Arequipa et ses canyons

Arequipa, superbe cité du Pérou, surnommée la « Ville Blanche », est située au cœur de l’une des régions les plus sauvages du pays, où se côtoient déserts d’altitude, hauts volcans enneigés, vastes cultures maraîchères sources chaudes cachées, et profonds canyons. Deuxième ville du Pérou, cette belle cité coloniale construite en pierre de lave blanche, est une oasis verdoyante au charme certain et à la quiétude sans aucune mesures dans un Pérou en effervescence. Déambuler au rythme des arcades des rues pavées est un entraînement reposant avant d’aller gravir les sommets des volcans voisins ou de plonger au cœur des impressionnants canyons, considérés comme les plus profonds du monde. Son patrimoine colonial classé à l’Unesco, sa culture pré-incas, la qualité de vie des Arequipeños, et ses somptueux paysages, font de cette région une destination phare qui en conquit plus d’un. Nous avons succombé à ce cadre enchanteur.

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LA VILLE COLONIALE D’AREQUIPA

Après une arrivée chaotique dans cette ville tentaculaire où le concert de klaxons, alarmes et cris dépasse un seuil de décibels sainement audible, une appréhension des grandes villes péruviennes se fait sentir. Congestionnées, embouteillées, sales, et circulations anarchiques, la première image est peu flatteuse. Mais découvrir le centre historique à pied et déambuler avec aisance dans de jolies rues est une toute autre histoire. A Arequipa, le piéton redevient roi sur les belles artères pavées, le calme du cœur historique repose les tympans, le temps semble être suspendu à ces magnifiques joyaux architecturaux coloniaux. Les façades en sillar, cette pierre blanche si caractéristique dans toute la ville, sont délicatement sculptées, et les arcades des majestueux bâtiments sont parfaitement régulières. Sur la place principale trône avec élégance, l’imposante cathédrale qui accueille de bon matin la messe dominicale. Plus tard, jeunes et vieux, hommes et femmes, se rencontrent pour converser sur un banc à l’ombre d’un arbre ou à la terrasse d’un café. Des marchands ambulants tentent de grappiller quelques soles en proposant chapeaux, glaces au fromage, aquarelles ou bijoux andins. Au hasard d’une ruelle, les portails ouvragés invitent à pénétrer au cœur de ces profondes demeures coloniales où de grands patios se succèdent. Des anciens cloîtres sont aujourd’hui reconvertis en bibliothèque où il fait bon étudier au calme de ces cours plantées ; là où autrefois se lisaient les prières, des boutiques artisanales ont maintenant investi les arcades. Les nombreuses églises disséminées dans la ville sont toujours régulièrement fréquentées. Et parmi tous ces édifices religieux, le monastère Santa Catalina fait parti des plus extraordinaires du pays.

 

LE COUVENT SANTA CATALINA

L’un des lieux les plus insolites d’Arequipa, ce couvent est une vraie ville dans la ville. Entouré par de hautes murailles, il forme une citadelle d’environ 20.000 m² en plein cœur de la cité coloniale. La simple lecture du plan donne le tournis, invitant le visiteur à se perdre dans un monde d’étroites ruelles sinueuses, de minuscules placettes et de petits logements. Ce bijou architectural construit il y a plus de 4 siècles, était le lieu de vie de quelques centaines de religieuses issues de bonnes familles espagnoles. Totalement coupées du monde extérieur, elles vivaient recluses dans ce cadre doré, occupant chacune une cellule confortable composée de plusieurs pièces, d’un petit jardin et d’une grande cuisine extérieure.

