À l’assaut d’une faille sans fin

Nous avons vu beaucoup de belles choses durant notre voyage : une nature spectaculaire qui nous a bluffé et des paysages à l’incroyable diversité. Mais l’immensité qui frappe lorsque l’on arrive face au gouffre du Grand Canyon est incomparable ! S’il n’est pas toujours possible de mettre une échelle de grandeur par rapport à tout les sites que l’on a pu voir, au Grand Canyon, c’est encore plus le cas. Même avec toutes les images que l’on peut avoir en tête, les innombrables cartes postales véhiculées sur cette étape majeure du road trip de l’Ouest Américain, le Grand Canyon National Park, c’est encore mieux en vrai. Spectaculaire, grandiose, unique, époustouflant et vertigineux, voilà les 5 adjectifs qui caractérisent au mieux cet incroyable joyau naturel du cœur de l’Arizona. La nature nous surprendra toujours !

Certainement le plus célèbre des parcs américains, le Grand Canyon est le résultat spectaculaire du travail de l’érosion du Colorado. Sur les plateaux, à plus de 2.000 mètres d’altitude, on se remémore alors les cours de géologie : ici le fleuve a sculpté la roche à travers les siècles, laissant aujourd’hui apparaître, à près de 2 kilomètres en contrebas, des couches rocheuses datant de 1,7 milliards d’années [soit environ la moitié de l’âge de la Terre qui se dessine sous nos pieds] ! De quoi rester sans voix.

Après quelques minutes au milieu d’une forêt assez dense, un point de vue s’annonce. Alors on ferme les yeux jusqu’à l’endroit stratégique et soudain, une immense faille apparaît -presque- sous nos pieds. « Ouah », est le seul mot que l’on arrive à prononcer face à cette impression vertigineuse exceptionnelle. Ça prend à la gorge, ça coupe le souffle, ça fait monter les larmes un tel panorama ! Alors on reste plantés là, à profiter de chaque seconde. Le regard tente de capter les moindres détails pour ne rien perdre du spectacle. Les couleurs rouges, jaunes, oranges se détachent dans le bleu du ciel, les formes rocheuses aux multiples facettes s’étendent à perte de vue. C’est tout simplement magnifique ! Même si le parc accueille de nombreux visiteurs pendant ces vacances, dès que l’on s’éloigne un peu des points de vue principaux, la quiétude pour observer la profondeur du canyon est vite retrouvée. Des chemins de randonnées longent le canyon et permettent d’apprécier un paysage tout en contraste. On prend le temps, on marche dans la forêt, on croise des biches peu farouches, puis on s’approche du bord… Le gigantisme du spectacle est tout simplement grandiose et sublime. Une multitude de points de vues s’enchaînent les uns après les autres, offrant des angles différents sur le tumultueux ruban scintillant verdâtre du Colorado tout en bas et ses innombrables méandres. On s’arrête, on regarde, on observe, puis on scrute l’horizon. Les couleurs sont magnifiques, et fluctuent au fur et à mesure que l’heure avance, donnant des teintes plus profondes aux roches millénaires. Il faut rester un moment pour saisir tout le panorama, pour regarder partout, pour s’étonner du moindre petit détail, pour se sentir infiniment petit devant ce monstre naturel. Le bord de la corniche est par moment tellement vertigineux qu’il faut bien regarder où l’on met les pieds. Et ici plus qu’ailleurs, la profondeur et l’immensité du canyon sont impressionnantes. Une sensation saisissante qui fera même faire des cauchemars à Lætitia la première nuit…

Et bien que l’on pense dominer ce canyon, du haut de nos 2.000 mètres d’altitude, l’attirance par le vide est trop forte… On a envie d’aller en bas, de partir voir ce qu’il s’y passe, de s’enfoncer au creux de cette nature infiniment belle. Si nous ne descendrons pas jusqu’en bas cette fois-ci [la longue randonnée étant à prévoir sur plusieurs jours], nous empruntons le chemin des mulets. Zigzaguant entre les crottes, la descente est facile, on y va presque en trottinant – car oui la complexité des randonnées du Grand Canyon c’est que tu descends AVANT de remonter, gardant sous le pied le meilleur pire pour la fin. Au fur et à mesure, la roche change d’aspect et de couleur, la végétation se transforme, les températures augmentent, c’est comme si l’on remontait dans le temps ! D’un peu plus bas, les sensations sont encore différentes, assis sur le bord de la falaise, on peut maintenant observer clairement les différentes couches du canyon. Nous profitons au maximum de la beauté difficilement égalable de ce canyon. Même si la tentation est grande de s’engouffrer un peu plus dans les méandres, la prudence doit être rigueur. Et c’est face aux visages tordus de souffrance des randonneurs en pleine remontée que nous décideront finalement de faire de même pour une rude ascension qui nous ramènera sur le plateau d’altitude.

Matin et soir, le vent est fort et glacial, et à cette altitude, ce n’est pas de la pluie, mais de la neige qui recouvre les crêtes avec délicatesse. Malgré les conditions hostiles et les membres transis de froid, c’est avec beaucoup de bonheur que nous installerons un petit rituel pendant trois jours : attendre patiemment que la roche s’embrase. On s’avance le long de petits sentiers, on s’installe au bout d’une crête et on se pose plusieurs minutes heures pour admirer la beauté de la nature, quand le soleil teinte de milles couleurs ces rochers aux formes si caractéristiques. Les lumières sont belles, le silence est intense, les souvenirs immenses. L’émotion et les larmes qui montent justifient à elles seules les plus beaux couchers de soleils jamais observé. Sur la route vers la sortie, le crépuscule incite les animaux sauvages à sortir, et c’est ainsi que nous croiserons des dizaines de biches –mules deers-, un coyote, et même un puma qui traverse la route. Des moments de magie et des instants de poésie, que l’on ne vit qu’au Grand Canyon.

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