Bogotá en familia

A l’évocation de son nom, beaucoup tremblent. Bogotá, la drogue, les cartels, les FARCS, les rues sombres, les enlèvements, bref, de quoi refroidir les plus téméraires. Mais pour nous Bogotá rimait surtout avec retrouvailles familiales ! Alors après un accès chaotique dans une circulation extrêmement dense pour atteindre l’aéroport, après plusieurs heures d’attente au-dit aéroport faute d’un retard d’avion, les voir enfin poser le pied sur la terre colombienne fut intense en émotions. La fatigue est oubliée, les embrassades sont chaleureuses et les discussions vont bon train (presque 10 mois d’anecdotes à raconter). C’est ensemble, à six, que nous allons découvrir la réalité de cette capitale controversée. Alors Bogotá c’est comment ? C’est autre chose. Bien autre chose.

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Bogotá est une capitale de 8 millions d’habitants à la fois empreinte d’une atmosphère urbaine sophistiquée et entourée de vertigineux pics andins. Juchée à 2.600 mètres d’altitude sur la cordillère orientale, les premiers pas des nouveaux voyageurs ne sont pas de tout repos. Entre le décalage horaire et le mal d’altitude, l’acclimatation au pays doit se faire en douceur. C’est pourtant assez tôt que la journée au cœur du quartier historique de la Candeleria va commencer. Après un copieux petit déjeuner qui requinquera toute la troupe, nous partons explorer les rues pavées, les musées, les édifices coloniaux préservés avec soin, et l’animation du quartier. Et Bogotá est une jolie ville qu’il faut prendre le temps d’apprécier.

Il faut visiter le musée de l’Or, plus beau de la ville, voir de toute l’Amérique latine, et comprendre toute la beauté de la civilisation précolombienne. Renfermant une collection de plusieurs milliers de bijoux et de pièces d’art pré hispaniques qui représente plus d’un millénaire d’histoire colombienne, ce musée met en valeur, sur trois étages, tous les objets découverts dans la région. Au-delà de la beauté des pièces, c’est l’histoire d’une civilisation et l’importance des rituels sacrés que l’on découvre. Des bijoux aux objets cérémoniels, en passant par des parures mortuaires ou des objets du quotidien, font preuve d’un travail d’une extrême finesse de ce précieux métal. De nombreux objets évoquent des représentations animales comme le jaguar, la tortue ou le serpent, issues des croyances indiennes. L’Eldorado, un radeau qui, selon la légende, fut conduit sur un lac sacré par un prêtre recouvert d’or pour jeter le métal au fond de l’eau reste la pièce la plus impressionnante du musée.

Il faut découvrir les œuvres de Fernando Botero, l’artiste qui voyait tout en gros. Mains, oranges, femmes, enfants ou hommes moustachus, tout est rond et joufflu. Cette disproportion des personnages est très divertissante, autant que la naïveté du style du peintre. D’une grande générosité, il a fait don de ses œuvres à la fondation, ainsi que de rares tableaux d’artistes comme Monet, Picasso ou Degat.

Il faut déambuler dans les rues pavées aux maisons coloniales, où façades colorées se conjuguent avec les balcons décorés. Un peu plus loin, beaucoup de street art sur les murs, plutôt inspiré d’ailleurs, qui égayent des bâtiments de béton grisonnant. Sur les toits et les balcons, des personnages de rues, en matériaux verts recyclés, surveillent la progression des badauds. Il faut contempler du bas l’omniprésence de cette montagne qui te toise, où que tu regardes. Il faut admirer les fameuses émeraudes colombiennes dans les vitrines des boutiques de la rue 11. Il faut s’imprégner de l’ambiance latine des quartiers, de l’animation étudiante dans un, des vendeurs ambulants dans un autre, de l’effervescence des hommes en costumes plus loin, des restaurants de trottoirs, des courses de cochons d’inde ou des joueurs d’échecs en pleine rue ; un fabuleux bazar où chacun fait sa vie tranquillement.

Il faut apprécier le sentiment de sécurité où des policiers veillent tous les 50 mètres pour des promenades ni stressantes, ni déplaisantes, bien au contraire. Pas de gars bizarres à tous les coins de rues, pas de dealers cachés derrière des portes cochères, juste une population de grande ville, aussi cosmopolite qu’elle puisse être. Une seule fois, à l’angle d’une ruelle, une dame prévenante nous déconseillera d’aller plus loin avec l’appareil photo, une mise en garde bienveillante que nous suivrons. Comme dans n’importe quelle autre ville dans le monde.

Il faut grimper [en funiculaire, c’est moins fatiguant mais tout aussi bluffant] sur cette montagne qui culmine la ville à quelques 3.150 mètres. Monserrate, lieu de pèlerinage et point de repère de Bogotá, offre une époustouflante vue sur les 1.700 km2 de la capitale qui s’étalent sur ses flancs.

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Il faut faire tout cela -et bien plus si le temps le permet- pour apprécier Bogotá. Alors voilà, la capitale a aujourd’hui le droit à ce que sa réputation sulfureuse soit un peu réactualisée. Bogotá est une jolie ville où tu te sens étrangement bien et qui a beaucoup de choses à offrir. Une ville qui mérite que l’on s’y attarde quelques jours en famille ! Bref, une capitale coup de cœur.

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