigineux finalement. On évolue au milieu des champs, on enjambe un cours d’eau, moins d’un kilomètre sépare les deux parois et on découvre alors un canyon à taille humaine. L’environnement est beau et la tranquillité est de mise en cette saison : nous ne croiserons personne sur le chemin ! Rapidement, nous arrivons au pied de cette maison blanche où beaucoup de mystères planent encore sur l’origine de ces habitations troglodytes. Pourquoi construire un village dans un milieu si hostile, dans des endroits aussi inaccessibles ? Des premières réponses seront apportées un peu plus tard, lors de notre visite du parc voisin Mesa Verde National Park.

Cette journée, qui avait pourtant bien mal commencé, se terminera en beauté au magnifique point de vue du rocher de l’Araignée. Jaillissant du fond du canyon sur 250 mètres de hauteur, une impressionnante aiguille rocheuse à double flèche, constitue un spectacle époustouflant avec ses pointes encore enneigées ! En plus d’être un chef-d’œuvre parfait de la nature, Spider Rock est une montagne sacrée dans cette culture indienne. De quoi se ressourcer en contemplant le soleil se coucher derrière ces rochers.

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