3 raisons de découvrir l’Amazonie

Une chaleur étouffante, une humidité qui colle à la peau, des pluies tropicales, une végétation abondante, des insectes étranges, une vaste étendue de jungle, pas de doutes, nous venons d’atterrir en Amazonie ! Si la forêt vierge n’est pas la première image qui vient lors d’un voyage au Pérou, la jungle amazonienne recouvre pourtant les 3/5 du pays. À 3 200 km de l’embouchure de l’Amazone, Iquitos est la plus grande grande ville d’Amazonie péruvienne. Isolée au nord du pays et littéralement noyée dans la jungle, elle a la particularité d’être inaccessible par voie terrestre. On y arrive donc uniquement par l’eau ou les airs. Par manque de temps, nous avons opté pour les airs (à quelques heures d’avion contre trois jours de bateaux), plus rapide et l’occasion de voir d’en haut l’immensité de l’Amazonie et les méandres du deuxième plus long fleuve du monde. A peine les pieds posés au sol et déjà l’impression d’être dans un tout autre pays ! A Iquitos, nous avons rendez-vous avec Céline, une française expatriée depuis plusieurs années au Pérou pour produire de l’huile essentielle de bois de rose [Maderosa]. A la base, nous y allons pour étudier sa maison [Article à venir], mais elle nous fera découvrir beaucoup plus de ce superbe et attachant territoire.

 

1° IQUITOS I LA PLUS GRANDE VILLE DU MONDE INACESSIBLE PAR LA ROUTE

De son prestige passé grâce au boom du caoutchouc (fin XIXème), qu’aujourd’hui à peine quelques édifices rappellent, cette ville est en effervescence constante. Du bruit, beaucoup de bruit, celui d’une circulation permanente où des milliers de moto-taxi trafiqués slaloment à toute vitesse dans un concert d’échappement pétaradant. Comportant une petite cabine à l’arrière pour transporter de un à trois passagers -voire des cochons vivants-, ces autorickshaws ressemblent aux pousse-pousse asiatiques. Toujours à l’affût pour une nouvelle course, les prix se négocient sur la chaussée et l’on embarque pour un voyage en soi. Routes défoncées, sens interdits, klaxons à profusion, panne d’essence, moustiques dans les yeux ou poussière dans la bouche ; s’il est sûrement aussi dangereux que bruyant, ce mode de transport est tellement jubilatoire ! Quel plaisir de se laisser transporter, cheveux aux vents à l’autre bout de la ville pour quelques soles et d’observer cette ruche à ciel ouvert. De la chaleur, mais la chaleur moite où les vêtements te collent à la peau à chaque pas -et si ce n’est pas la sueur qui trempe tes fringues ce sont les pluies tropicales diluviennes- et où tu te dis qu’une bonne douche froide, c’est génial. De la saleté aussi, entre poussière, pollution et détritus jonchant les bas-côté, c’est une ville péruvienne après tout. Et pourtant, ce mélange -qui d’habitude nous rebute- nous enchante, un exotisme qui plaît, une envie de découvrir plus loin, un air de vacances. Bordé de trois fleuves, dont l’impressionnant Amazone, la ville ne manque pas d’intérêts : jardins tropicaux orné de broméliacées et d’orchidées, petites places, édifices historiques, piscines naturelles, marchés colorés, quartier flottant, ou promenade face à l’Amazone offrant une magnifique vue panoramique.

