Cap sur le lac Titicaca

Au carrefour des Andes et des hauts plateaux de l’Altiplano battu par les vents, les rives fertiles du lac Titicaca furent jadis le berceau des plus anciennes civilisations amérindiennes. Ce joyau naturel abrite de nombreuses légendes : origine de la civilisation Inca, le Dieu créateur aurait fait émerger des eaux la Lune et le Soleil. Plus haut lac navigable au monde, partagé entre deux pays, le lac Titicaca exerce, depuis toujours, un pouvoir de fascination sur les voyageurs avec ces nombreuses îles -parfois habitées- mystérieuses. Ici la frontière entre la Bolivie et le Pérou est mince. Par une belle route goudronné s’élevant sur des petites buttes, les premières images sur le lac mythique sont inoubliables. Le soleil peigne des tapis d’ocre sur les eaux azurées de ce grand lac, faisant scintiller les clapotis languissants. Du haut, de longues criques se dessinent où de frêles petites barques, peintes aux couleurs de la France, restent immobiles au milieu des roseaux. En arrière-plan, les montagnes enneigées de la Cordillera Real terminent ce tableau enchanteur. Soudain la route plonge vers cette immense tâche bleue, le détroit qui sépare les deux parties du lac se traversera sur une barge.

 

UNE TRAVERSÉE ÉPIQUE VERS COPACABANA

Copacabana ? Non non, l’itinéraire n’a pas changé, pas de détour imprévu vers le Brésil. Contrairement à la célèbre plage de Rio, cette petite localité bolivienne, nichée à 3.800 mètres d’altitude, sur les berges du Titicaca semble bien plus assoupie. Ici pas de surf ni de bikinis, mais des tenues traditionnelles et des pédalos canards pour se balader sur les eaux limpides. Si la traversée du détroit de Tiquina, séparant Copacabana de l’autre rive paraît amusante : du rivage, des dizaines de bacs en bois à fonds plats effectuent une chorégraphie savamment orchestrée glissant sur le bleu profond du lac ; elle est finalement plutôt effrayante. La qualité de la barge laisse a désirer, craquant sous le poids de Jean-Michel, le petit moteur semble faire avancer difficilement l’embarcation qui tangue dangereusement au moindre clapotis. Après 20 minutes de traversée, le débarquement se fait avec un grand soulagement. Un petit coin de paradis déniché un peu plus loin sous les eucalyptus, et le soleil amorce sa descente. Une lumière de rouille se répand lentement sur les roseaux, au large, un bateau à voiles passe sur les eaux scintillantes. Les températures sont étonnamment douces et le sommeil se trouve au son d’un doux ressac. Dans ce climat limpide et cette ambiance détendue, l’horizon semble sans limites.

 

UN RYTHME PENINSULAIRE ENVOUTANT

Plusieurs communautés lacustres, rurales pour la plupart, vivent paisiblement en rivage de ce grand lac Titicaca. Ces quelques hameaux disséminés au cœur de verts pâturages, semblent figés dans un autre temps, où les tons terreux du paysage se retrouvent dans les constructions spartiates des villages. Les petites maisons d’adobe sont couvertes d’un mince toit de chaume. Des femmes, aux chapeaux colorés à quatre cornes, s’affairent à la confection de ballots de totora (roseaux qui poussent au bord du lac) qui sécheront en position verticale pendant plusieurs mois. Les hommes confectionnent en groupe ces grands bateaux de roseaux, à l’allure de drakkar qui vogueront sur les eaux limpides pendant quelques années. Dans les champs, les ânes et les bœufs remplacent les tracteurs et facilitent la laboure. Au port, le pêcheur a besoin d’aide pour mettre son embarcation à l’eau, et c’est avec pas moins de 18 bras que la tâche se verra accomplie. Au détour d’un chemin, une vieille dame, frêle et ridée, nous réquisitionne en tant que bergers. La labeur est simple, il faut conduire le troupeau de moutons vers le lac pour que ces derniers puissent s’abreuver et se sustenter à leur convenance. Pendant plusieurs heures, sans se mouiller les ongles, les ovins tendent ainsi leur cou au dessus du rivage, chipant tout ce qu’ils peuvent de la grasse pitance. Sur la place principale, tous les regards sont tournés vers la partie de volley-ball où costumes traditionnels, uniformes d’écoliers et tenues de sport se côtoient sans complexes sur le terrain.

Le rythme nonchalant de ces hameaux, où la vie s’y déroule en toute quiétude, est contagieuse, et l’on se laisse bercer sans hésiter à contempler les vues superbes sur ce lac enchanteur. Au delà d’être le plus haut lac navigable du monde, la renommée du lac Titicaca vient aussi de ces nombreuses îles flottantes -îles Uros. Situées au beau milieu du lac, celles-ci sont composées de couches de roseaux où vivraient -en théorie- près de 1.200 personnes. En réalité, aujourd’hui beaucoup ne sont plus que des îles de « reconstitution à touristes », très peu pour nous, nous partons en quête d’authenticité. A la casa Valentin nous organisons une excursion sur l’une des îles flottantes encore habitée du lac pour le lendemain, mais cela est une autre -très belle- histoire (cf. article #07 I PE 16.06 à venir).

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