Désert, San Pedro et Pechamama

Après une vertigineuse mais néanmoins superbe descente depuis l’Argentine [Voir l’article], nous arrivons aux portes de San Pedro de Atacama. Étape tant attendue, le Nord du Chili nous réserve plein de surprises : du désert le plus aride au monde, aux hauts lagons d’altitude. Alors que sur la Ruta del Desierto, tout n’est que désert et désolation, la beauté des paysages d’Atacama laisse le souffle court (à moins que ce ne soit l’altitude…). Les steppes rocheuses à perte de vue, les volcans aux cimes enneigées, la terre craquelée par une aridité extrême, les lagunes minérales aux couleurs irréelles, ou les immenses salares situés entre 2.500 et 4.500 mètres d’altitude ; les flamants roses, les vigognes et les lamas ; et les petites oasis au cœur des dunes de sable ou des geysers, signeront nos derniers jours au Chili avant la découverte d’un nouveau pays.

UN PREMIER PAS SUR LA LUNE

Les paysages au creux desquels s’est lové la petite ville de San Pedro de Atacama, tous plus lunaires les uns des autres, semblent faire voyager à plusieurs années lumières. Les constellations étoilées et la voie lactée semblent si proches dans ce ciel à la pureté exceptionnelle. Aurions-nous atterris sur une autre planète ? Évoluant au milieu de ces paysages incroyables, chaque pas rapproche de l’irréalité terrestre.

La Vallée de la Lune porte bien son nom, désertique et rougeâtre, les formations de terre et de sel sculptent l’horizon. Les parois rouges des canyons se couvrent d’un manteau de sel blanc qui reflète les rayons du soleil, et les dunes de sable se parent de leurs plus belles couleurs d’or. D’en haut, le panorama à perte de vue est époustouflant : maintenant c’est sûr, nous ne touchons plus Terre. Le soleil décline, la vallée s’embrase et toutes les formations rocheuses ciselées par le vent se détachent les unes des autres. Assis au sommet d’une dune géante, nous assistons à la métamorphose inoubliable du paysage qui se colore en pourpre, ocre, rose ou or. Plus loin, le Salar d’Atacama, plus grand désert du Chili, est composé d’une croûte de sel, pétrifiée de poussière et de terre, formant un relief chaotique et irrégulier. Comme une curiosité improbable de la nature, deux profonds trous d’eau circulaires invitent à une baignade rafraîchissante en plein cœur de ce désert salin. Sauts ou pirouettes, c’est une sacrée sensation de plonger dans ces grands yeux à la couleur azur qui contrastent avec le blanc du sel ! À l’aube, comme aux aurores, le site prend des teintes chaudes d’ocre ou de rose, offrant de superbes contrastes sur ces concrétions salines. Enfin seuls, nous profitons du privilège d’une nuit silencieuse et étoilée au beau milieu de cette immense étendue lunaire.

A certains autres endroits surgissent aussi de mystérieux geysers, ceux de Tatio, les plus hauts du monde. Dans le petit matin glacial, emmitouflés selon la technique de « l’oignon », nous observons les inquiétantes fumerolles blanches qui se détachent d’un ciel encore noir. L’eau bouillonnante gargouille depuis le ventre de la terre, berçant l’impénétrable silence de la nuit d’un doux ronronnement. Les étoiles palissent dans le ciel, le ciel s’éclaircit … et les touristes congelés débarquent par centaines. La quiétude est terminée mais ne gâchera pas pour autant la magie des premiers rayons du soleil venant caresser les gerbes d’eau jaillissant du sol qui atteignent parfois plusieurs mètres de hauteur. Le ciel se teinte d’un bleu azur, la température réchauffe les corps, et les vapeurs s’effilochent progressivement. Les manteaux sont alors troqués contre les maillots pour un bain chaud à plus de 4.300 mètres d’altitude, où la vue sur ce plateau entouré de pics enneigés est somptueuse.

ET UN VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

Après notre voyage -express- sur la lune, nous voici de retour en plein cœur de la planète Terre. Nous ne croyons pas si bien dire, car la petite ville de San Pedro de Atacama, ainsi que les communautés d’habitations disséminées aux alentours, qui se lovent au cœur d’oasis en plein désert, sont principalement constituées de maisons de plein pied en adobe : mélange de terre et de paille. Des briques de cet agrégat terreux cuisent au soleil le long des ruelles en terre battue, présageant la construction prochaine de nouvelles demeures. Même les églises des hameaux, très pittoresques, sont en terre. Les charpentes quant à elles, sont réalisées en un autre matériau, mais toujours très local, le bois de cactus ; et l’assemblage, en lanières de cuir de lamas. Que de délicatesse et d’ingéniosité face à un environnement si hostile ! Au loin, le sublime cône du volcan Licancabur, culminant à près de 6.000 mètres d’altitude, veille sur la région avec ses neiges éternelles.

Malgré l’essor touristique grandissant d’année en année, ces villages de terre conservent tout de même leur charme d’antan : ruelles piétonnes, placettes ombragées agréables où trône majestueusement l’église d’adobe, écoles communautaires, habitants à la nonchalance si bohème, …ici, l’atmosphère est bon enfant. Un endroit idéal où il fait bon s’arrêter pour découvrir, explorer, se dépayser, s’émerveiller, passer du bon temps avant de grimper sur les fraîches et venteuses hauteurs boliviennes.

Tout comme l’Argentine, le Chili, c’est aussi fini. Un pays qui nous aura conduit de surprises en surprises, du sublimissime Parc National Torres del Paine (coup de cœur jusqu’alors inégalé), à l’inattendue île de Chiloé, sans oublier la très reculée Carretera Australe ou encore les villes animées de Santiago ou Valparaiso. Un pays de découverte et d’émerveillement à chaque instant, un pays d’accueil et de chaleur humaine (en particulier le peuple Mapuche), un pays de richesses culturelles, et un pays de partage avec nos amis voyageurs, … bref, un pays où il fait bon vivre !

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