 

– IQUITOS ET SES PORTS –

Judicieusement répartis dans la ville, de nombreux petits ports sont le point de départ d’embarcations collectives vers différentes destinations qui relient les communautés indigènes voisines. Des chemins de terre desservent quelques maisons sur pilotis qui dominent l’Amazone, en contrebas de petits bateaux de bois embarquent quelques locaux pour les mener d’une rive à l’autre. Chacun s’affaire à sa tache, les marchands s’échangent quelques denrées directement sur la barque, le rabatteur part chercher des clients, le pilote examine son moteur, les enfants partent à l’école à la force de leurs bras, la femme rentre chez elle chargée de fruits, etc. Des nénuphars et autres herbes folles tapissent la surface de l’eau, des maisons flottent littéralement sur le fleuve, des pirogues attendent sur les berges -parfois plusieurs heures- d’être remplies pour partir vers des destinations plus ou moins lointaines. Depuis le ponton, ce ballet de pirogues qui avancent, à la rame ou au moteur, offrent un spectacle magnifiquement paisible. Une ambiance bonne enfant qui nous plaît.

 

– IQUITOS ET SES MARCHÉS –

Près de ces embarcadères, des marchés typiques proposent des mets, plus ou moins alléchants : poissons de l’Amazone, fruits inconnus, viande faisandant au soleil, têtes de caïmans, jus exotiques, ou brochettes de grosses larves à la noix de coco. Des bâches sont tendues pour protéger ces stands de fortune du soleil ou de la pluie, et sur des grils remplis de charbons cuisent viandes et poissons dans de grandes feuilles de bananiers. L’odeur est alléchante, et nous partagerons un morceau de caïman et un poisson dont on a oublié le nom, accompagnés de bananes plantains grillées. Les larves seront pour une prochaine fois… Une paillote pour s’abriter de la chaude pluie qui tombe intensément, une longue table, des bancs, du poisson délicieux dégusté avec les doigts, on s’y sent bien ! Ailleurs de grands marchés artisanaux, dont les objets sont réalisés par les communautés indigènes de la région, uniquement avec des matières offertes par la nature, proposent tissus et vêtements traditionnels, objets de bois sculptés, céramiques décorées de motifs typiques, peintures réalisées sur l’écorce d’un arbre, objets en cuir, ou hamacs en fibres végétales. Nous avons l’embarras du choix parmi ces nombreux étals colorés.

 

2° BELEN I UN QUARTIER FLOTTANT SUR L’AMAZONE

Une matinée, un rendez-vous, un quartier. Avec Levit, notre guide autochtone, nous allons sillonner les canaux de Belén pour découvrir la « Venise de l’Amazonie ». Cette immense cité lacustre s’étend sur plusieurs kilomètres le long du fleuve Itaya, un affluent de l’Amazone. A l’instar du quartier sur l’île de Chiloé au Chili, de nombreux palafitos de un ou deux étages se hissent sur des pilotis ; ou d’innombrables cabanes sont construites sur des radeaux de fortune qui montent et descendent au rythme des crues. A la saison sèche, beaucoup de maisons se retrouvent « à sec », tanquées dans la vase ou sur leurs hautes échasses de bois. Quelques maigres planches évitent que l’on s’enfonce dans ce bourbier, les rues sont sales et insalubres, les détritus abandonnés dans l’eau plusieurs mois auparavant jonchent aujourd’hui le sol boueux. Parfois le premier niveau des palafitos est aménagé pour cette saison sèche, parfois ce n’est qu’un résidu sale et inexploité. Le reste de l’année, cet étage s’inonde, les pilotis disparaissent sous l’eau et les maisons flottent sur le fleuve ; les maisons-radeaux quant à elles, remontent de plusieurs mètres, l’ensemble formant un espèce de bidonville flottant de près de 10.000 personnes.

