Au cœur des lacs et des volcans

Au fur et à mesure de notre remontée vers le Nord, les températures deviennent de plus en plus élevées. Quelques jours sous plus de 32° nous décident à filer vers la région des lacs et des volcans, histoire de pouvoir lézarder au bord de l’eau et se rafraîchir un peu. Malheureusement pour nous, la quiétude des précédents mois laisse place au tumulte estival, et tous les argentins et chiliens ont eu la même idée que nous : venir chercher des températures plus douces près des lacs et profiter des paysages de rêve de la région des volcans. C’est ainsi que nous arrivons à San Carlos de Bariloche, en Argentine, capitale autoproclamée du chocolat, qui s’étend au bord d’un lac. Après plus de 2 heures d’attente pour pouvoir passer la douane Chileno-Argentine –le chassé-croisé des vacances d’été est le même dans tous les pays : canicule, bouchons et longues files d’attentes- nous parcourons la sublime route qui nous conduit dans la région des lacs. Cette première traversée des Andes est spectaculaire, nous grimpons en altitude et embrassons des vues magnifiques sur le gigantesque lac Nahuel Huapi, bordé de forêts à flanc de montagnes et ponctué d’îlots sauvages.

PANORAMA-Logo-Nahuel-Huapi

 

ENTRE LES LACS ARGENTINS…

Montagnes déchiquetées, lacs d’un bleu étincelant, forêts de sapins, chalet en bois, chocolat… la ville de San Carlos de Bariloche possède des airs de la Suisse, mais nous sommes bien au cœur de l’Argentine, au pied de la cordillère des Andes. La nature est superbe dans cette région, la jolie route touristique du circuito chico forme une boucle qui longe le lac Nahuel Huapi, offrant des beaux points de vues sur la baie. Elle permet de monter au Cerro Campanario, à 1050 mètres d’altitude, d’où la vue à 360° sur les lacs et les montagnes est d’une incroyable beauté. Considérée par le National Geographic comme l’une des vues parmi les plus belles du monde, nous contemplons pendant plusieurs minutes le paysage qui s’offre à nous -nos efforts pour monter sont largement récompensés- : l’immense lac Nahuel Huapi s’étend sur de nombreux kilomètres tandis que d’autres, plus petits, le côtoient ; des îles et presqu’îles s’avancent dans les eaux limpides ; les montagnes andines aux neiges éternelles, culminant à presque 2000 mètres d’altitude, sont recouvertes de sapins et semblent plonger dans ces lacs paisibles. La vue est splendide.

PANORAMA-Cero-Campanario

Nous pénétrons sur la péninsule Llao Llao, visitons un petit village Suisse -décidément bien implantés dans la région- aux maisons de bois, bivouaquons au bord de rivières impétueuses, nous baignons dans les eaux tempérées du lac où se nichent de petites criques de sables blancs ou de galets, … la vie est douce au bord de Nahuel Huapi. Une autre belle route permet ensuite de découvrir les 7 lacs, qui sont en réalité 10, mais dont seuls 7 sont visibles depuis la route. Enfin visible… tout est relatif : les miradors aménagés laissent à désirer, entre une vue bouchée par l’épaisse végétation ou un mauvais angle pour pouvoir apprécier le panorama dans sa totalité, nous sommes frustrés de ne pouvoir plus les approcher. Espejo, Falkner, Traful, Hermoso, Villarino, Machónico, Lacár, il y en a partout, certains même sont bien cachés. Leurs eaux présentent plusieurs teintes différentes en fonction de la lumière et des nuages. Au loin, des montagnes boisées aux cimes enneigées viennent plonger dans ces eaux sombres. Malheureusement, le temps maussade ne nous permettra pas d’apprécier la beauté de ces lacs à leur juste valeur et finira par nous décevoir de cette fameuse « Route des 7 lacs ».

Le passage par la Vallee encantado est, pour le coup, un enchantement totalement inattendu. Résultat de siècles d’érosions, le temps à laissé, au hasard sur ce territoire, des rassemblements de pics et de rochers. Une piste, longue de presque 60 km, serpente au fond d’un canyon dont les parois présentent un phénomène géologique étrange : des formations rocheuses culminent à plusieurs centaines de mètres de hauteur, en équilibre. Comme on peut le faire avec les nuages, il est coutume de s’imaginer ici des visages ou des formes d’animaux.

