A la conquête du NOA

A l’extrême Nord-Ouest de l’Argentine, de part et d’autre du tropique du Capricorne, encerclée par la Bolivie, le Paraguay et le Chili, s’étend une région de hautes montagnes. Une partie de la cordillère des Andes où s’entremêlent de superbes paysages : plaines recouvertes d’armées de cactus se dressant, droits comme des I, vers le ciel ; montagnes arides et multicolores ; cimes enneigés ; désert de terre rouge ou encore vallées fertiles à la végétation luxuriante. De part et d’autre des hauts sommets, il faut prendre de l’altitude pour accéder à ces sites, où des routes sinueuses, constituées de dizaines de virages en épingles à cheveux, s’enchaînent les unes après les autres. L’ascension vers le tunnel du Cristo Redemptor pour se diriger en Argentine est aussi belle que vertigineuse. Après une trentaine de lacets, et une altitude record à 3850 mètres pour cette première grosse montée, l’Aconcagua -deuxième plus haut sommet du monde après l’Himalaya- offre un splendide panorama sur son point culminant à presque 7000 mètres ! Même avec la tête dans les nuages, l’échelle de ce géant glaciaire est impressionnante. Les premières foulées à cette altitude sont éprouvantes, le souffle un peu court et le sommeil difficile à trouver : bienvenue sur les hauts plateaux argentins.

 

LA BELLE DESCENTE VERS MENDOZA …

La lente descente vers la ville de Mendoza est ponctuée de curiosités géologiques comme le Puente del Inca -pas de traductions nécessaires, vous aurez compris- où une arche naturelle en pierre est aujourd’hui recouverte de concrétions calcaires jaunâtres provenant des anciennes eaux thermales. La route sinue étroitement entre les falaises au fond d’une vallée verdoyante où nous descendons de plus de 2 000 mètres, elle traverse des tunnels taillés à même la roche. Les montagnes sont parées de leurs plus belles couleurs, déclinant une palette de l’ocre au vert, en passant par le gris. Un spectacle sensationnel que nous contemplons, tel un tableau d’artiste exposé dans un musée. Mendoza est posée au fond de cette vallée, une oasis de verdure dans cet environnement si minéral traversé depuis plusieurs centaines de kilomètres. De nombreux hectares de vignobles s’étalent à perte de vue, car Mendoza est la capitale argentine du vin. Ayant déjà visité une propriété viticole au Chili [Voir l’article], nous ne renouvellerons pas l’expérience, surtout que depuis quelques mois, notre préférence se porte pour les vins chiliens. Après un passage express dans la ville, Santiago et Valparaiso nous ayant déjà bien rassasiés niveau agglomérations, nous prenons la route vers les grands espaces désertiques. Demi-tour cap au Nord, et qui dit descende dans un sens, dit remontée dans l’autre !

PANORAMA-Ruta-de-los-Caracoles

 

POUR UNE ASCENSION SPECTACULAIRE

Pour ne pas emprunter le même chemin qu’à l’aller, nous optons pour la « Route de l’année », surnommée ainsi pour ses 365 virages. Éprouvante mais fantastique -peux être l’une des plus belles pistes empruntées jusqu’alors- la route rectiligne de bitume laisse rapidement place à une continuité de virages serrés s’effectuant sur une piste caillouteuse, étroite et vertigineuse. De nombreux arrêts permettront de contempler la route parcourue, qui se contorsionne de virage en virage, agrippée à la montagne. Le col, à près de 2 900 mètres, est à double visage : d’un côté s’étendent les montagnes rocheuses et verdoyantes à perte d’horizon, de l’autre le point de vue, sur LE sommet Aconcagua (sans nuages cette fois-ci) permet d’apprécier ses couleurs infinies et ses neiges éternelles. Grandiose !

La route traverse ensuite des paysages de western, où de minuscules villages construits en adobe semblent sortis de nulle part. Comment peut-on vivre dans un environnement si désertique ? Les collines, tranchantes et dépouillées sont sublimes, et la roche, d’une blancheur aveuglante. Après plusieurs jours à rouler dans un environnement hostile, nous approchons de deux Parcs Nationaux classés au Patrimoine Mondial de l’Unesco, excentrés des circuits touristiques et très différents l’un de l’autre. Une chaleur torride s’abat sur la région, le mercure grimpe jusqu’à 40° à l’ombre, mais il n’y a ni ombre, ni vent… Dans cette partie du globe, les cactus deviennent la seule végétation qui subsiste.

