Au pays des mystérieuses cités d’or

La partie nord du Guatemala est encore sauvage et intacte, isolée des grands axes touristiques. Un Guatemala mystérieux, où le climat sec et désertique des autres régions, laisse la place à un climat tropical avec un taux d’humidité atteignant des sommets. Les températures augmentent considérablement au fur et à mesure des kilomètres, tout autant que l’exubérance de la végétation ; nous perdons de l’altitude et retrouvons le plancher des vaches. Si quelques exploitations se font la part belle en produisant une des meilleure viande du pays, ce sont les bananiers, cocotiers, palmiers [à huile!] et champs d’ananas qui façonnent surtout le paysage. De denses forêts se dessinent le long des routes, s’apparentant parfois à la jungle. Ici, se trouvent de petites pépites de la nature, depuis des cascades d’un bleu surnaturel, aux couchers de soleil rougeoyants sur le lac placide, en passant par des îlots habités à la beauté préservée. Un écosystème riche dont l’isolement par rapport au reste du pays contribue certainement. Mais cette région du Petén, c’est aussi le cœur de la civilisation Maya oubliée qui abrite un site archéologique extraordinaire : Tikal. Un monde d’explorateurs à la recherche de trésors perdus, Indiana Jones n’a qu’à bien se tenir !

PISCINES NATURELLES EN PLEINE FORÊT

Nous délaissons le temps de quelques heures Jean-Michel pour rejoindre, par une piste très compliquée, un site d’une exceptionnelle beauté. Nous embarquons dans la caisse d’un pick-up avec quinze autres personnes, pour 10 km de piste cahoteuse en très mauvais état. Ballottés dans tous les sens, embourbés dans des flaques, nous mettrons une bonne heure pour arriver à destination. Nos différentes parties du corps nous remercierons que ça ne soit pas été plus long ! Encore trente minutes d’effort -et pas des moindres- pour atteindre, par des escaliers irréguliers, un point de vue à couper le souffle. Panorama à 180° sur la vallée, avec au fond, les splendides piscines naturelles de Semuc Champey. Les falaises végétalisées plongent dans ce bleu turquoise qui semble presque irréel. En fait, la succession de ces bassins constituent un pont de calcaire de 300 mètres de long au dessus d’une rivière, retenant des nappes d’eau plus ou moins profondes et gorgées de sulfates. Une rivière qui disparaît dans un gouffre avec fracas d’un côté, pour ressortir quelques centaines de mètres plus bas. L’eau accumulée dans les plateaux du haut se déverse progressivement dans les étages plus bas, rappelant une gigantesque cascade. L’appel est trop fort, et nous descendons rapidement par le sentier pour profiter de cette eau fraîche et calme. De plus près, on peux observer la création de véritables écosystèmes sur la roche calcaire : des plantes purifiantes viennent créer des barrages naturels et permettent la limpidité de l’eau, tandis que de petits poissons viennent s’occuper des peaux mortes des baigneurs. Une sensation plus ou moins agréable, mais la situation de ce spa est un rêve.

 

HAVRES DE PAIX AU BORD DE L’EAU

Avant d’affronter la dense et hostile jungle du Petén à la recherche des ruines, quoi de mieux que d’aller se reposer sur les rives d’un joli lac. Celui-ci n’est pas entouré de volcans, (comparé à celui-là) mais de grandes forêt, et c’est tout aussi charmant ! Éparpillés ici et là, des villages ravissent les yeux, tout autant que le cœur. La petite ville de Flores, juchée sur une tranquille presqu’île installée sur le lac Petén Itza, dévoile ses ruelles pavées et ses vieilles maisons colorées, aujourd’hui transformées en agréables résidences hôtelières. Se balader au soleil pendant quelques heures, au gré de nos envies, s’imprégner de l’ambiance calme et détendue [un peu trop peu être] des places et rues en pente, photographier la belle architecture, observer sur un banc le va-et-vient des barques à moteur. En cinq minutes et pour autant de quetzals, se retrouver de l’autre côté de la rive pour prendre un peu de hauteur et jouir de la vue sur l’irrésistible lac Petén Itza depuis ce piédestal.

À quelques kilomètres de là, sur les rives du lac, s’est constitué un paisible village, encore plus tranquille que Flores (qui n’était déjà pas très énervée). En lisière de la forêt tropical, une poignée de maisonnettes, des pontons s’avançant sur l’eau, ici on se sent bien. Les journées passent entre baignade dans les eaux délicieuses, barbecues dans la forêt, sieste dans le hamac tendu entre deux arbres, sauts de tarzan directement dans le lac, et contemplation depuis le ponton des plus jolis couchers de soleil qui nous sera permis de voir. Au loin, des pétards retentissent, rituels dans tout le pays quelques jours avant Noël, mais rien ne pourra déranger la quiétude de ces lieux. Une étape bien agréable.