 

…ET LES VOLCANS CHILIENS

Nous retournons au Chili, le passage de frontière se fera plus rapidement que le précédent, mais nous constatons toujours la même ferveur estivale pour les stations balnéaires auprès des lacs. De ce côté de la frontière, de nombreux petits lacs, aux eaux translucides, se trouvent au pied des volcans aux sommets enneigés. Ici, la route serpente dans un paysage de prairies et de forêts d’araucarias dont les arbres millénaires possèdent un port majestueux, traverse des parcs nationaux aussi remarquables qu’inattendus, et part à la rencontre de villages traditionnels Mapuche (article à venir). Toute la région fébrile vit -en toute harmonie- sous la menace du réveil d’un de ces innombrables volcans encore actifs. Ce sont pourtant ces volcans, tous plus différents les uns des autres, tantôt fumants au pic enneigé, tantôt déclinant une intense palette de couleur ocre, qui offrent un spectacle à couper le souffle. Nous parcourons ainsi la route touristique tapissée de cendres volcaniques, bien connue des chiliens : la red inter lagos, pour nous en approcher au plus près. A chaque volcan, un lac à son pied. Chacune de ces plages de cendres et de lave, nichée dans un cadre magnifique et enserrée dans un écrin de verdure, bénéficie d’une vue splendide sur son volcan enneigé en toile de fond. D’une limpidité incroyable et d’une température plus qu’agréable (25°), les eaux offrent des instants de détente très appréciables, dans un décor de rêve. Les lacs Caburga, Llanquihue, Conguillio, Calafquen, au pied, respectivement, des volcans Villarica, Osorno, Llaima ou Lanin resteront parmi nos meilleures baignades. Nous nous délecterons même des nombreuses mûres glanées au bord de ces routes : au sucre, en confiture, en coulis, dans le yaourt, nous les accommoderons à toutes les sauces.

Qui dit volcans, dit eaux thermales, et celles de la région sont très réputées. En amateurs d’architecture, nous attendions cette petite « pause détente » avec impatience. Nous avons en effet, décidé de joindre l’utile à l’agréable en allant visiter les Termas Geometricas, comprendre les thermes géométriques, œuvre de l’architecte local German del Sol. Le cadre est tout simplement splendide : un dédale de passerelles de bois rouge s’inscrit au fond d’un canyon verdoyant à la végétation exubérante, où l’eau des 20 bassins en ardoise de schiste se déverse les uns dans les autres. A chaque extrémité, deux jolies cascades coulent le long des roches et permettent de se rafraîchir. Avec des températures dans les bassins allant de 38° à 45°, c’est un régal de se baigner dans ces eaux chaudes et soufrées, alors même qu’une fine pluie vient nous caresser le visage. Enfin, à la nuit tombée, le spectacle devient tout simplement féerique : des dizaines de petites bougies s’allument, créant une atmosphère idyllique à cet endroit déjà si magique.

Le parc national Conguillio nous offrira une ultime surprise dans cette région sauvage si attachante. Bien qu’une unique piste tortueuse et caillouteuse, assez compliquée et très fatiguante y mène, les paysages spectaculaires qui le composent méritent le détour. La route passe entre la Sierra Nevada aux cimes enneigées d’un côté, et les versants du volcan Llaima de l’autre. Elle contourne lac et petites lagunes, et devient plus étroite en traversant la superbe forêt d’araucarias. Les coulées de laves, datant des dernières éruptions de 1957 et 2008, dessinent de longues cicatrices noires dans le paysage. Un sentier de randonnée grimpe progressivement à travers l’épaisse forêt, permettant d’arriver au pied des neiges éternelles. À près de 2000 mètres d’altitude, surplombant le lac Conguillio, nous avons une vue superbe sur tout le parc, et le volcan actif nous offre ses mille et une couleurs.

Ces dernières semaines dans la région des lacs et des volcans, entre le Chili et l’Argentine, auront permis de prendre un bon bol d’air et de recharger les batteries. Un repos inattendu mais bien mérité avant de nous diriger vers les grandes villes : la tumultueuse Santiago et la pittoresque Valparaiso nous attendent… mais ceci est une autre histoire.

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