Magnifiquement restauré, le monastère déserté est aujourd’hui un endroit paisible où il fait bon déambuler dans le dédale de ces pierres. Le patio du silence et ses murs rouge carmin, le cloître des novices et ses superbes fresques peintes, les appartements individuels aménagés comme à l’époque avec leur cuisine à ciel ouvert et le petit patio, les ruelles aux noms de villes espagnoles, les escaliers dissimulés, le jardin et son lavoir aux demi-jarres d’argile, l’impressionnante église, la place centrale et sa fontaine toujours active, la grande cuisine collective et sa boulangerie aux impressionnantes cheminées, ou encore le superbe cloître des orangers dont chaque colonne est peinte d’un beau bleu Majorelle. Les tons délicats des murs recouverts de peinture écaillée offrent un ravissant contraste avec toutes les fleurs et ornements aux couleurs vives. Véritable havre de paix aux mille nuances et aux mille dédales, ici chaque ombre et chaque contraste, en fait un vrai paradis pour le photographe -et l’architecte-. Plusieurs heures de promenade au gré de ses envies, chaque coin est inspecté pour comprendre ce mode de vie si particulier. Et très vite, on s’imagine sans mal quelques années en arrière arpenter les ruelles de Santa Catalina. La conversion est proche !

 

LE CANYON DE COLCA

Long d’une centaine de kilomètres, le canyon de Colca se trouve au milieu de hauts volcans. Variant entre 1.000 et plus de 3.000 mètres de profondeur, c’est un des canyons les plus profond du monde, bien loin devant le célèbre Grand Canyon aux Etats-Unis. Une superbe route surplombe la rive du canyon, traversant des paysages somptueux et plusieurs petits villages intemporels. L’imaginaire du Pérou se révèle sous nos yeux ébahis : les cultures en terrasses à flanc de montagne déclinent leur palette verdâtre, les reliefs accidentés se grimpent à dos d’âne, les cultures s’entretiennent avec bœufs et charrue, les sentiers escarpés dessinent des lignes dans le paysage montagneux, les petites maisons d’adobe ponctuent les chemins. Les habitants continuent aujourd’hui à porter leurs superbes costumes traditionnels. Celui des femmes est particulièrement raffiné : les vestes, jupes et chapeaux sont ornés de magnifiques broderies, encore réalisées à la main. Le temps ne semble avoir aucune emprise sur ces terres magiques où peu de choses semblent avoir changé depuis l’ère Inca.

Plus l’on progresse dans la vallée, plus le dénivelé devient impressionnant, les falaises vertigineuses plongent dans une rivière tumultueuse qui a creusé son lit pendant des centaines d’années. Les points de vues sur les gorges sont à chaque fois spectaculaires, laissant parfois apercevoir des oasis habitées à plus de 2.000 mètres en contrebas. Si sur les versants montagneux poussent des cactus, au fond du canyon la végétation semble presque tropicale avec ses palmiers et autres fougères. Un bivouac à la Croix du Condor, permettra d’être aux premières loges pour observer de près les majestueux rapaces. Le soir, un condor offre un spectacle pour nous seul en planant gracieusement au dessus de la vallée, mais ce n’est rien en comparaison avec celui du lendemain matin. En effet, dès l’aube, une vingtaine d’oiseaux sortent uns à uns du piton rocheux à la recherche de nourriture. Les rapaces évoluent sans efforts au gré des courants ascendants venus du canyon et se laissent glisser très près des spectateurs du matin. Sans un battement d’aile, ils filent à une vitesse impressionnante, vont et viennent juste au-dessus des têtes sous notre regard émerveillé. Ils planent parfois si près qu’il est possible de distinguer leur plumage, leur œil perçant et même d’entendre le souffle de leur vol. Nul besoin de téléobjectif ! Ce spectacle époustouflant est magnifié par la profondeur du précipice et la silhouette des montagnes et volcans qui encadrent ce site merveilleux.

L’authenticité de la région des Canyons où le temps semble s’y être arrêté ; la beauté des paysages formés par les cultures en terrasses de l’époque Inca, les profondes gorges et les hauts volcans ; mais aussi la générosité qu’offre la belle ville blanche d’Arequipa ou encore l’inattendue mais envoûtante ville-couvent, ont littéralement conquis notre âme de voyageur et notre œil de photographe. Chaque site raconte une histoire, chaque lieu subjugue par sa photogénie, chaque instant se laisse apprécier. Prendre son temps, profiter et contempler.

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