Arpentant les canaux sur notre petite pirogue à moteur, on échappe ici à l’agitation du centre-ville. Une sérénité se dégage à naviguer sur l’Amazone, et l’on observe avec quiétude la vie quotidienne se dérouler. Au milieu de ces cabanes aux toits de tôle ou d’irapaille, se trouve une station service, un mécanicien, une épicerie, une église, ou même une école, tous sur des barges flottantes. Des femmes proposent des repas sur de longues barques en bois. L’heure est ici à la lessive, là-bas à la pêche, plus loin à la douche, directement dans le fleuve. Le quartier est relié depuis peu à l’électricité, mais toutes les maisons ne possèdent pas encore l’eau courante. Les fenêtres sont de simples trous dans la façade : une ventilation naturelle permanente. Tantôt laissées brutes, tantôt peintes de couleurs vives, les planches de bois des façades donnent une ambiance chaleureuse à un environnement pourtant hostile. La pauvreté de ces habitants est palpable mais tous esquissent sourire ou signe de bienvenue à notre passage. Des enfants intrigués viennent timidement saluer, d’autres jouent à l’aqua-football pendant que les plus jeunes dorment dans des hamacs. Si pour se déplacer dans ce petit village lacustre, quelques passerelles ont été construites entre les maisons, pour la plupart, le moyen de transport privilégié reste la barque, permettant de naviguer sur les petits canaux fluviaux pour relier une cabane à l’autre. Un air de Venise, version péruvienne !

 

3° TAMSHIYACU ET SAN FELIPE I DES INDIGÈNES AU COEUR DE LA FORET TROPICALE

À quelques heures de speedboat à remonter les fleuves au milieu d’une épaisse végétation, des communautés indigènes ont établis leur campement. En plein cœur de cette forêt humide, se trouvent de véritables petits paradis terrestre, où le bruit des mototaxis d’Iquitos sont remplacés par ceux des animaux, du vent dans les arbres et de la pluie sur les toitures. Des habitats typiques, constitués de bambous, de bois et de paille, bordent des chemins piétonniers. Les gens sont tous aussi souriants qu’accueillants, prenant la pose avec plaisir pour des photographies. Le temps semble tourner au ralenti sous cette chaleur accablante, chacun avance au pas et les anciens en terrasse se balancent sur leur rocking-chair.

Milena nous guidera à travers la forêt Amazonienne vers la communauté San Felipe au sein de laquelle elle enseigne, quelques jours par semaines, à six jeunes enfants. Les -rares- visiteurs participent à l’éducation des minots en apportant quelques cadeaux : nous optons pour un petit ballon. Après trente minutes de marche le long du fleuve, au milieu d’une dense végétation et de beaux papillons, le chef du hameau nous accueille. Une dizaine de cabanes en bois sur pilotis et toits de palmes [Article à venir] entourent une place principale enherbée qui sert aussi de terrain de football ; au centre, l’école de la communauté où une vingtaine d’enfants de tous âges viennent étudier tous les matins. Un rythme de vie nonchalant ou chacun vaque à ses occupations quotidienne en toute tranquillité, les enfants viennent seuls jusqu’à la classe, pendant que le père part à la chasse et la mère s’occupe de la lessive. Isolés au cœur de cette forêt épaisse, les habitants vivent de la pêche, de la chasse, ou de la cueillette, et quelques bateaux les ravitaillent en diverses denrées de temps à autre. Ils connaissent tous les secrets de l’Amazonie, des plantes médicinales aux animaux venimeux. Le ciel change de couleur, la lumière faiblit, les nuages gris envahissent le ciel et la pluie s’abat quelques instants, histoire de rafraîchir l’atmosphère. Des enfants se précipitent pour jouer au foot, pied nus dans l’eau, ou s’essayer au surf avec une fine planche de bois ; ici un homme profite de la gouttière pour s’octroyer une douche, là-bas, une femme tente d’éviter les gouttes sous son parapluie percé. Une vie simple, ouverte sur la nature extérieure, « j’aime pas la ville, j’ai l’impression d’étouffer », se justifiera le chef de la communauté à notre départ.

De l’Amazonie, nous prenons tout : la chaleur, les gouttes de sueurs qui coulent dans le dos et les douches froides ; la nourriture, les marchés, les fruits et les bateaux ; les bruits inquiétants, les chamans, les plantes miraculeuses et même les petits animaux. Nous prenons tout ! L’Amazonie c’est certain nous y reviendrons, car comme nous a assuré Céline : « lorsqu’on visite Iquitos une fois, on y revient forcément un jour ».

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