 

IMPRESSIONNANTE CITÉ MAYA AU CŒUR DE LA JUNGLE

Vestiges d’une civilisation disparue, pyramides enfouies sous la végétation, jungle épaisse ajoutant son mystère et son inquiétante rumeur, bavardage des oiseaux tropicaux ou cris des singes hurleurs, senteurs inconnues, … de quoi se mettre dans l’ambiance ! Ici, nous sommes dans la jungle, là ou vivent jaguars et pumas, fourmiliers et serpents, mais aussi là où se cache l’un des sites les plus majestueux du monde maya : la cité perdue de Tikal. Plus que tous les autres, ce lieu est au cœur d’un environnement exceptionnel. Il est 6h30, le temps est encore brumeux lorsque nous empruntons un chemin au milieu de la jungle. Des cris, des caquètements et des craquements autour de nous, la faune elle aussi se réveille. Si les singes se réfugient à la cime des arbres, les toucans se laissent apercevoir sur les branches : touts petits, ils charment immédiatement par leur long bec coloré. Plus tard, nous écoutons des bruits puissants, envoûtés par cette incroyable ambiance. L’idée que l’on peut se faire de la jungle et des cités perdues est avec nous ! Plus loin, nous suivons un coati qui tient sa queue toute droite à la recherche de son petit-déjeuner. Il nous mènera sans le vouloir sur la grande place centrale rectangulaire. Dans la brume, nous distinguons les plus hauts temples qui ferment la place à l’est et à l’ouest : les deux immenses pyramides, peu larges mais très hautes [45 mètres] et coiffées d’un petit temple arrondi au sommet, se font face. Le temple du Grand Jaguar, aux majestueuses proportions, en vis-à-vis avec le temple des Masques. Au nord et au sud, diverses constructions amoncelées les unes sur les autres, plus basses, viennent fermer la composition. Jeux de balle, canaux, palais, tombeaux et autres sculptures monumentales laissent à penser que cette place principale fut le cœur de la vie sociale, administrative et religieuse de la cité. L’ambiance brumeuse apporte une mysticité incroyable au site, et l’absence de monde invite à la rêverie. Et ce matin, on peut s’imaginer très bien la vie du temps des Mayas : la vie quotidienne en pleine jungle au milieu des animaux sauvages, les cérémonies, le travail de la pierre, etc…, on replonge dans cette époque, à coté des hommes implorant leurs Dieux. Encore quelques minutes de brouillard pour faire durer le mystère, avant qu’il ne se dissipe, nous permettant maintenant d’apprécier pleinement les moindres détails.

Le parc de Tikal est gigantesque, plus de 550 km²de jungle, au milieu desquels se trouvent les ruines. Après l’abandon du site, vers 900, la végétation a rapidement repris ses droits, enfouissant les centaines de mètres carrés construits, sous d’épaisses couches de terre. Ce n’est seulement qu’au XIXème siècle que les vestiges seront remis à jour. Mais aujourd’hui, tout le site n’a pas encore été fouillé, et de nombreux secrets restent encore à découvrir… Classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, à la fois pour son architecture et son histoire, les ruines dévoilées de Tikal s’étalent tout de même sur une surface importante, l’occasion de jolies balades entre les différents points d’intérêts. En s’enfonçant dans la jungle, à travers la végétation, se dessinent au loin d’autres temples. Certains sommets sont accessibles, d’autres ne seront visibles que depuis la base. Arrivant derrière un immense dôme végétal où poussent des dizaines d’arbres si denses, nous avons bien failli manquer le superbe temple V, pourtant l’un des plus élevé du site ! Une seule de ses quatre façades n’a pu être dégagée, mais sa restauration qui a duré près de dix ans est remarquable. Mais s’il y a bien une ascension à ne pas manquer, c’est celle du temple du Serpent à deux têtes [et celui que l’on peux voir dans Star Wars – épisode 4], plus imposante pyramide du site. Si bien que nous la ferons deux fois -nos cuisses s’en souviendront- au petit matin pour admirer la brume sur la canopée ; et le soir pour observer l’incroyable vue dégagée sur le site. Du haut des 65 mètres, nous dominons tout le parc, et les sommets de quelques temples émergent de l’immensité de la canopée. Seuls, nous apprécions le calme et la sérénité qui se dégage des lieux.

La visite de Tikal plonge littéralement dans le monde des cités perdues. Une belle entrée à la matière, tant pour sa faune, son architecture, ou sa situation junglesque, qui laisse rêveur face aux nombreux sites mayas qui nous attendent encore au Mexique. Mais çà, c’est une autre histoire.

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