 

ISCHIGUALASTO [ A VOS SOUHAIS ! ]

Pour des difficultés évidentes de prononciation, nous utiliserons l’autre nom de ce parc : Vallée de la Lune. En effet, les paysages qui nous font face sont tout simplement lunaires, composés de formations rocheuses blanches ou grises, sans traces de vie connue, hormis les dinosaures il y a plus de 250 millions d’années. Pour ce parc un guide est obligatoire, pourquoi pas, c’est toujours intéressant de comprendre l’histoire des lieux… Mais les prix prohibitifs -encore une fois qui varient du simple au triple pour les « non argentins »- font aussi partis du pack. Qui plus est, le tour de 3h se fait dans son propre véhicule… en file indienne avec des dizaines de voitures derrière le guide, qui lui reste seul dans son buggy. Par conscience « écologique », nous avons bien tenté de mutualiser les personnes dans les véhicules, en vain. Bref, à vitesse réduite nous parcourons la quarantaine de kilomètres pour découvrir ces formations géologiques aux formes plus étranges les unes des autres. Plusieurs arrêts, quelques minutes de ballade à pied, beaucoup d’explications, la visite reste néanmoins très intéressante. Des dômes rocheux blanchâtres semblent former des cratères lunaires, un gigantesque terrain de « pétanque » présente des roches rondes comme des billes, un sous marin ou un champignon se détachent géométriquement de leur socle en pierre. De rares arbustes, d’un vert intense, parsèment de temps à autres ce paysage grisonnant, apportant de la gaîté dans ce monde quasi monochrome. La vue sur l’immensité du parc est magnifique, le lointain horizon permet même d’en distinguer ses limites : une gigantesque barre rocheuse de couleur rouge en toile de fond. De l’autre côté, c’est le Parc National Talampaya, un avant-goût de ce qui nous attend le lendemain.

 

TALAMPAYA

En s’approchant du Parc National Talampaya, la route passe par des gorges en pierre rouge et de grandes falaises carmin se détachent de l’azur du ciel. Également classé au Patrimoine mondial de l’Humanité, comme son voisin à quelques dizaines de kilomètres, il est impossible d’effectuer la visite du canyon de Talampaya par ses propres moyens afin de protéger la faune et la flore, si fragiles sur ce territoire. Nous évitons le tour hypermégatouristiquementcher en camion toit ouvrant (comme les bus à touristes que l’on voit se balader dans les villes, mais version 4X4) ; et nous optons pour la randonnée pédestre de 5 heures qui permettra d’explorer à la fois le Canyon de Talampaya, mais également la Quebrada Don Eduardo, deux sites dont les parois rocheuses sont similaires par leur couleur, mais différentes par leur aspect. Ce parc est aussi merveilleux que désertique, où seulement une petite centaine de millimètres d’eau tombe chaque année. La traversée de la Quebrada Don Eduardo est époustouflante : évoluant au fond d’un canyon, dont les rochers vertigineux de 150 mètres de hauteur passent de l’ocre au rouge sang en fonction de la lumière, l’Homme se sent minuscule dans un environnement si pur ! L’eau et le vent ont sculpté au fil des années, des irrégularités, allant même jusqu’à creuser des cheminées sur toute la hauteur de la paroi. Les jeux d’ombres et de lumière s’amusent à accentuer les aspérités des roches. La fin de ce canyon se ponctue par un incroyable belvédère sur toute la vallée alentour, où de véritables cathédrales rocheuses se dressent devant nos yeux ébahis. Les mots manquent pour décrire cette vue à 360 degrés, la nature fait des merveilles !

Le retour se fera par le Canyon de Talampaya, autre canyon autre ambiance, ici les parois sont plus lisses, et ondulées par le vent. Nous progressons dans le lit, asséché, de la rivière, où une faune importante s’est développée : zorros, marras, perroquets et guanacos, déjà rencontrés en Patagonie, mais aussi des suris (petite autruche pas farouche pour un sou). Des pétroglyphes mystérieux sont même sculptés sur des roches, dont l’explication reste encore très vague. #Nousnesommespasseulsencebasmonde

Cette région du Nord Ouest argentin est vaste et très diversifiée. Ces deux parcs, classés à l’Unesco depuis quelques années, bien qu’excentrés des circuits touristiques, valent la peine d’un petit détour pour profiter des magnifiques paysages. Dès lors, nous entrons dans l’Argentine du Nord, où la culture et les traditions ancestrales dominent, la langue change, l’aridité des paysages s’affirme, les villages se raréfient, et les visages brunissent.

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